Un travail Herculéen attend les Panthères

Un travail Herculéen attend les Panthères

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Le 24 juin dernier a eu lieu le tirage au sort du dernier tour qualificatif de la coupe du monde de football, zone Afrique, qui se déroulera en 2018 en Russie. Le Gabon, notre pays, évoluera dans le groupe C, aux côtés du Mali, du Maroc – dont les entraîneurs, Alain Giresse et Hervé Renard, sont de vieilles connaissances de la sélection nationale ; le premier, pour avoir été le sélectionneur qui a conduit les fauves de l’Ogooué à la coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2010 en terre angolaise, le second, qui nous a affrontés et vaincus lors de la compétition suscitée – et la Côte d’Ivoire, grandissime favori du groupe, contre qui les nôtres ont perdu lors de la cinquième journée des éliminatoires de la CAN 2017 prévue dans nos murs. C’était en début du mois dernier, à Bouaké.

Au regard des forces en présence et, au vu des remaniements sur l’échiquier footballistique continental – d’après le dernier classement FIFA, l’Algérie serait la meilleure formation africaine du moment- l’on peut affirmer, sans risque de se tromper, que les Panthères du Gabon n’auront, en face d’elles, que du « lourd ». Ce qui signifie qu’elles vont devoir mettre toutes les chances de leur côté pour espérer décrocher l’une des cinq (5) places qualificatives pour ce grand rendez-vous planétaire. En se fiant au papier, l’on pourrait penser que le Gabon a une équipe qui soit tout à fait capable de jouer les premiers rôles (Pierre Emerick AUBAMEYANG, D1 Allemagne ; Malick EVOUNA, D1 Egypte ; Mario LEMINA, D1 Italie ; Didier Ibrahim NDONG, D1 France ; André BIYOGO POKO, D1 France ; Frédéric BULOT, D1 France ; kanga GUELOR, D1 Russie ; Didier OVONO EBANG, D1 Belgique ;…). Malheureusement, l’état actuel des choses ne permet pas d’envisager cette éventualité, la faute à des facteurs aussi bien endogènes qu’exogènes.

Facteurs endogènes

On notera, entre autres, des mécontentements liés à l’attitude du capitaine, le traitement inégal des cas d’indiscipline et, surtout, un coaching défaillant.

              En ce qui concerne le premier facteur, force est de reconnaître que le capitaine actuel des Panthères a du mal à rassembler autour de lui ; aujourd’hui, il est de coutume, dans le monde du football, de confier le brassard au meilleur joueur de l’équipe afin qu’il booste et tire le groupe par le haut. Cependant, Pierre Emerick AUBAMEYANG, puisque c’est de lui dont il s’agit, ne semble pas beaucoup s’impliquer dans la bonne marche de l’équipe afin d’atteindre ces nobles objectifs que sont la victoire finale lors de la prochaine CAN 2017 et une éventuelle participation historique à une coupe du monde. En effet, il reçoit des convocations en sélection mais, très souvent, il ne se présente pas ou arrive en retard, comme lors de la double confrontation face au Mozambique, en novembre dernier ; donnant la désagréable impression de « choisir ses matchs ». Plus grave, l’année dernière, dans l’une de ses parutions, le journal L’UNION , révéla que pour aller affronter les léopards de la République Démocratique du Congo (RDC)en Belgique, le capitaine a emprunté un avion différent de celui du reste du groupe, avec un membre du staff technique que l’on peut aisément identifier ; attitude, d’ailleurs, qui avait frustré – sans s’en plaindre ouvertement- certains de ses coéquipiers. En voilà un qui ignore, peut-être, qu’un capitaine se doit d’être auprès de ses troupes et, si c’est nécessaire, couler avec son bateau.

              Ce qui nous amène au second facteur. L’on se rappelle que, pour le match à Libreville face aux éléphants de Côte d’Ivoire, Didier Ibrahim NDONG n’avait pas honoré la sélection, prétextant un besoin de repos, ce qui provoqua l’ire du sélectionneur Jorge COSTA qui le suspendit pour indiscipline, suspension qui fut levée au moment d’aller affronter les Mambas du Mozambique sur leurs terres. Et voilà que le jeune sociétaire de Lorient vient d’écoper d’une nouvelle sanction, encore pour indiscipline, et ne participa point au match retour, à Freetown, face à la Sierra Leone, rencontre, en outre, que le Gabon perdit. A ce propos, il est à signaler que bon nombre de nos professionnels n’y prirent part et ce pour des raisons diverses (AUBAMEYANG avait un décès, ECUELE MANGA et OVONO EBANG des obligations professionnelles vis-à-vis de leurs clubs, etc.) et n’ont même pas reçu un blâme. Ce que l’on remarque c’est que les uns sont punis et pas les autres, qui semblent être des privilégiés. Qu’est-ce qui peut justifier ce cas de deux poids deux mesures alors que, pourtant, tous viennent défendre les couleurs du pays ?

              Bien que la fédération ait finalement décidé de ne pas renouveler son contrat, il ne faut pas perdre de vue que le premier responsable de cette situation est incontestablement le Coach Jorge COSTA dont la gestion des hommes, aussi bien sur le terrain qu’en dehors, n’est pas la meilleure qui soit – et c’est le moins que l’on puisse dire – . Lors des éliminatoires de la CAN 2015, il nous avait tous « bluffés » en terminant invaincu dans cette compétition. Toutefois, ses limites apparurent en Guinée Equatoriale, où ses homologues du Congo Brazzaville et du pays hôte lui infligèrent une leçon tactique ; notamment face à la Guinée Equatoriale où le sélectionneur, complètement dépassé par les événements, lança cinq (5) attaquants pour essayer d’arracher le match nul, le Gabon étant mené à ce moment là d’un (1) but à zéro, laissant un espace vide dans la défense qui permit aux Equato-guinéens d’inscrire un second but, synonyme d’élimination piteuse et lamentable, dès le premier tour, d’une équipe qui voulait atteindre au minimum les demi-finales. Depuis lors, la descente aux enfers ne s’arrête pas : non seulement il perd contre de modestes formations (Mozambique, Sierra Leone et Mauritanie) mais encore à trois mois du début de l’ultime tour des éliminatoires du mondial 2018, il n’arrive toujours pas à trouver la bonne combinaison pour faire jouer et produire des résultats satisfaisants avec les éléments dont il dispose. Et ce n’est pas tout. Des bruits de couloir soutiennent qu’il ne tiendrait pas son groupe ; hormis le cas du capitaine AUBAMEYANG, trop souvent absent, parfois pour des raisons incompréhensibles comme cette histoire de transfert qu’il négocierait ; à se demander à quoi lui sert son agent, d’autant plus que ce n’est pas une raison suffisante pour manquer un regroupement – on se souvient du Français Anthony MARTIAL qui négocia son transfert à Manchester United alors qu’il était en regroupement avec l’équipe de France- il se murmure que Jorge COSTA laisserait les joueurs faire ce qu’ils veulent, à tel point qu’en Guinée Equatoriale, en pleine compétition, l’on aurait vu certains d’entre eux faire des virées en boîte de nuit. La discipline étant l’une des clés de la réussite, on voit très mal comment engranger de bons résultats avec un tel comportement. Cependant, les Panthères et leur staff ne sont pas les seuls responsables de cette situation.

Facteurs exogènes

Pour ce qui est des raisons extérieures au groupe, nous pouvons parler de la fameuse « Main noire » et du championnat national gabonais de première division qui est tout sauf professionnel – on pourrait soutenir qu’il est carrément « bancale »-.

             C’est une rumeur qui court depuis quelques temps déjà ; on raconte que le choix et la gestion du sélectionneur national ne dépendrait plus ni de la fédération gabonaise de football (FEGAFOOT) ni du ministère de la jeunesse et des sports mais d’un groupe d’individus bénéficiant de « relations haut-placées » qui recrute l’entraîneur au gré de leurs intérêts et non pas pour celui supérieur de la nation. Que ce soit vrai ou faux, il est difficile de ne pas y accorder foi quand on pense que les deux dernières recrues, non seulement donnent l’impression d’être des gens malléables, à qui on peut imposer tout et n’importe quoi ; mais aussi et surtout, en matière de résultats dans leur carrière de coach, ils n’ont absolument aucune référence- on se souvient de Paulo DUARTE qui, avant d’arriver au Gabon, a passé six (6) ans à la tête des Etalons du Burkina Faso, participé à trois (3) coupes d’Afrique des Nations (2012, 2010 et 2008) mais fut, à chaque fois, éliminé dès le premier tour ; cependant, cela n’avait pas empêché ses recruteurs de venir nous le présenter comme « l’oiseau rare ». La suite, on la connaît-. Nous pourrions ajouter que cette façon de faire est tout à fait criminelle, voire relèverait de la haute trahison d’autant plus que le jeu de l’équipe apparaît totalement décousu aujourd’hui et les résultats plus que calamiteux ; et le public sportif gabonais, devant ce spectacle désolant, n’a que ses yeux pour pleurer, par la faute de gens pour qui le Gabon pourrait être ridiculisé dans une compétition, tant que l’argent rentre dans leurs poches, tout va bien.

              On ne le dira jamais assez : seule la compétition prépare la compétition. Dans ce registre, le championnat national de première division devrait constituer un « réservoir » d’éléments qui pourraient servir d’alternative au cas où un joueur de l’équipe nationale, pour une raison ou une autre, ne serait pas disponible. De plus, cela pousserait certains à redoubler d’efforts en club parce qu’ils auraient à l’esprit qu’ils peuvent perdre leur place en sélection. Mais que constatons-nous ? Le championnat national gabonais est l’un des plus longs au monde, si ce n’est le plus long ; la faute non pas à une pléthore de clubs en D1, mais plutôt à un calendrier perturbé par des arrêts intempestifs liés à une seule et même raison qui revient chaque année : le versement irrégulier de la subvention des clubs. Cela dit en passant, il apparaît quand même assez surprenant non seulement que ce problème soit récurrent mais aussi que cela constitue un motif d’interruption de la compétition. Jusqu’à preuve du contraire, une subvention, en substance, n’est qu’une aide octroyée pour le bon fonctionnement d’une activité ou à la réalisation prochaine d’un projet. Mais en ce qui concerne le football gabonais, c’est à croire qu’en fait la subvention constitue l’essentiel de la trésorerie de certains clubs c’est-à-dire qu’ils ne peuvent rien faire sans elle ; cela est très curieux puisqu’une association sportive, en général, et un club de football, en particulier, est censé être une entreprise, donc qui doit générer des revenus. Et quand bien même ce serait admis, comment se fait-il que les clubs en question ne fassent pas fructifier cet argent, ce qui leur éviterait de se retrouver dans une gestion délicate et, partant de là, que le championnat connaisse des interruptions ?- sous d’autres cieux, nous avons, par exemple, le club anglais Manchester United qui est le propriétaire d’un marché de la taille de Mont-Bouët-. Avec, comme autre conséquence, les joueurs locaux qui sont en repos forcé et perdent le rythme et le fil du jeu. Et ce n’est certainement pas la prestation médiocre de l’équipe nationale A’, au dernier Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) qui nous contredira avec, là aussi, à la clé, une élimination bien peu glorieuse après un nul et deux défaites. Voilà autant de collines qu’il va falloir aplanir si l’on veut voir, un jour, le Gabon briller sur la scène footballistique continentale, voire mondiale.

Esquisses de solution      

Il faut appeler à la responsabilisation de tous les acteurs du football gabonais, des joueurs aux dirigeants, en passant par le staff technique. Que chacun connaisse exactement ses prérogatives et le rôle qu’il a à jouer. Que les « mercenaires et fossoyeurs », ceux qui ne voient en l’équipe nationale qu’une « vache à lait » et, en fait, n’ont rien à faire dans ce domaine, en soient purement et simplement écartés, afin que l’on puisse revenir à une gestion plus saine. Que l’on remercie ceux qui ont brillé par les mille feux de l’incompétence ; la sélection étant l’une des vitrines d’un pays, le prochain entraîneur doit être quelqu’un qui a déjà remporté une compétition nationale, continentale voire internationale, pas un « aventurier », sans poigne, venu dont on ne sait trop d’où. C’est une question de volonté et, même, de dignité. Si l’on n’est pas capable de réaliser cet effort, alors attendons-nous au pire d’ici octobre 2016 et janvier 2017.

 

           

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