Accueil Société  »Sortons du pilotage à vue » : La gaffe de Pascal Houangni Ambouroué

 »Sortons du pilotage à vue » : La gaffe de Pascal Houangni Ambouroué

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Pascal Houangni Ambouroue, Ministre des hydrocarbures/©DR.

En annonçant, le 5 avril dernier, la décision de libéraliser les prix des carburants à la pompe, donc la fin de la subvention étatique de l’essence et du gas-oil, le ministre du Pétrole, du Gaz et des Hydrocarbures a subtilement laissé entendre que l’action publique menée jusqu’ici dans son secteur se faisait dans  »un pilotage à vue sans encadrement ». Des propos jugés discourtois, car sortant du cadre de la solidarité gouvernementale...

Tout d’abord, le discours officiel sur la lutte contre la vie chère est-il une disposition en commun pour tous les membres du Gouvernement ? On peut être en effet surpris qu’au moment où les pouvoirs publics disent lutter contre la cherté de la vie, certains membres du Gouvernement, eux, annoncent des dispositions contraires, des mesures destinées à affaiblir le pouvoir d’achat des ménages. C’est le cas du ministre du Pétrole, du Gaz et des Hydrocarbures qui, dans le cadre de sa réflexion sectorielle sur ce que peut apporter son département ministériel pour réduire les coûts étatiques, a choisi de proposer de mettre fin à la subvention étatique sur les carburants (essence et gas-oil).

Vers le litre d’essence à 1000 francs ?

Les prix des carburants à la pompe seront donc de plus en plus fluctuants, et pourraient atteindre à moyen terme, selon des spécialistes, des montants inimaginables autour de 1000 francs le litre d’essence par exemple. Dans son exercice de pédagogie, le ministre du Pétrole a affirmé que la fin de la subvention du carburant allait permettre de dégager des surplus en terme de recettes pour le financement des actions régaliennes de l’Etat, à savoir la route et le paiement des salaires des agents publics qui coûtent, selon lui,  »70 milliards de francs par mois ». Un chiffre faux, puisque pour le ministre d’Etat chargé du Budget et des Comptes publics, la masse salariale s’élève à présent, après les mesures annoncées en juin 2018, à 47 milliards de francs par mois.

Bref, Pascal Houangni Ambouroué a toutefois décidé de maintenir la subvention du pétrole lampant et du gaz domestique. Dans sa campagne de communication, le nouveau député de Port-Gentil a estimé que les deux derniers produits constituaient des produits de consommation de base, et qu’ils ne sauraient être touchés.

Les oreilles des observateurs ont sifflé

Ensuite, là où les oreilles des observateurs ont sifflé, c’est sur les propos qu’il a tenus sur l’action publique.  »Il y a deux choses », a-t-il dit.  »Soit nous continuons dans un pilotage à vue sans encadrement aucun qui nous conduit à la récession ou, plus loin, à la banqueroute -le rôle de l’Etat n’est pas celui-là- soit nous prenons toutes les mesures nécessaires, essentielles et indispensables pour notre survie et le bien-être des populations ».

Qui donc le ministre du Pétrole accuse-t-il d’avoir institué  »le pilotage à vue sans encadrement aucun qui nous conduit à la récession » ? Cette sortie de route était-elle vraiment nécessaire ? Les observateurs de la vie politique gabonaise estiment que l’usage de tels mots porte un jugement sévère sur l’action publique.  »Sacré coup de fusil, une balle est partie », souligne un élu de Port-Gentil qui dit ne pas comprendre.  »C’est une gaffe, une erreur, c’est même une faute politique », estime un ancien ministre d’Ali Bongo.

 »Sacré coup de fusil, une balle est partie »

L’ancien ministre délégué à l’Economie devrait veiller à sa communication et au choix des mots qu’il met en exergue dans ce genre d’exercice !  »On peut haranguer les foules à Port-Gentil avec Tendance Avenir, mais dans l’exercice des fonctions ministérielles, qu’on ne vienne pas tordre le bras à la solidarité gouvernementale ». Conseil de l’élu de Port-Gentil cité plus haut. Nommé ministre du Pétrole en janvier 2017, Pascal Houangni Ambouroué a été confirmé à ce poste lors de tous les remaniements qui ont eu lieu sous Issozé Ngondet et sous Nkoghé Békalé. Le pilotage à vue sans encadrement aucun n’était-il déjà en train de prendre ses quartiers ?
Melchior Ndabeyene

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