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Société : Quid du deuil après le suicide d’un proche !

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Photo montage; gabonreview.

Comment faire le deuil après le suicide d’un proche ? Au lendemain de celui de Pierre Marius Foungues, agent du Groupe de presse public Gabon télévision. Apparemment, au terme de ses 43 ans de carrière professionnelle, le suicidé avait certainement du mal à joindre les deux bouts. L’homme a choisi la voie de non-retour, celle du suicide comme étant l’ultime solution afin de  mettre un terme à ses souffrances. Peut-être sa seule manière de trouver la paix. Mais cette paix des cimetières sera-t-elle imputée aux parents de la victime durant la période du deuil ?   

Loin d’être anodin, cet acte regrettable de Pierre Marius Founguès, posé en cette période d’austérité au Gabon, prend une dimension sociale. Une période marquée par des licenciements tous azimuts, des retards de salaires : AFRICA N°1 (12 mois d’arriérés de salaires), SOGATRA (7 mois), AGP (11 mois), MONP -CENAREST (24 mois), MONP GABON 1ère (16 mois) … pour ne citer que ceux-là. Une société engagée de plus en plus  dans des voies sans issue peut voir une culture du suicide prendre des proportions inquiétantes avec ces dénominateurs communs que sont la misère et la pauvreté. Deux ans avant le suicide de Pierre Marius Foungues, agent de production à Gabon télévision, qui s’est suicidé le 07 septembre 2018, dans les locaux de la chaine publique pour salaires et primes impayés, un autre, personnalité bien connue des Gabonais, avait décidé d’écourter ses jours, un 7 juin 2016,. On se souvient du suicide de l’acteur, réalisateur, scénariste, Philippe Mory, né en 1935 et considéré comme le père du cinéma gabonais qui se tira une balle dans la bouche à son domicile sis à Nzeng-Ayong, dans le 6ème arrondissement de Libreville pour des raisons qui restent encore inconnues du grand public mais très certainement liées au mal-vivre de l’homme. Le 1er avril 2016, dans une cuisine au quartier Ongali de Franceville, dans la province du Haut-Ogooué, Alex Hugues, Gabonais de 20 ans et sans emploi, avait été découvert par son neveu, vers 6 heures du matin, son corps se balançant au bout d’un câble électrique de couleur noire. Les parents s’interrogent toujours sur les raisons de ce geste désespéré avait relaté notre confrère « l’Union ». En novembre 2011, c’est Béranger Obame Ntoutoume, gabonais, 28 ans, étudiant de 3ème année de Sociologie à l’Université Omar Bongo et commerçant à ses heures perdues,  qui s’était immolé dans l’enceinte du Commissariat Central de Libreville en protestant contre la destruction de sa marchandise par la police. Malgré tous ces faits avérés, les autorités gabonaises qui se contentent souvent de communiqués laconiques en pareilles circonstances, du type « c’est un sentiment de profonde tristesse qui anime le gouvernement »  donnent toujours  l’impression que la vie humaine n’a pas de sens à leurs yeux. Avant de poser son acte odieux, le suicidaire a certainement épuiser toutes les voies de recours, il a tout essayé pour vivre mieux, il ne voit plus d’autres issues si ce n’est que le suicide. Néanmoins, happé dans le gouffre de son angoisse, ce dernier ne réalise pas que cette paix tant recherchée a un terrible prix pour ses proches. Le suicide va en effet plonger parents, enfants, conjoints et amis dans un effroyable tourment qui pourra les engloutir pendant des années.

Le deuil après un suicide est un deuil à part. C’est avant tout un deuil traumatique. Dans la majorité des cas, le suicide se déroule au domicile et ce sont les proches qui découvrent souvent le corps, excepté ceux qui s’exécutent sur le lieu du travail. Cette découverte effrayante peut induire l’apparition d’un syndrome de stress post-traumatique qui se caractérise notamment par des « Flashes » envahissants de la scène initiale et un état de stress chronique où on se sent sans cesse sur le qui-vive, comme si une nouvelle catastrophe allait survenir. Donc, les personnes directement touchées par le suicide ont besoin de cheminer au-delà de cette quête obsédante du ‘’pourquoi’’ vers l’acceptation du fait qu’au bout de leurs questionnements, elles ne parviendront pas toujours à des réponses définitives. Ce difficile constat marque souvent une étape importante dans le déroulement du deuil. Le geste suicidaire entraine chez les proches une baisse parfois très sévère de l’estime de soi avec une remise en cause de la qualité de l’amour qu’ils ont donné à la personne décédée. D’où l’intérêt pour les familles des proches d’un suicidé de s’offrir les services d’un psychologue ou… d’un homme de Dieu.

 

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