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Ministère de la Communication : Les trois erreurs de Bilie By Nzé

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Le ministre d'Etat en charge de la communication; Alain Claude Bilie Nzé/(c)internet.

Acculé de toutes parts, ignoré par ce qui apparaît aujourd’hui comme la principale confédération syndicale des agents de la communication (l’Union gabonaise des Professionnels de la Communication), le ministre de la Communication, de l’Economie numérique, de la Culture, des Arts et Traditions, de l’Education populaire et de l’Instruction civique est  »accusé », entre autres, de ne pas reconnaître l’autonomie de gestion des médias audiovisuels publics : trop d’immixtion des responsables du ministère dans la gestion des ressources humaines,  »regard » trop pointu dans la gestion des ressources financières de Gabon Télévision, convocations trop régulières du directeur général et de ses collaborateurs au cabinet du ministre,…

Un décret présidentiel pris en 2010, sous Laure-Olga Gondjout, alors ministre de la Communication, crée Télédiffusion du Gabon (TDG), Gabon Télévision et Radio Gabon. Ce décret accorde une large autonomie à cet organisme et aux deux médias. TDG a été créée à la place de la direction générale de la Maintenance et des Equipements, tandis que Gabon Télévision et Radio Gabon ont été instituées sur les cendres des deux chaînes publiques de télévision et de radiodiffusion. TDG et les deux médias audiovisuels jouissent de l’autonomie de gestion administrative et financière, mais cette autonomie semble leur être méconnue.

Les Conseils d’administration dans lesquels siègent des représentants de l’Etat, dont ceux du ministère de la Communication, ont été mis en place. Ce sont eux qui doivent servir de courroie de transmission des directives gouvernementales et rendre compte au Gouvernement de l’évolution des dossiers et de l’avancement des projets.  »Or, depuis son arrivée en septembre 2015 au ministère de la Communication, Alain-Claude Bilie-by-Nzé ignore les Conseils d’administration, surtout celui de Gabon Télévision, et leurs prérogatives. Bien qu’ils se réunissent autant que possible, ces organes -les conseils d’administration- sont ostracisés, marginalisés et ignorés par la principale autorité du ministère », analyse un membre de l’Union gabonaise des Professionnels de la communication, la principale centrale syndicale des agents des médias publics …

Omniprésence du ministre et de ses collaborateurs :  »Trop envahissants » !

D’où une omniprésence du ministre chargé de la Communication à la Maison Georges-Rawiri.  »Instructions directes ici, organisation de castings des présentateurs de journaux là, décisions administratives là-bas (comme la sanction infligée à une journaliste qui avait, le 8 juin 2017, évoqué la mort d’Ali Bongo, voulant parler du décès d’Omar Bongo) – Alain-Claude Bilie-by-Nzé donne l’impression que c’est lui qui, en fait, dirige cette maison. Il va jusqu’à demander que lui soit envoyé ou présenté, pour amendements éventuels, le conducteur du journal de  »20 heures », poursuit le syndicaliste cité plus haut.  »Mieux, ignorant le président du Conseil d’administration de Gabon Télévision, il convoque quasiment toutes les semaines à son cabinet de travail le directeur général et le directeur général adjoint de cette entreprise publique autonome. De plus, le ministère vient d’organiser courant-novembre un nouveau casting des présentateurs des éditions du journal ». Présidée par des confrères en poste au ministère de la Communication et par d’anciens responsables de Kanal 7, la Commission Casting n’a pas l’air d’avoir été grandement appréciée à la Maison Georges-Rawiri… surtout qu’après cet exercice de sélection, une vingtaine de journalistes ont été mis à la disposition du Secrétariat général du ministère de la Communication. Il s’agirait des journalistes qui auraient refusé de se prêter à ce jeu.

Dans le même temps, le ministère garde un œil (bienveillant ?) sur les finances de la maison. Sur ce dossier aussi, des agents de Gabon Télévision disent leur amertume quand ils acceptent de parler. Une secrétaire rencontrée sur les lieux affirme que  »tout ce qui rentre est contrôlé ».  »Il y a aussi l’occupation permanente de nos locaux », ajoute-t-elle,  »que mes collègues critiquent ». C’est en effet dans la salle de réunion de Gabon Télévision que le ministre tient ses conférences de presse, ainsi que la présentation du communiqué final du Conseil des ministres.  »Avant Bilie-by-Nzé, aucun ministre de la Communication n’avait été aussi présent ici ». Une présence que certains agents jugeraient  »envahissante ».

Les Conseils d’administration ostracisés, marginalisés, ignorés…

Pour comparer à d’autres entreprises publiques jouissant de l’autonomie administrative et financière et ayant des conseils d’administration, on pourrait dire que ce que fait Alain-Claude Bilie-by-Nzé à Gabon Télévision,  »c’est comme si le ministre chargé de la Prévoyance sociale allait tenir ses conférences de presse ou tenir des réunions, de manière récurrente, à la Caisse nationale d’assurance-maladie et de Garantie sociale (CNAMGS) ou à la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS). C’est comme si le ministre des Transports allait organiser des activités à l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG) ou au Conseil Gabonais des Chargeurs (CGC). L’imagine-t-on ? Imagine-t-on Estelle Ondo désigner des collaborateurs pour organiser un casting quelconque à l’OPRAG ou au CGC ? Imagine-t-on Paul Biyoghé Mba aller organiser une conférence de presse à la CNAMGS ? », s’interroge le syndicaliste membre de l’UGPC cité plus haut.

 »Le statut de Gabon Télévision n’est pas différent de celui de la CNAMGS ou de l’OPRAG. Il s’agit d’entreprises publiques jouissant de l’autonomie de gestion administrative et financière ayant des Conseils d’administration. Comme La Poste, Gabon Télévision, Radio Gabon et Télédiffusion du Gabon ne sont pas des services du ministère », ajoute le syndicaliste. Conduite par Edgard Nziembi Douckaga et Célestin Nguéma Obame, l’Union gabonaise des Professionnels de la Communication (centrale syndicale regroupant la quasi-totalité des syndicats de Gabon Télévision, de Radio Gabon, de l’Agence Gabonaise de Presse et d’Africa n°1, à l’exception du syndicat dirigé par Aminata Ndzomba Ondo) refuse l’intrusion (quasi) permanente des responsables du ministère de la Communication dans le fonctionnement des organes publics de presse audiovisuelle et dans l’occupation des locaux de Gabon Télévision. Dans leur cahier de charges, ils parlent formation, intégration et indépendance des médias audiovisuels publics. Pour eux, si Gabon Télévision n’a pas une grande audience auprès des téléspectateurs gabonais, ce n’est nullement à cause des présentateurs de journaux pour lesquels a été organisé le casting querellé, mais plutôt parce que les médias publics font la part belle à certains groupes politiques au détriment d’autres groupes et de la société civile, et surtout parce que les ressources financières mises à la disposition de ces médias ne sont pas à la hauteur… Peut-être vont-ils devoir attendre les premiers fruits de la redevance audiovisuelle. Selon un de nos confrères en ligne, l’un des opérateurs de la télévision par abonnement, Canal +, va percevoir près de 1,6 milliard de francs CFA par an. Il s’agit là de recettes importantes. Les recettes relatives à la redevance des deux autres opérateurs, Satcon et TNT, ni celles des autres contributeurs, n’ont pas encore été évaluées. Il va s’agir, en tout cas, d’une manne financière importante pour les médias audiovisuels publics, si ces sommes sont effectivement mises à leur disposition dès cette année.

En tout cas, pour le moment, ignorant le ministre de la Communication sur lequel ils ont tenu des propos que nous ne dirons pas ici, les porte-parole de l’UGPC sollicitent et disent s’en remettre à l’arbitrage d’Ali Bongo… C’est dire à quel point la situation se complique à la Maison Georges-Rawiri. Trop de dossiers demeurant, à leurs yeux, irrésolus, comme la situation que vivent l’AGP et Africa n°1. Il va falloir peut-être que, comme il l’a fait lors de la grève des régies financières, Ali Bongo leur envoie son directeur de Cabinet. Brice Laurent Laccruche Alihanga ayant réussi à dénouer cette crise des régies, pourrait aussi réussir à régler la grève des hommes et femmes des médias publics, et deviendrait ainsi  »le démineur des grèves » dans le secteur public…

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