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Mesures antisociales et anti-populaires: Rendez-vous le 2 août

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L’affaire Alexandre Benalla qui défraie la chronique, ces jours-ci, trouvera très certainement un épilogue sous peu. Tout va rentrer progressivement dans l’ordre républicain et démocratique. La commission parlementaire des lois muée en commission d’enquête fera son job, la justice également. Emmanuel Macron, le président de la République, a parlé et s’est dit responsable. L’unique responsable de toute cette affaire.  En fait, la République sait où elle va. La route a beau être tortueuse, cahoteuse, accidentée, elle sait qu’elle aboutira en terrain démocratique et républicain.

Au Gabon, à vrai dire, qui peut dire, ou prédire, ce qu’il adviendra de ce pays après le déclenchement de ce mouvement d’appauvrissement financier généralisé des salariés Gabonais dans lequel se sont engagés le pouvoir en place, impopulaire, et le Fonds Monétaire International ?

Les nuages s’amoncellent et le ton monte. Il n’y a, pour cela, qu’à écouter les syndicalistes : « si on touche à nos avantages statutaires nous allons nous retrouver le 02 août. Je demande donc à tous les agents publics de l’état de ne pas oublier cette date. Ça passe ou ça casse !  Parce que justement  le 02 aout nous avons une grande décision à prendre.    Donc le 02 aout est une grande journée pour l’agent public gabonais (…) Tous ceux qui pensent que le pays ne peut pas fonctionner avec des amateurs doivent venir manifester leur colère, leur mécontentement pour que  jamais plus on ne nous traite  de la sorte.  Cette date du 02 aout n’est pas fortuite, nous allons au cours de ce grand rassemblement vérifier un certain nombre de chose (…) Donc  aux agents publics, si nous ne voulons pas la décote, nous devons fortement nous rendre le 02 aout à Awendje, pour manifester notre mécontentement (…) C’est pourquoi, insistons sur ce grand rassemblement ou ensemble nous prendrons une décision applicable séance tenante. Nous disons que nous irons dans la rue…c’est la marche !  Nous allons faire une marche de protestation pour dire que nous ne sommes pas du bétail. Est-ce que réellement un peuple  qui a élu quelqu’un, cet individu peut se comporter comme cela face à ce peuple ? C’est la question qu’on se pose à Dynamique Unitaire, et la réponse il l’aura le 02 aout. »

La messe est quasiment dite du côté des travailleurs qui, visiblement, ont décidé d’en découdre avec le pouvoir. Pour eux, la reculade médiatisée d’Ali Akbar Onanga  sur les décotes n’est qu’un ajournement momentané. Elles arriveront inéluctablement ces décotes, explique Simon Ndong Edzo. En fait, pour le président intérimaire de Dynamique Unitaire, le premier mouvement concerne le recensement des agents publics, leur tri. Le second, l’application des mesures. Si, elles ne sont pas exécutées en juillet, il faut s’attendre, assure le syndicaliste, à ce qu’elles le soient à la fin du mois d’août ou de septembre, et que le pouvoir frappe.

A ce niveau des choses, le pays est en train de mettre ses deux pieds dans un face à face irrémédiable et historique.

D’un côté, une minorité de rentiers qui entreprennent de réduire tant bien que mal – mal pour les salariés évidemment – les frais de fonctionnement d’un outil qui n’a accompagné aucun développement du pays mais a plutôt servi à financer la clientarisation  des Gabonais, prioritairement de ses élites. L’administration. Cela a coûté ce que cela a coûté à Omar Bongo. Depuis 2009, BOA souhaite que cela lui coûte moins cher, il veut faire des économies pour conserver la densité de sa rente. Il « restructure » donc les choses à son avantage et à celui des siens. Ce qui revient à se débarrasser de ce qu’il considère comme un trop-plein – dans l’administration notamment – qui obère une partie de la rente qu’ils accumulent en bande depuis 50 ans. Ceux qui l’accompagnent dans ce sombre dessein sont ses amis. On comprend que, sur ces entrefaites,  l’arrivée du Fonds Monétaire International, c’est tout bénef pour ces rentiers qui, dans un élan faussement patriotique –soi-disant à cause du prix du baril, de la sévérité de l’ajustement imposé par le Fonds mais jamais à cause des détournements massifs des deniers publics – demandent à l’ensemble des salariés de faire la taille pendant que les grosses fortunes, elles, continuent de s’engraisser.

En face, cette masse de salariés, au-dessus et en-dessous de 650 mille fcfa. Une différenciation, toute tactique, opérée par BOA et Laccruche, afin d’amoindrir le contrechoc social. La toute récente sortie d’Ali Akbar Onanga va un peu dans ce sens. Elle explique que seulement 8% à 10% des effectifs sont concernés par les mesures. Argument qui n’évacuera pas la détermination des travailleurs qui savent, au fond d’eux-mêmes, non seulement que le contrat historique, même léonin, entre les administratifs (civils et militaires) et Omar Bongo est en train d’être  rompu par BOA, mais également que ce dernier ne s’arrêtera pas là. Qu’il poursuivra sa « restructuration ». Quel est le destin d’une brebis après qu’on lui a tondu la laine sur le dos ? Tout simplement l’abattoir. Ce n’est pas du tout un hasard qu’entre les civils et les militaires, BOA ait choisi de maintenir le contrat avec les seconds En plein contexte d’application des mesures antisociales et antipopulaires, tout le monde comprend bien que ce choix est fait en connaissance de cause.

Le but n’était pas de parler de l’affaire Benalla. Mais plutôt de souligner le fait que malgré cette énorme secousse dans l’Etat français, ce dernier va s’en sortir, parce qu’il est bourgeois, républicain et démocratique.

La bourgeoisie bongoïste, elle, n’est ni l’une ni l’autre. Elle se trouve, avec l’arrivée de BOA au pouvoir, en position de biberonnage aux royalties, Et, elle ne veut pas lâcher prise. Elle souhaite seulement que « sa » gestion de l’Etat ne lui coûte plus trop cher. Il faut donc « licencier ». En faisant payer la note aux moins nantis et aux plus démunis. Aux générations présentes et à venir.

Rendez-vous le 2.

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