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Libre propos: Les femmes socialement désignées comme (vcd) « ventre, cul, dehors » et (dvd) « dos, ventre, dehors »

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(c)DR.

Il existe, dans chaque société, une norme sociale sur la meilleure manière d’être avec son corps ou de se vêtir, profondément intériorisée à la fois par les hommes et les femmes. En ce sens que les nouvelles modes vestimentaires des femmes, vêtues d’habits jugés « osés », en vigueur surtout en ville, sont un sujet qui alimente les conversations et les critiques les plus acerbes.

C’est quoi les VCD et les DVD ?

Plusieurs qualificatifs sont ainsi associés aux femmes qui aiment se vêtir en pantalons moulants, en robes courtes, en mini-jupes ou en habits décolletés dévoilant les parties anatomiques du corps. L’accoutrement de ces femmes est socialement appelées, « VCD»/« DVD ». VCD signifiant ventre, cul, dehors et DVD : Dos, ventre dehors.

Les vêtements féminins s’allègent, les VCD/DVD révèlent les nouvelles modalités d’expression du pouvoir lignager et coutumier sur le corps et la sexualité des femmes. Ces nouvelles modalités induisent d’autres formes de contrôle social et des mœurs, qui, s’accompagnent d’une plus grande liberté des mœurs sexuelles et d’une relative réappropriation du corps des femmes par elles-mêmes. L’ensemble de ces transformations mettent en lumière de nouveaux modes de vie, de nouveaux modes de penser, d’agir ainsi que de nouvelles façons de disposer de son corps.

Les DVD/VCD comme trouble à l’ordre social

 Les femmes DVD/VCD arborant des vêtements aguichant et à même le corps non socialement pas une bonne image. Leur style vestimentaire jugé grotesque et ridicule. Cette manière de disposer de son corps dérange et suscite des conflits souvent engagés avec certaines personnes qui les stigmatisent estimant qu’elles ne correspondent pas à l’image sociale d’une femme et au profil de la femme idéale. Les femmes DVD/VCD sont ainsi jugées extravagantes et impudiques. Elles sont également assimilées à des prostituées et sont souvent (à l’instar des supports amovibles DVD et VCD qui existent dans le domaine informatique) soupçonnées de transmettre des virus, en l’occurrence des infections sexuellement transmissibles.

Le fait d’être vêtue en DVD/VCD permet aux femmes d’envoyer une série de messages et d’attitudes représentant une révolte contre les usages vestimentaires habituels. C’est la raison pour laquelle, elles choisissent d’avoir un style de vie et arborent une apparence qui suscitent des débats et des qualificatifs péjoratifs.

Le DVD/VCD comme nouvelle façon de mettre en scène son corps

 Les Dvd/Vcd sont une nouvelle façon pour les femmes de mettre leur corps en valeur, de le «libérer» progressivement des restrictions culturelles par son dévoilement, l’utilisation de cosmétiques et le port d’habits « extravagants ». Les pressions familiales et sociales sont moins pesantes, les tabous moins nombreux, les tâches ménagères moins imposées. Elles jouissent actuellement d’une certaine forme d’autonomie et d’appropriation de leur corps.

Dans leurs relation avec les hommes, les relations conjugales sont d’ailleurs de plus en plus négociées, elles choisissent librement leurs conjoints et n’ont plus nécessairement besoin de l’accord des familles ou de leurs partenaires pour agir comme elles le souhaitent. Elles sont à la pointe d’un mouvement général d’autonomisation sociale.

Dans les villes et même dans certains villages, les femmes ont diverses façons de s’épanouir en dehors de leur vie familiale, communautaire et conjugale. Plusieurs éléments déterminent l’autonomie de ces femmes. Leur plus ou moins grande ancienneté en ville, leur niveau d’instruction, leur rapport à la religion chrétienne et leur situation professionnelle.

Le culte de la beauté est devenu, pour elles, un impératif absolu. Un certain nombre de ces femmes essaient de plus en plus de se créer une apparence physique proche de celle de leurs modèles, notamment aux modèles de femmes « vendus » par les médias à travers les télés réalités. Elles veulent paraître belles et à la mode.

Être beau ou belle est la qualité fondamentale de ceux et celles qui soignent leurs visages et leurs lignes. La beauté corporelle est parfois perçue comme un signe d’élection comme l’est la réussite sociale. Les grands magasins, les maisons ou les ateliers de couture, les boutiques de mode permettent aux femmes de sortir du foyer conjugal, des codes vestimentaires habituels. Le fait de se vêtir différemment est quelquefois vécu chez certaines femmes comme une sorte de « thérapie corporelle » et le signalement d’un seuil d’émancipation et de décontraction. Les créateurs de modes et bien d’autres stylistes imposent l’idée d’une femme responsable de sa vie et libre de son corps. Cette exigence d’émancipation des femmes va de pair avec une nouvelle conception du corps de ces dernières comme atout de séduction.

Le corps des DVD/VCD comme instrument de séduction

 Les femmes VCD/DVD sont conscientes d’avoir un pouvoir de séduction susceptible de captiver l’attention des hommes. Elles ont narcissiquement, de façon générale une perception quasiment instrumentale et spectaculaire de leur propre corps. Celle du corps comme capital et celle du corps comme objet de consommation. De nombreuses gabonaises mettent davantage plus en avant leurs atouts corporelles pour attirer et aborder les hommes en leur faisant parfois des avances. Ces femmes sont à une époque où l’assouplissement des conventions sociales leur permet de se comporter différemment qu’autrefois. Pour certains hommes, le fait que  des femmes viennent vers eux pour les séduire est une situation tout à fait banale et avantageuse.

La propension de certaines femmes à faire des avances aux hommes s’accompagne généralement d’une tendance aux liaisons sentimentales multiples des jeunes femmes avec des hommes qui pourraient subvenir à leurs besoins. La précarité et la pression des proches incitent les jeunes filles très tôt à être sexuellement actives. Les nouvelles générations de femmes ont le souci d’une certaine qualité de vie en recherchant le confort matériel auprès d’hommes qui possèdent des biens ou un revenu régulier. Elles se mettent en valeur et utilisent leur charme pour attirer et se « positionner » sur le marché sexuel et matrimonial.

La comparaison faite de ces femmes avec les supports multimédia VCD et DVD très légers, facilement accessibles, pouvant se prêter et aller d’une main à une autre, voire d’une maison à une autre, témoigne des conflits autour du rapport au corps et la manière de représenter le corps des femmes. Car, pour les gabonais, si les femmes sont des corps à épouser ou avec lesquels il est possible de vivre en couple, ces corps doivent correspondre à la représentation que les hommes se font de « la bonne femme ». C’est dans ce sens que les femmes dites VCD/DVD ont la réputation d’être des femmes sans retenue, sans pudeur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ces femmes portent une autre métaphore péjorative, celle dénommée tuée-tuée, liée à la mort.

En somme, beaucoup d’hommes perçoivent les nouvelles exigences féminines en matière sexuelle et vestimentaire comme des éléments qui mettraient en danger tout l’équilibre social et qui ébranleraient le pouvoir social des hommes. Ces hommes se comportent comme des censeurs face à la contestation de leur système de valeur basé sur la retenue, la chasteté et la soumission des femmes. Ils ont relativement perdu leurs fonctions sociales de contrôle des mœurs. C’est à cause de cela que le comportement vestimentaire « libertin » des DVD/VCD est réprouvé par les populations en majorité masculines qui les comparent à des prostituées. Car ils jugent l’accoutrement de ces femmes non conforme aux usages et aux coutumes en vigueur. Les vêtements «dénudés» ou à même le corps ne permettent pas à la femme d’être à la place que lui confère la société. C’est pour cette raison que les femmes vêtues de la sorte ont aussi la réputation d’être des femmes peu discrètes et « faciles ».

Dr. Steeve-Thierry BALONDJI, Sociologue de la famille,

Chargé de Recherche (CAMES)

LAREFSAC/IRSH/CENAREST

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