Accueil Société Gabon/ Insécurité: La police veut rassurer, mais qu’y peut-elle ?

Gabon/ Insécurité: La police veut rassurer, mais qu’y peut-elle ?

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Et, les trois pages dans l’Union d’hier pour nous dire que la police gabonaise ne sait pas quoi faire face aux « nouvelles formes de criminalité » réponde négativement à cette question. Ce n’est pas rassurant, venant de nos forces publiques.

Sur un  ton plaintif, l’article de l’Union dépeint la situation : « internet et les réseaux sociaux sont devenus des relais marketing qui contribuent au développement des activités des criminels et à l’accroissement de leur influence. Ils font la promotion de la haine et de la violence ». Pêle-mêle, on larmoie sur « les violences en milieu scolaire », on balance des chiffres imposants mais peu parlants : « face à ces menaces multiformes, la police a dû mettre en œuvre, l’année dernière, des dispositifs statistique et mobile à l’origine de près de 3000 (trois mille) interventions de tous types et 9002 interpellations qui ont abouti à 3240 déferrements  au parquet », on promet que les « actions [ de la police nationale »] seront tournées vers la présence dans les espaces publics, dans la discipline et le strict respect des règles de déontologie, la lutte contre les violences en milieu scolaire ». Mais, malheureusement, on nous précise que « L’atteinte de ces objectifs nécessite la mise à disposition de la police des moyens idoines ». Qu’elle n’a donc pas. Ce qui n’est pas non plus pour rassurer.

Et le fait de rapporter les statistiques sur la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée pour montrer qu’elles s’élèvent  à « 92% des prises d’otages en mer dans le monde » ne saurait dédouaner ni l’Etat ni sa police.

Et le problème est peut-être là. Cette police est la police de qui ? Quelles sont les missions que l’Etat lui a confiées ? Protéger les populations et les biens de l’Etat ou ne protéger que les tenants de l’Etat, souvent contre les populations ? Auquel cas, après 53 ans de stabilité des mêmes au pouvoir, on peut dire : mission accomplie. Cette police n’a pas failli.

Assis Malaquias, professeur d’économie de la défense et de gestion des ressources au Centre d’études stratégiques de l’Afrique, examine l’état actuel des stratégies de sécurité nationale sur le continent. Il note que certains pays africains ont des stratégies officielles de sécurité nationale alors que d’autres n’en ont pas ? En effet, pour cet expert « le concept de sécurité nationale est perçu comme étant le domaine d’un cercle restreint d’experts sur la sécurité et de leaders du gouvernement. Cette approche limitée est l’antithèse de la notion de sécurité citoyenne. Les pays qui ont su réunir sécurité de l’État et sécurité citoyenne ont mieux réussi à générer une orientation de stratégie de sécurité nationale significative. ». Il relève, par exemple, qu’en « Afrique du Sud…La différence dans l’ère post-apartheid est évidente car la sécurité a été conceptualisée de manière à placer le citoyen au centre du paradigme de sécurité et du plus vaste cadre de réformes démocratiques et constitutionnelles, de conceptions institutionnelles et de normes. » Il poursuit : « Par contraste, les pays qui définissent la sécurité en termes de survie du régime, tout en insistant seulement sur l’élément militaire du pouvoir national, ont rarement l’incitation et la volonté politique de concevoir des stratégies nationales qui couvrent les plus vastes dimensions de la sécurité. De plus, le processus de développement de stratégie de sécurité nationale est transparent, tant dans sa conception que dans son véritable contenu. De même, si les leaders nationaux considèrent la sécurité comme étant du ressort de l’État, les stratégies de sécurité, si elles existent, ne seront pas publiées. Cette situation gêne la capacité de nombreux pays africains à intervenir face aux menaces et à agir car la préoccupation quant à la sécurité du régime et la confiance excessive en l’instrument militaire cache les autres défis sur la sécurité au sein de la société. »

Pour cet expert, la sécurité ne se limite donc pas à « Renforcer les capacités opérationnelles » comme le résume notre confrère l’Union en s’appuyant sur les propos du commandant en chef des forces de police nationale. Il est question de volonté de bâtir des « stratégies nationales qui couvrent les plus vastes dimensions de la sécurité », de placer le citoyen au centre de cette problématique, et de promouvoir la transparence. La sécurité nationale n’est certainement pas l’affaire de la seule police qui, elle, a plutôt mission d’exécuter ce qui a été conçu et décidé comme politique de sécurité nationale. Mais où et quand se conçoit-elle ? Qui la décide ?

Stéphane MWAMEKA

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