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Enseignement : L’IPN n’est pas le cerveau de l’éducation

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Non Monsieur le Directeur de l’IPN, l’Institut Pédagogique National (IPN) n’est pas le cerveau de l’Education au Gabon. Entendre une telle incongruité de la bouche du premier responsable de cet institut n’est pas excusable. Cependant, on comprend mieux tous les errements de cette maison depuis quelques années.

L’IPN est certes un organe vital pour notre système éducatif, tout comme le sont le foie, les poumons, le cœur et les reins pour un être humain. Mais l’IPN n’en est certainement pas le cerveau. Nous savons par les résultats de plusieurs recherches scientifiques, le cerveau joue un rôle central dans la plupart des expériences du vécu humain. On peut localiser dans le cerveau les zones responsables des diverses activités humaines. Ce rôle central pour rester dans la métaphore de l’organisme humain en ce qui concerne le système éducatif gabonais, c’est le cabinet du Ministre qui le joue.

C’est ce cabinet qui est le cerveau, car c’est lui qui impulse les politiques éducatives conçue par le gouvernement de la république. Le cabinet a pour organe technique d’appui l’Inspection Générale des Services. Laquelle Inspection Générale comporte en son sein les Inspection pédagogiques des divers ordres d’enseignements : pré primaire, primaire et secondaire. L’Inspection Générale des Services est garante de la norme. Cela signifie que c’est cette Inspection Générale qui détermine ce qui est normal ou ne l’est pas. Elle agit en tant que conseiller technique du Ministre. Elle est dépositaire de la norme administrative et la norme pédagogique. Les différentes directions des enseignements sous la coordination du Secrétariat Générale mettent en œuvre les politiques éducatives définies par le « cerveau ».

L’IPN participe à la mise en œuvre de ces politiques en venant en appui aux directions des enseignements. Elle est notamment chargée de la recherche appliquée comme vous l’avez si bien dit. Il s’agit de la recherche appliquée à l’enseignement et aux autres activités d’accompagnement à l’école. En conséquence, la recherche qu’est sensée conduire l’IPN est une recherche qui répond à la commande des directions d’enseignement. Elle permet l’amélioration des prescriptions pédagogiques et didactiques. Cette articulation a relativement et correctement fonctionné jusqu’à 2010, période ou des « démiurges » voulant se tailler une IPN à leur mesure transfèrent cet Institut à la Direction Générale de la Recherche Scientifique de l’Enseignement Supérieur. Ils voulaient en faire une Institution de Recherche Fondamentale à l’intérieur de la fameuse Université des Sciences de l’Education. Ils ont au passage, ayant constaté le vide qu’allait créer cette impéritie, imaginé une Direction Générale de l’Appui Pédagogique qui peine encore à justifier son existence au Ministère de l’Education Nationale. On se retrouve donc à ce jour, avec la situation aberrante d’une IPN organiquement détachée du Ministère en charge de l’Education Nationale.
Les mêmes « illuminés » pas des arguments qui ne font pas la démonstration de la plus-value d’une telle opération pour le système éducatif, essaient d’ériger l’IPN en Direction Générale, toute chose qui viendra davantage compliquer son articulation dans ce système.

En réalité l’IPN est comparable aux laboratoires que l’on trouve dans les hôpitaux (laboratoires biomédicaux) et qui travaillent sur commande pour les divers services de médecine afin de leur apporter un appui permettant d’améliorer les diagnostics et par conséquent les prescriptions médicales. Vouloir faire autrement, ce n’est rien d’autre que du « charlatanisme » qui desservira à coup sûr le système éducatif.
En effet, si l’IPN était resté dans son rôle visant à préserver la qualité de l’éducation au lieu de s’abandonner dans une relation « fusionnelle » avec la société EDIG, elle aurait alerté les autorités sur le fait que pendant plusieurs années environ 10 ans, la société EDIG n’a fait que reproduire les mêmes cahiers de situation sans renouveler les contenus comme il convenait. Contribuant ainsi à dévoyer la qualité de l’enseignement dans les salles de classe et à nourrir les grèves successives des enseignants du primaire. Car tout véritable professionnel de l’Education sait que le renouvellement des contenus est un facteur déterminant pour la validité d’une politique d’évaluation des apprentissages. Comment peut-on s’étonner de la dégradation généralisée du niveau scolaire et de la défiance des parents vis-à-vis des écoles publiques, quand l’organe principal à qui l’Etat a confié la responsabilité de veiller sur la qualité devient le premier à la saboter par manque de concertation sur les véritables enjeux de sa raison d’être.

Un professionnel de l’Education ne prendrait jamais pour détail négligeable le renouvellement des contenus d’évaluation comme c’est le cas aujourd’hui. L’APC préconise des évaluations homogènes par palier sur l’ensemble du territoire, de la première année à la cinquième année primaire. Comment sont évalués présentement les élèves de Minvoul comparativement à ceux de Malinga, pour ne citer que ceux là ; Cependant, ils prendront tous part aux mêmes examens nationaux et échoueront à près de 50% dans le meilleur des cas. Doit-on se réjouir d’un tel gâchis des intelligences. Quel Gabon bâtissons-nous à l’heure de la compétition mondiale de l’économie de l’intelligence.
Venir s’afficher dans un journal pour sauver la maison EDIG alors que la qualité du produit délivrée par cette maison d’édition en l’occurrence les cahiers de situation ont des contenus « périmés », nous disons bien « périmés ». Est-ce qu’on imagine les Services du BAC, du CEP ou du BEPC proposer les mêmes contenus 4 ou 5 années de suite ? Monsieur le Directeur, que dites vous de ce massacre du système éducatif. Le monde entier nous regarde et juge du sérieux de notre système à l’heure ou la directive mondiale pour l’Education à travers l’ODD4 invite tous les pays à promouvoir une éducation de qualité, inclusive et tout au long de la vie. Le rôle premier du Directeur de l’IPN n’est pas de défendre un partenariat quel qu’il fut, mais d’être la sentinelle de la qualité de l’Education.
Ces contenus inchangés, lorsqu’ils sont par extraordinaire disponibles partout, impactent en les biaisant les résultats des évaluations. Si l’on ajoute à cela et vous le savez que la majorité des enseignants ne sont pas suffisamment outillés, hé bien, tant pis pour les dégâts.

Alors, le cahier de charge du Directeur, c’est le partenariat avec la société EDIG, ou bien imaginer des stratégies pour améliorer la performance de l’Ecole gabonaise ? La réflexion, la bataille du Directeur doit-elle porter sur la défense de la société EDIG ou sur les moyens d’améliorer les paramètres de l’école.

On avance souvent le paresseux prétexte du manque de moyens. Mais même avec tous les moyens du monde, si l’on décide d’ignorer ou de négliger les déterminants majeurs de la qualité de l’école, comme cela est mis en évidence par cette contribution aussi énergétique que surprenante, sans discernement, inopportune et partisane dans une démarche promotionnelle de la société EDIG, on n’est pas sorti de l’auberge, la qualité de l’école pet toujours attendre.
Lorsque les enseignants réclament les cahiers de situation, il ne s’agit pas du contenant, mais du contenu. Au 21e siècle, il y a plusieurs types imaginables de supports des contenus. Lorsqu’on veut travailler honnêtement et patriotiquement afin de contribuer à résoudre les problèmes pour le bien du plus grand nombre, au lieu d’en créer, les solutions ne manquent pas. Mais bon !

Pendant toutes ces années, l’Etat a régulièrement payé l’entreprise EDIG. En réalité, si l’on veut agir en patriote cette situation devrait être prise en compte pour faire une péréquation de la dette due à cette entreprise. Car elle n’a pas respecté les termes du contrat en offrant le produit attendu. On a triché au vu et au su de ceux qui devaient tirer la sonnette d’alarme. Si l’on avait affaire à des patriotes soucieux de l’excellence de notre système éducatif et non des agents publics instrumentalisés pour faire la promotion de la société EDIG. Ils se battraient pour la réhabilitation de l’imprimerie du Ministère de l’Education Nationale. Tous les gains issus du partenariat IPN EDIG auraient servi à faire renaître cet outil qui a fait les beaux jours de l’IPN. Voilà ce qui permettrait une distribution gratuite des cahiers et même des bulletins.

Maintenant, si l’on choisit la logique de partenariat avec des structures privées, cela doit se faire dans la transparence et de manière égalitaire ouvert à la concurrence selon les règles en vigueurs en tenant compte du rapport qualité prix et des retombées en termes d’offres d’emplois locaux comme le commandent les orientations du Chef de l’Etat à cet égard dans son discours à la Nation le 31 décembre dernier.

(Défenseur de l’école publique)

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