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Code du Travail querellé: Le coup de pouce raté de l’ancienne patronne des patrons

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Madeleine Berre/©DR

Le 27 janvier dernier, le gouvernement et les syndicats radicaux ont conclu, à travers la signature d’un accord, une  »paix des braves ». Mais la nomination de l’ancienne Présidente de la Confédération patronale gabonaise (CPG) au poste de ministre chargé du Travail n’était-elle pas une erreur ? Les Gabonais qui viennent d’être éprouvés ces derniers jours par les mouvements d’humeur de certains syndicats se seraient bien passés de ces grèves dans le secteur Electricité et Eau et de ces ruptures provoquées de carburant dans les stations-service. En fait, ce projet de révision du Code du Travail, porté par Madeleine Berre, n’est pas protecteur des employés, il est à l’avantage exclusif des patrons d’entreprises.

Madeleine Berre a bien failli causer une grève générale illimitée. Les syndicats se sont levés pour protester contre son projet de révision du Code du Travail. Ceux-ci ont estimé que le projet était trop favorable aux employeurs. Le ministre chargé du Travail a présenté une base de travail de ce projet qui accordait de nombreuses latitudes aux chefs d’entreprise. Ils pouvaient, sans consulter l’Inspection du Travail, licencier plus de dix employés, que ce soit des CDD ou même des CDI. En accordant toute latitude aux chefs d’entreprises, elle a voulu précariser davantage l’emploi au Gabon.

Mais comment le ministre chargé du Travail a-t-elle pu croire que son lobby de patrons allait tout obtenir à travers ce nouveau texte au détriment de la masse ouvrière, alors qu’elle doit l’avoir compris pendant ses années à la tête de la CPG : les confédérations syndicales, centrales syndicales et organisations professionnelles autonomes sont mieux outillés aujourd’hui, maîtrisent profondément les droits des travailleurs et savent bec et ongles défendre leurs acquis. Madeleine Berre a fait une erreur de jugement, une grave erreur de jugement, qui pourrait lui causer son poste. Avoir été aussi loin pour protéger les seuls employeurs dans le Code du Travail en pleine révision est une faute grossière. Elle s’est comportée comme le  »bras armé des patrons », et a inconsciemment ou non mis le feu aux poudres. Son texte tend plutôt à favoriser les licenciements dans une société gabonaise où les emplois sont de plus en plus précarisés. Il faut le dire clairement : le projet de texte de Madeleine Berre n’est pas équilibré, ni équitable, car il ne prend pas assez en compte les droits des travailleurs, ainsi que leurs acquis.

Les syndicats de travailleurs lui ont démontré que ce projet de Code est trop à l’avantage des chefs d’entreprise

Peut-être est-elle une bonne ministre de la Fonction publique (mais on attend toujours la publication des résultats de son recensement biométrique des agents publics, ainsi que sa réaction face aux demandes de plus en plus fortes de régularisation des 54.000 situations administratives des agents de l’Etat), mais en ce qui concerne le pan Travail, l’ancien patron des patrons qu’elle est, a trop voulu jouer  »perso » pour les chefs d’entreprise. Mais, en dépit de la signature du protocole d’accord lundi dernier à la Primature entre le gouvernement et les syndicats radicaux, Madeleine Berre devrait tirer les conséquences de ce projet de texte portant révision du Code du Travail qui a mis en émoi un très grand nombre de travailleurs, pour ne pas dire l’ensemble des travailleurs du secteur privé.

Son manque d’objectivité dans ce dossier a causé une pénurie (créée) de carburant dans les stations-service, et certaines localités du pays ont eu à subir des coupures d’électricité. De même, les abonnés à la téléphonie mobile ont eu beaucoup de mal à faire passer le transfert d’argent et le paiement de facture par la voie Money de la téléphonie. Les choses auraient pu être plus graves si d’autres secteurs s’y étaient mis. Madeleine Berre, ancien directeur général du Cabinet Deloitte, a failli faire capoter une réforme qui ne demandait que la prise en compte de certaines évolutions dans le monde du travail. Elle a voulu favoriser de manière (trop) ostentatoire la CPG et l’ensemble des patrons d’entreprises du pays. Comme nous le disons plus haut, elle devrait en tirer les conséquences.

Nelson Tchimbakala

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