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Bordel monstre à Angondje, mais voulu

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Les membres du gouvernement sur certains sites de distribution de bon de caisse(c)/DR.

 Il fallait s’y attendre.  « L’union » a voulu trouver les mots pour atténuer la réalité de la mêlée humaine qui s’est formée à Angondjé : «  Les agents publics ont afflué hier vers les sites retenus pour les formalités débouchant sur le retrait de leurs bons de caisse, en fonction de l’administration à laquelle appartient chacun d’eux. Un début d’opération qui a pu ressembler çà un jeu de pistes et dont certains ont regretté les dysfonctionnements.  Lesquels devraient être rapidement corrigé, promettent les superviseurs ». Nos confrères savent pertinemment, et nous ne leur apprenons rien, que les dysfonctionnements vont se poursuivre. Le choix des mots ne résiste pas au choc des photos, des vidéos, et de la réalité vécue sur place.

 Pourtant, n’eut-il pas été plus simple de consulter les données fournies par l’audit réalisé sous Ndong Sima. Ndong Augustin doit les détenir. Le ministère de la Fonction publique aussi, tout comme son directeur général, Aimé-Brice Sakys. En fait, le pouvoir est parfaitement conscient qu’il s’agit moins d’une simple comptabilité, d’une simple vérification que d’une sorte d’aggiornamento de l’héritage géopolitique d’Omar Bongo. Les apparences donnent l’impression qu’il s’agit d’administration alors que c’est de reformulation, de re-dimension de la politique clientéliste dont il n’est pas question, quant au fond, que le pouvoir actuel se départisse. Sa pratique, depuis 2009,  le prouve. La différence entre avant et après Omar Bongo, à l’image d’une entreprise, c’est que le rejeton a pris les rênes de la boîte et, contraint de restructurer, il frappe d’abord les ouvriers, en profite pour virer quelques anciens cadres, amis de son père, dont les têtes ne lui reviennent pas et en profite pour placer les siens. Heureusement que le FMI est là, cela permet de se dédouaner en présentant l’opération comme une calamité internationale à laquelle on ne peut échapper.

 Ce n’est donc certainement pas pour vérifier qui est et qui n’est pas fonctionnaire dans cette administration gabonaise bâtie sur les logiques géopolitiques du bongoïsme triomphant.  Depuis longtemps, notamment ce boom pétrolier de la fin des années 1970, flanqué d’une volonté manifeste des rentiers au pouvoir de n’absolument pas diversifier l’économie gabonaise, nous savons que, pour avoir la paix, Omar Bongo se servait de « son » administration, « sa » Fonction publique, civile et militaire. Il la remplissait de vrais et de faux agents d’Etat. La CNSS en sait quelque chose. Le trop-plein ne pouvait qu’en être une résultante. Le but de l’opération consiste à procéder à un évidement sélectif des effectifs. Comme le Mamba dont les morsures sélectionnent ses victimes

 Mais, en désemplissant l’Etat, Ali Bongo Ondimba est désormais confronté à des forces sociales dont son prédécesseur ne soupçonnait peut-être pas l’éclosion. Les travailleurs dont les caractéristiques, à longueurs de mutations sociales, font craquer les anciens canevas communautaires sur lesquels reposait principalement la géopolitique d’Omar Bongo Ondimba.

 Certains retrouveront leurs bons de caisse. D’autres pas. L’implosion sociale pressentie par « Le Temps » viendra peut-être, ou même à coup sûr, de là.

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