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Eveil à la sororité féminine

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Sororité ? Certains penseront à une nouvelle lubie pré-électorale, d’autres prendront peut-être peur en imaginant une nouvelle secte féminine ou des connivences occultes entre femmes. Que nenni !!!  En effet, ce terme hérité du latin soror signifie simplement sœur. Parler de sœur est bien plus profond et, à mon humble avis, salvateur lorsqu’on parle entre femmes. Parler de sororité, c’est aller au-delà du féminisme. Parler de sororité, c’est dépasser la notion trop répandue dans le monde selon laquelle : les femmes sont naturellement leurs propres ennemies, que la solidarité entre femme est difficile à atteindre et toute une kyrielle d’autres notions qui divisent.

Je souhaite utiliser la plateforme qui m’est donnée aujourd’hui afin de transmettre à toutes les filles, femmes gabonaises et du monde, un éveil à la sororité. A ceux et celles qui se demanderont pourquoi sororité ? Je dirai par expérience que la relation avec sa sœur est peu hiérarchisée, à la différence de celle avec sa mère, par conséquent les attentes et enjeux sont moins pesants.

Pourquoi aujourd’hui se demanderont certains ? Pour trois raisons essentielles. Premièrement, c’est un certain ras-le-bol face à toutes ces fêtes d’un jour qui célèbrent la femme sans jamais lui donner sa juste place au quotidien. Deuxièmement, il y a un temps pour tout et personnellement, je pense que le temps de l’éveil entre sœurs est venu. Et troisièmement, les maux causés par d’autres femmes envers leurs congénères ont finit par m’écœurer au point de sortir du mutisme. Ce que je souhaite partager ici, c’est un éveil qui se vit au jour le jour sans l’attente d’un résultat ou d’une récompense. Nous avons en commun un langage, un pays et des réalités qui nous sont propres. Devenons les maillons d’une chaine de solidarité et construisons des ponts au lieu d’ériger des murs entre nous.

Parler de solidarité féminine, de sororité, c’est dépasser toutes notions de lutte. Il n’y a ni lutte de pouvoir entre nous et encore moins avec les hommes.

 Parler de sororité, c’est avoir en soi certaines vertus ou du moins, s’améliorer à les développer. Nous parlons ici de la confiance, de l’authenticité, du non-jugement, de la bienveillance, de la compassion, de savoir déceler la souffrance de l’autre et d’apprendre à aider simplement.

Parler de sororité, c’est accepter de ne pas détenir la vérité, c’est autoriser le doute et les questionnements qui sont essentiels à la progression. C’est aussi être aux aguets afin de s’entraider.

Cet éveil je l’espère, raisonnera comme un cri du cœur pour qu’ensemble, nous apprenions à vivre différemment. Vivre différemment, c’est rompre avec le fatalisme. C’est se mettre en action avec courage, endurance et audace. C’est faire preuve de résilience face à des épreuves parfois extrêmes qui jalonnent nos chemins. C’est apprendre à travailler ensemble avec nos spécificités car, comme me l’a répété une sœur qui m’a fait confiance professionnelle «  le diable est dans les détails. ». Il ne s’agit pas de faire semblant ici d’être unies, bien au contraire.

Il faut beaucoup de courage pour reconnaitre que nous sommes divisées. C’est forte de ce courage, que nous devons nous atteler à trouver des moyens de vaincre nos peurs, nos préjugés, nos rivalités et tous les murs qui entravent la mise en place d’une réelle solidarité.

Toni Morrison, prix Nobel de Littérature déclarait en 1979 : « …les femmes qui bloquent la promotion des carrières d’autres femmes sont des femmes, et c’est une autre femme qui doit venir au secours de la victime. Les employées des services sociaux qui humilient leurs clientes sont parfois des femmes, et il appartient à leurs collègues féminines de désamorcer leur colère. Je trouve inquiétant la violence avec laquelle les femmes se comportent entre elles : violence au travail, violence de compétition, violence affective. Je trouve inquiétant de voir des femmes disposées à réduire d’autres femmes en esclavage. Je trouve inquiétant l’indécence croissante avec laquelle les femmes de pouvoir n’hésitent pas à se comporter en tueuses. »

Les mots sont durs, durs de vérité, car ce sont des réalités que vivent encore certaines d’entre nous tous les jours. C’est dans ce cadre que l’éveil à la sororité est un appel à la vigilance, afin que ces maux disparaissent dans nos rapports.

Chacune à son niveau, que ce soit dans son quartier, son école, son bureau et qu’importe sa condition sociale, devrait devenir plus solidaire envers sa sœur. Même si certains penseront que c’est utopique, surement que pas à pas nous arriverons à édifier une société plus juste et bienveillante. Surtout, nous apprendrons à nous porter et à faire de nos différences une richesse.

Parions que la sororité sera une des graines qui fera des fruits d’exemples pour les générations futures. Cet éveil, c’est pour chacune de nous. Approprions-nous la sororité et vivons-la au quotidien.

Nous, c’est toi Thérèse, Gisèle, Sixtine, Euphrasie, Maella, Maureen, Marie-Alix, Malaïka, Lindsay, Anne-Marie, Désirée, Annick et toutes celles qui se reconnaissent dans ce message.

Octavie NDOGO-MENVIE.

Citoyenne gabonaise.

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