Accueil Portrait Portrait du mois : Christ’on, un styliste-modéliste avéré

Portrait du mois : Christ’on, un styliste-modéliste avéré

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Christian Obame Nguema (Christ'on)/©DR

Le 23 avril d’une certaine année, naissait à l’hôpital général de Libreville aujourd’hui CHUL, un garçon de sexe masculin, pesant environ cinq kilogrammes : un véritable bébé hollandais. Ses parents lui donnèrent alors le nom de Christian Obame Nguema qui, quelques années plus tard, deviendra Christ’On.

Le bébé Christian commence ses études primaires à l’école Mont Fort, avant de les poursuivre à l’école publique de la cité Mébiame. Après l’obtention de son CEP, il intègre le collège Saint Claude puis le lycée d’Oloumi. Mais dès la classe de 3ème, sa vie va basculer.

Étant plus attiré par la couture et la mode, l’adolescent Christian sera vite inscrit à BAYEKA, une école de mode où il passera deux ans, une véritable  épreuve car ayant honte de son choix face à ses frères et sœurs qui étaient plutôt au Lycée français : « moi je ne portais jamais mon uniforme du centre de formation  et j’attendais toujours que tous les élèves du quartier  soient partis pour que je sorte de la maison ».

De cette formation, Christian sortira nanti d’un Certificat d’aptitude professionnelle.

 en 1996, le jeune Christian fait le grand saut en se rendant à Abidjan dans l’atelier du célébrissime styliste modéliste  Pathé’O où il passera cinq ans d’apprentissage avec 50 autres tailleurs. Fort heureusement, cette formation était prise en charge par l’Etat Gabonais qui lui octroyait une bourse : les dieux étaient vraiment avec ce sacré fils du pays qui, trois mois avant son départ pour la Côte d’Ivoire, avait reçu un appui financier de la part de Madame Edith Lucie Bongo Ondimba, la première dame de l’époque.

Très opportuniste, ce jeune compatriote viendra en prestation au salon Ivoiro-Gabonais organisé par Madame Ngolene  Ossouka, en 2000, dans son pays le Gabon. Son passage ne passera pas inaperçu raison pour laquelle en 2001, à l’occasion cette fois-ci de la célébration de la fête des mères à l’hôtel inter continental (l’actuel Radisson Blue), cérémonie à laquelle Pathé’O son mentor prenait part, « j’ai vendu toute ma collection et je suis retourné à Abidjan où j’ai refait ma collection avant de revenir en 2003  pour ouvrir mon atelier à Akébé-ville ».

Si Christian Obame Nguema était un anonyme, Christ’On ne l’est pas. Il venait de fêter  ses 15 ans de mode à l’hôtel Onomo, après avoir parcouru pendant ces années les neuf provinces du Gabon, ainsi que plusieurs pays africains comme le Sénégal ; l’Angola (où il s’est vu décerner le prix de la génération montante) ; la Guinée Equatoriale ; le Benin ; Sao Tomé etc…

 

Il pose ici avec Pathéo

Malgré quelques difficultés rencontrées dans son parcours, notamment la perte de son atelier de couture du fait des intempéries en 2006, Christ’On dit être épanouit dans son métier.

. Son meilleur moment : « Lorsque je vendais toute ma collection et voyageais  à tout moment… »

. Ce qu’il déplore : « Le fait que les pouvoirs publics ne veuillent pas relancer la culture et les créateurs locaux : on soutient tous ceux qui viennent de l’extérieur mais nous les nationaux non ».

. Question gênante : on dit des stylistes-modélistes qu’ils sont efféminés comment réagissez vous face à cela ?

« Cela ne fait pas débat. Ma tendre enfance je l’ai vécue dans du beurre c’est peut-être pour cela que je suis comme je suis ».

Christ’On est une personne très ouverte qui aime être entouré mais déteste les accusations et les coups bas.

Ses projets et réalisations : chaque année, il organise « la nuit d’or » mais l’un de ses rêves est la création d’une école de mode au Gabon, bien qu’ayant un atelier à Lomé au Togo. Actuellement, notre styliste prépare l’élection du Président de la fédération des Stylistes du Gabon et souhaite de tout cœur qu’il soit élu face à ses deux adversaires. En plus de la caravane de formation en coiffure et couture en faveur des jeunes dans les provinces depuis trois ans, Christ’On ambitionne de créer dans chaque province, une école de formation dans ces domaines. Rappelons que dans la foulée, 5 jeunes ont déjà été formés en couture par cet Artiste.

Christ’On a profité de la tribune qui lui a été offerte pour interpeller les pouvoirs publics en ces termes «  je voudrais que le gouvernement puisse permettre  aux ministères de la culture ; de la formation professionnelle et celui des PME à aider les jeunes dans l’auto emploi, non pas par des séminaires dans les hôtels mais sur le terrain. Aujourd’hui, les cases d’écoute sont vides : pourquoi ne pas créer la maison des petits métiers au lieu d’avoir des jeunes qui exigent 2000 francs à chaque rencontre ».    

Christ’On n’est plus un cœur à prendre, il aime manger le poulet fumé à l’odika accompagné de la banane pilée à laquelle on ajoute quelques tubercules de manioc.  Ses hobbies sont la marche ; la lecture et les infos télévisées. Mais il aussi des idoles nous a-t-il confié : « Pathéo ; jules Touré et mon deuxième papa décédé ».

Le 23 avril est passé certes (date de son anniversaire), mais les admirateurs de Christ’On peuvent toujours lui faire une fleur, cela lui fera chaud au cœur.

JB

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