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Tribune libre : «Pourquoi les avocats de Jean Ping ont-ils raison d’introduire une requête en révision ?»

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 Le 27 septembre 2016, lors de la cérémonie d’investiture de celui qu’ils s’apprêtaient à établir de nouveau à la tête de l’État, au prix du sang de plusieurs dizaines de Gabonais, seul René Aboghé Ella fut intensément ovationné. Par ce geste que l’histoire retiendra, Ces femmes et Ces hommes qui ovationnaient étalaient ainsi à la face du monde, sans aucune pudeur, sans aucune retenue, leur reconnaissance à l’endroit de leur héros qui avait rendu possible l’inimaginable.

À cet instant, dans cette même salle, d’autres femmes et d’autres hommes, devaient probablement regretter que ce sacre fût réservé au seul président de la Cénap (Commission électorale nationale autonome et permanente). Ils auraient aimé être eux-aussi reconnus et acclamés pour la décisive contribution qui fut la leur et sans laquelle, la dite manifestation n’aurait pu se tenir de la même manière, avec les mêmes convives et surtout la même personne pour prêter serment et recevoir les félicitations.

Ce 27 septembre 2016, à l’inverse de René Aboghé Ella qui était traité en sauveur, François de Paul Adiwa-Antony, Afriquita Agondjo, Louise Angué, Christian Bignoumba Fernandes, Jacques Lébama, Marie-Madeleine Mborantsouo, Claudine Menvoula, Hervé Moutsinga et Baptiste Quentin Rogombé, tous membres de la Cour Constitutionnelle, n’ont pas été ovationnés. Pourtant, ils devaient se sentir en droit de recevoir le même hommage.

En introduisant une requête en révision de la décision de la même Cour Constitutionnelle, les avocats de Jean Ping permettent de “rendre justice”, devant l’histoire et pour la postérité, à ces quatre femmes et cinq hommes qui composaient la Cour Constitutionnelle du Gabon.

La requête en révision introduite par Maître Jean Rémy Bantsantsa et Maitre Éric Iga-Iga, ne vise pas à obtenir de la Cour Constitutionnelle qu’elle dise le droit, ni qu’elle rende la justice au nom du peuple Gabonais. Ironique, Maitre Éric Iga-Iga ne manquera pas de dire devant la presse : «Nous n’avons pas de potion magique pour redresser la Tour de Pise». Cette requête constitue l’autopsie des décisions rendues par les 9 juges de la Cour constitutionnelle du Gabon.

Alors que certains, tout en reconnaissant que des doutes subsistaient, se sont empressés de prendre acte, les avocats de Jean Ping viennent établir qu’il existe bien plus que des doutes. Ils décrivent par le menu, le déni de droit et la falsification de la vérité qui ont été opérés par les neuf juges de la Cour constitutionnelle du Gabon.

À la lecture de la requête des deux avocats, l’histoire retiendra qu’en septembre 2016, neuf Gabonais, quatre femmes Afriquita Agondjo, Louise Angué, Marie-Madeleine Mborantsouo et Claudine Menvoula et cinq hommes François de Paul Adiwa-Antony, Christian Bignoumba Fernandes, Jacques Lébama, Hervé Moutsinga et Baptiste Quentin Rogombé, ont annulés à dessein 21 bureaux de vote dans le 2ème arrondissement de Libreville, privant ainsi des milliers d’électeurs de leur expression démocratique. L’histoire retiendra aussi que ces mêmes acteurs ont travestis de la manière la plus grossière les résultats du vote dans la province du Haut-Ogooué, afin de parvenir à leurs fins et installer à la tête de l’État leur candidat, le candidat auquel les Gabonais avaient clairement refusé d’accorder leur confiance lors du scrutin du 27 août 2016.

De la même manière que les autopsies qui ont été réalisées sur les victimes des massacres d’août et septembre 2016 ne rendront pas la vie à nos compatriotes, qu’il ne nous sera probablement jamais possible de savoir où sont passées toutes les personnes disparues, cette nouvelle requête devant la Cour Constitutionnelle ne légalisera pas, à elle seule, la victoire de Jean Ping à l’élection présidentielle du 27 août 2016. Mais, de la même manière que ces autopsies nous permettent d’attester sans contestation des causes et conditions de la mort de nos compatriotes, et que nous sommes désormais en situation de dire qu’ils ont été froidement et/ou lâchement assassinés avec des armes de guerre, nous pourrons aussi dire que la Cour Constitutionnelle a activement participé au braquage de l’élection présidentielle du 27 août 2016 et décrire son mode opératoire. Maintenant nous savons. Les générations futures sauront que nous savions et nous ne pourrons désormais plus dire que nous ne savions pas.

Les neuf membres de la Cour Constitutionnelle :  François de Paul Adiwa-Antony, Afriquita Agondjo, Louise Angué, Christian Bignoumba Fernandes, Jacques Lébama, Marie-Madeleine Mborantsouo, Claudine Menvoula, Hervé Moutsinga et Baptiste Quentin Rogombé, sauront gré aux deux avocats de Jean Ping d’avoir permis, en introduisant cette requête en révision de reconnaitre le rôle essentiel qui a été le leur.

Pour les autres acteurs du braquage qui sont en attente de reconnaissance dans leurs rôles respectifs, nous nous limitons à ne citer que Maitre Denise Mekamne, agissant en qualité de garde des Sceaux, a eu la lumineuse idée de saisir la CPI (Cour pénale internationale). Cette institution se hâtera manifestement avec la lenteur qui est la caractéristique connue de la justice de vérité. Mais elle n’oubliera personne et déterminera le rôle de chacun et sa participation à l’établissement de l’imposture à la tête de l’État gabonais.

 

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