Tensions sociales et politiques : L’exécutif, dépassé par les évènements !

Tensions sociales et politiques : L’exécutif, dépassé par les évènements !

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Le Gabon fait face à des tensions politiques, économiques et sociales depuis quelques années. Cette crise a connu un approfondissement depuis le coup d’Etat électoral d’août-septembre 2016. Sur le plan social : grèves récurrentes dans les administrations et les entreprises publiques. Grève dans les principales régies financières. Situation économique en panne. Situation politique bloquée et marquée par de fortes turbulences apparemment pas prêtes de prendre fin, parce que, entre autres, les résolutions prises au Dialogue politique d’Angondjé ont plongé les populations dans une grande déception. Le Gabon va mal, mais rien n’amène à croire à une sortie de crise rapide. Le Gabon vit un malaise généralisé, mais à la tête du gouvernail, Ali Bongo qui a  »voulu s’accrocher au pouvoir à tout prix »  donne le sentiment de ne disposer d’aucune solution pour faire face à ce malaise qui tend à se généraliser !

L’opinion n’entrevoit aucune sortie de crise. Elle ne voit poindre aucun signe d’espoir. Elle n’aperçoit aucune lueur d’optimisme. Et pour cause : Ali Bongo a donné, à travers les résolutions du Dialogue d’Angondjé adoptées par ses amis et représentants, que seule lui préoccupe sa  »destinée personnelle », selon le bon mot d’un journaliste français de Médiapart. Et de fait : en dehors de la posture personnelle actuelle et à venir du Distingué Camarade Président du Parti démocratique gabonais (PDG), qui se caractérise par la non-limitation du mandat du Président de la République, la possibilité (à lui accordée) de désigner six membres de la Cour Constitutionnelle (trois en tant que chef de l’Etat, et trois en tant que président du Conseil supérieur de la Magistrature), et le rôle toujours prépondérant que doit continuer à jouer la Cour Constitutionnelle (dont certains hommes politiques, le Père Paul Mba Abessole le premier, ont affirmé qu’elle constitue le frein à une véritable démocratie et le verrou à toute alternance politique au Gabon), le dialogue d’Angondjé, qui s’est achevé il y a bientôt un mois, apparaît comme  »une véritable provocation, pour ne pas dire un pied de nez des participants à l’endroit de la population ». L’opinion nationale qui n’y a vu aucun geste d’apaisement s’est étonnée que les délégués aux assises d’Angondjé ne se soient pas attachés à l’idée de faire du Gabon une démocratie apaisée dans un contexte fortement marquée par des tensions. Du coup, les tensions politiques sont aujourd’hui encore plus fortes, et menacent la stabilité même du pays.

Tensions politiques et inégalités sociales

Sur le plan économique, la diversification marche très peu. On n’en voit, en tout cas, pas des résultats significatifs. Au contraire, la situation gagne en morosité. Chaque jour, à Libreville, et surtout à Port-Gentil, des entreprises ferment, jetant ainsi dans un chômage de longue durée sans doute des dizaines, si ce ne sont des centaines de Gabonais. Les ressources financières de l’Etat sont à l’étiage. Elles se raréfient même. En dehors des salaires qu’il paie encore aux agents publics, l’Etat est aujourd’hui incapable de payer des primes et indemnités diverses dues aux agents des régies financières, aux agents d’autres secteurs publics, ainsi qu’aux membres des institutions (députés, sénateurs, membres du CNC,…). Les entreprises publiques auxquelles l’Etat doit verser des subventions chaque année sont exsangues, parce qu’elles ne reçoivent plus cette subvention. Les collectivités locales qui attendent du Trésor public des ristournes de taxes et d’impôts n’en reçoivent pas et se retrouvent, de ce fait, dans d’énormes difficultés.

Sur le plan social,  »vitrine de l’état de santé du Gabon », les mouvements d’humeur persistent et s’amplifient. Le Gabon va mal, et les Gabonais sont mécontents. Une forte grogne règne dans le pays. L’administration est secouée par des grèves, notamment dans des secteurs stratégiques et sensibles. Il s’agit, entre autres, de la Santé, de l’Education, de la Douane, du Budget et des Travaux Publics, et le gouvernement d’Ali Bongo n’envisage aucune mesure de sortie de crise. L’Etat n’est pas en mesure de proposer des logements décents aux populations ; le logement est pourtant la principale préoccupation des Gabonais. Sur les 35.000 logements promis pour les sept dernières années, seuls les 850 réalisés par un consortium turc à Angondjé (dans la commune d’Akanda) et 300 autres construits à Bikélé (dans le 3ème arrondissement de la commune de Ntoum) ont été distribués peu avant l’élection présidentielle par Désiré Guédon, alors ministre de l’Habitat, parce qu’il fallait absolument  »faire un coup politique appelé à capter l’électorat ». Selon l’actuel ministre du Logement, Bruno Ben Moubamba, il y en a près de 4000 autres  »dans l’herbe ». Les inégalités sociales demeurent. Les biens de première nécessité  -l’eau et l’électricité- manquent encore dans certains foyers, quartiers et localités. Le secteur de la route n’est pas en reste : de nombreuses zones demeurent fortement inaccessibles, du fait de l’absence de routes aménagées.

Tout va mal, tout est appelé à aller encore plus mal

Face à cette situation, Ali Bongo donne en effet le sentiment de ne disposer d’aucune solution pour y faire face. Le Gabon apparaît ainsi comme une nation en perdition. Pendant le septennat 2009-2016,  et depuis septembre dernier, on a vu des chantiers s’arrêter brutalement, et le chef de l’Etat n’a pu donner l’impulsion pour qu’ils soient relancés. Les entreprises ferment, le chômage s’accroît, et ni le chef de l’Etat, ni le Gouvernement ne s’empressent de donner des réponses à cette crise sociale. On laisse faire. Les agents publics en poste dans certaines entreprises publiques ne perçoivent ni salaire, ni indemnités quelconques, et le gouvernement ne lève pas son petit doigt. Ali Bongo a dû se rendre compte que son programme de création d’agences est un échec, mais alors, pourquoi ne l’arrête-t-il pas ? On espère que le temps finira par effacer et faire oublier tous ces manquements, toutes ces insuffisances. En fait, Ali Bongo n’a aucune réponse au malaise actuel, au marasme économique, aux tensions sociales qui traversent le Gabon quel que soit le bout par lequel on le prend. Il n’a pas de solution. Et ce n’est pas le gouvernement qui sera annoncé dans les prochains jours ou semaines qui viendra régler quoi que ce soit. Tout va mal, tout ira encore plus mal.

Incapacité ostentatoire à donner des réponses

Du coup, comme l’a dit un confrère la semaine dernière,  »il ne suffit en ce moment que d’une étincelle pour que tout s’embrase ».  »Parce que, se demande l’opinion, jusqu’à quand va durer une telle situation de tensions dans le pays » ? Dans d’autres pays où le sort de l’administration compte, on aurait déjà désigné des médiateurs. Au Gabon, les membres du Gouvernement ne semblent avoir pour unique solution que la suspension des salaires des agents en grève, et leur traduction devant les conseils de discipline pour les radier de la Fonction Publique, quand bien même ces ministres sont conscients que les mouvements d’humeur ne naissent que lorsque l’Etat n’a pas su tenir ses promesses ou quand il n’a pas procédé au paiement de primes, d’indemnités ou de vacations. Le Gabon a aujourd’hui à sa tête des personnes mues par la seule envie de servir leurs intérêts au lieu de servir ceux de l’Etat et de la communauté nationale. Ni Ali Bongo, ni le Gouvernement, ne paraissent en mesure, devant toutes ces difficultés, de proposer des solutions viables et fiables. Mais est-il compréhensible, voire acceptable, que les dirigeants d’un Etat comme le Gabon se retrouvent  »dépassés par les événements » et démontrent, de manière aussi ostentatoire, leur incapacité à apporter des solutions aux demandes des populations ? C’est la situation que vivent aujourd’hui les populations gabonaises.

Question : quand un dirigeant n’a aucune réponse à donner à des situations de crise multiformes auxquelles fait face son pays, que lui reste-t-il à faire ? En réalité, les Gabonais attendent qu’Ali Bongo prenne la bonne décision qui vaille pour le pays.

J.S.A

 

 

 

 

 

 

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