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Le système Bongo, DN et les travailleurs

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DN/ crédit photo: internet.

Faut-il rappeler ici ce à quoi nous avons affaire au Gabon comme nous le décrivait le chercheur Mays Mouissi commentant l’audit publié par Médiapart. Notamment que les Bongo détiennent une société qui s’appelle Delta Synergie. On y répertorie 50 sociétés et 34 milliards de FCA. Delta Synergie est détenue à 19,5% par Ali Bongo, à 19.5% par sa sœur Pascaline Bongo, à 18.5% par la succession Omar Bongo. Les 43% restants se répartissent entre d’autres membres de la famille Bongo et des proches.

En effet, alors qu’elle n’a jamais cessé d’avoir parmi ses principaux actionnaires des chefs d’Etats en exercice (Omar Bongo y détenait 37% du capital, Ali Bongo détient 19.5%), Delta Synergie s’est constitué un portefeuille de participation au sein de 50 entreprises parmi les plus lucratives au Gabon.

« D’où viennent les fonds investis par les actionnaires de Delta Synergie ? » questionne Mouissi. Et il en a d’autres.

Comment les fonds investis ont-ils été constitués ? Quels sont les éléments de preuve ?

L’origine des fonds est-elle licite ?

Autant de questions dont on n’a aucune réponse mais pour lesquelles la proximité des actionnaires de Delta Synergie avec les cercles financiers de l’Etat semble donner une indication.

–    Des participations dans 50 sociétés ;

–    Un montant global des participations s’élevant à 25.79 milliards FCFA ;

–    Des dividendes perçus sur la période 2006 -2011 d’au moins 8.4 milliards FCFA.

Soit un total participation + dividendes égale à 34.2 milliards FCFA.

Ali Bongo se trouve donc, explique le chercheur, en perpétuel conflit d’intérêts et de délit d’initiés car, c’est bien lui qui, à la tête de l’Etat gabonais, fait attribuer régulièrement des marchés à des sociétés dont lui-même est l’un des principaux bénéficiaires via Delta Synergie ?

Quelques exemples relevés par l’économiste Mays Mouissi :

–    En 2010 pour le très lucratif chantier de la route Pont Octra-Port d’Owendo, s’élevant à 20.06 milliards FCFA, c’est SOCOBA détenue à 50% par Delta Synergie qui fut choisie par l’Etat. C’est encore SOCOBA à qui fut attribué le chantier d’extension du stade de Franceville. La même SOCOBA s’est vue attribuer le chantier de construction de 3 échangeurs à Libreville pour plusieurs milliards de francs.

–    En 2013 lorsque l’Etat gabonais a sollicité un financement bancaire de 100 milliards FCFA pour la construction de logement sociaux, c’est BGFI Bank détenue à 6.4% par Delta Synergie qui a été retenue ;

–     Alors que l’Etat s’est engagé dans un projet d’exploitation d’un gisement polymétallique à Moubounié, la société Maboumine, créée pour conduire le projet, s’est empressée d’ouvrir son capital à hauteur de 5% à Delta Synergie dont le Président Ali Bongo est le principal bénéficiaire. Par ailleurs, Delta Synergie détient 0.03% dans Comilog, principale société minière du pays.

Tous ces éléments vérifiables sont là pour nous rappeler que les intérêts d’Ali Bongo Ondimba, de sa famille, de ses proches d’une part et ceux de l’Etat sont si imbriqués que cette clique au pouvoir ne peut lâcher cet Etat comme cela. Tout le monde comprend bien que sans la mainmise des Bongo sur cet Etat, Delta Synergie et tous les biens mal acquis par les Bongo n’existeraient pas. C’est pourquoi, dans de telles conditions de confiscation de l’Etat par les Bongo, il est tout simplement inimaginable que ce soit au détour d’une élection présidentielle qu’ils vont quitter le pouvoir. Encore moins d’élections législatives

Face à ce type d’Etat, l’électoralisme ne peut mener qu’à une collaboration avec les détenteurs du pouvoir qui n’organiseront jamais des élections pour les perdre. Le congrès extraordinaire de Démocratie Nouvelle l’a bien compris. Ndemezo’Obiang l’exprime d’ailleurs assez clairement : « le respect par notre parti des institutions de la République. Démocrates, nous sommes. Républicains, nous sommes également. Les institutions républicaines du pays sont, sans nul doute, à perfectionner, à réformer constamment pour les rendre toujours plus parfaites. En même temps, dans le moment historique présent, on ne peut travailler qu’avec les institutions existantes ». Le choix est clair, celui de s’inféoder à l’existant. Le système Bongo. La tonalité de cette option est également véhiculée dans le rapport général des travaux de ce congrès paru dans « Nku’u Le Messager » n°539 du 20 février 2018 et qui démasque les options anti-travailleurs de « DEMOCRATIE NOUVELLE » qui tout en disant une chose et son contraire confirme, quant au fond, son positionnement « républicain » aux côtés du système-Bongo. Dans la Motion 3 dite « sur les luttes des salariés pour l’amélioration de leurs conditions de travail » on peut lire : « Par son projet de société, DN est intimement lié à la lutte pour l’épanouissement de l’homme et davantage pour l’amélioration des conditions de vie des salariés. Il lutte contre les inégalités, les injustices, le pillage des ressources naturelles et la guerre civile » mais, un grand « mais », la motion reprécise les choses en faveur du système-Bongo, en se contredisant quelque peu : « En outre, notre parti s’oppose aux grèves récurrentes qui, depuis plusieurs années, paralysent des secteurs entiers de l’administration ». Au moins, c’est clair pour les travailleurs.

 

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