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Remaniement ministériel: Le billet Makaya prépare l’opinion

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Emmanuel Issozé Ngondet est-il sur le départ ? Nul ne peut le dire avec exactitude. Mais il y a une chose qui semble se confirmer jour après jour : le Gouvernement formé le 21 août 2017 va connaître un remaniement dans quelques semaines.  »Non seulement certains ministres ont disparu des écrans radar, mais en plus leurs départements ministériels sont plongés dans le coma », estime le billet d’humeur du quotidien pro-présidentiel dans sa parution du vendredi 26 janvier dernier.

Des ministres inactifs, inexistants, des ministères entiers dans le coma, le billet Makaya n’y va pas par le dos de la cuillère ! Cinq mois après sa formation, le Gouvernement Issozé Ngondet II serait déjà sur le point d’être remanié parce que les résultats ne sont pas au rendez-vous ! Devant les très nombreuses attentes des populations gabonaises, les ministres sont sous pression : ils doivent se mettre rapidement au travail. Toutefois, de nombreux observateurs croient savoir que s’il y a remaniement du Gouvernement, celui-ci ne pourrait pas être de grande ampleur, parce que les élections législatives vont arriver dans trois mois. Pour eux, un gouvernement profondément remanié risquerait de ne pas avoir suffisamment le temps pour mettre en musique les mesures économiques et sociales nécessaires.

D’autres observateurs se disent convaincus du contraire : le gouvernement sera profondément remanié et il va solliciter auprès de la Cour constitutionnelle un nouveau report des élections législatives, à cause du retard pris éventuellement pour la mise en place des textes relatifs aux élections politiques… Cela lui donnerait alors du temps pour entamer des réformes. Même si les termes ne sont pas tout à fait du même acabit, on peut observer que le billet  »Makaya » semble préparer les esprits à un remaniement de grande envergure. Quand on connaît la proximité des points de vue entre le palais présidentiel et ce journal, on ne peut être surpris par l’opinion qui est exprimé dans le journal. Le vendredi 26 janvier, Makaya attaque en effet par ces propos :  »Une fois le gouvernement Issozé Ngondet II formé, le  »Présida » a invité chaque ministre à se mettre immédiatement au travail pour relever les défis qui se présentent au pays. Où en sommes-nous ? »

Des départements ministériels dans le coma

Puis, Makaya va s’attaquer aux effectifs pléthoriques de cette équipe gouvernementale.  »Vous vous rappelez, moi Makaya, j’avais trouvé cette équipe-là pléthorique parce qu’en période caillou, la priorité, c’est les économies. Mais on avait estimé que l’entrée de nouvelles têtes va permettre de remuer les mollassons. D’ailleurs, ils avaient tous promis au  »Chef », sourire  »Banania, y a bon » face aux caméras, d’être de véritables hommes d’action et non des discoureurs. Le  »Présida » ne demandait pas mieux ».

Ensuite, le constat qui est fait par Makaya, c’est un constat d’échec. Après avoir dit il y a quelques semaines que  »rien ne bouge, rien n’avance », Makaya en remet une couche vendredi dernier.  »(Ils avaient promis d’être des hommes d’action et non des discoureurs). Seulement, ce n’est pas ce qu’on voit sur le terrain où, jusque-là, les fruits ne tiennent pas la promesse des fleurs d’août 2017. Il n’y a qu’à regarder à gauche, à droite, devant et derrière, et de chercher les positions pour se rendre à l’évidence que non seulement certains ont disparu des écrans-radar, mais en plus leurs départements ministériels sont dans le coma ».

Des ministres donnent le sentiment de préfèrer leur fief au détriment de leur activité gouvernementale

Autre constat établi par le billet d’humeur, les ministres sont plus présents dans leurs fiefs pour s’assurer un avenir politique personnel au lieu de régler les défis qui se posent au pays.  »Alors, où se terrent-ils ? Le drame, c’est qu’ils ont abandonné au Patron (…) qui est obligé de faire leur job. C’est vrai, certains s’activent ces derniers temps, mais (ils le font) dans leurs bleds pour faire la  »politique » qui sert leurs propres intérêts ». Makaya affirme enfin -et c’est ce qui suscite chez certains commentateurs l’idée que le remaniement sera de grande ampleur- que  »Quant à la majorité, surtout ces délégués-là, on se demande s’ils sont encore au Gouvernement, tant on en oublie les noms et prénoms et les fonctions exactes ».

Mais ce que Makaya semble oublier, c’est que s’il peut paraître bien de parler des ministres taiseux ou inactifs, il serait de bon ton de parler aussi de ceux qui paraissent surjouer la médiatisation alors que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Que Makaya regarde un peu le réseau routier, l’habitat social, l’insécurité et le grand banditisme qui sévissent dans les grandes villes ou agglomérations (Libreville, Owendo, Akanda) ! Que Makaya regarde un peu du côté des membres du Gouvernement qui demandent à leurs collaborateurs de cotiser obligatoirement pour un parti politique ! Que Makaya regarde aussi un peu comment les dossiers des fonctionnaires sont traités dans un ministère situé sur le Boulevard Triomphal, en face d’une ambassade asiatique. Plus de recrutements d’accord, mais où est passé l’avancement automatique ou ce qu’ils appellent maintenant  »l’avancement au mérite » ? Ce nouveau type d’avancement créé là-bas n’a jamais été effectué pour aucun fonctionnaire, trois ans après sa mise en place. Pourquoi créer des dispositifs que l’on est incapable d’appliquer ? Pourquoi n’avoir pas prévu des dispositions transitoires devant permettre par exemple aux agents publics qui devaient accéder à des grades plus élevés dans l’année qui suivait ? Résultat des courses : tout est bloqué. Et les fonctionnaires se disent convaincus qu’ils sont les mal-aimés du système, d’autant plus qu’ils ne sont pas sûrs d’être payés au titre des rappels. Parfois, même chez les ministres médiatisés, les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous.

Un remaniement, six mois après la mise en place du précédent ? Ce serait la première fois !

Si ce remaniement intervient ce mois de février, ce serait la première fois qu’il se ferait six mois seulement après la mise en place d’un gouvernement précédent. Jusque-là, le gouvernement qui avait le moins vécu est celui formé par Daniel Ona Ondo en janvier 2014. Il n’avait duré que neuf mois ! Les autres gouvernements ont vécu jusqu’à 23 mois, comme celui formé par Raymond Ndong Sima en février 2012. Mais, en moyenne, depuis 2009, les équipes gouvernementales ont une durée de vie moyenne de onze mois. Qu’est-ce qui justifierait donc un remaniement aussi rapide ? Le discours du 31 décembre 2017 qui parlait de la mise en place d’une nouvelle gouvernance ? Le bilan négatif du gouvernement actuel ?

L’idée d’un nouveau gouvernement dans les prochaines semaines fait son bonhomme de chemin. Après le billet Makaya, des sources généralement bien informées annoncent, elles aussi, l’imminence de celui-ci. Un ou deux noms sont même avancés pour la Primature, mais nous éviterons de les citer pour ne pas briser la carrière de ces personnalités. En tout cas, pour l’Estuaire, le Moyen-Ogooué, l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem, des noms sont avancés,…
Nelson Tchimbakala

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