Relations France-Gabon LA ‘’Bongolie ’’ dans l’œil du cyclone

Relations France-Gabon LA ‘’Bongolie ’’ dans l’œil du cyclone

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Le mois de juin 2017 aura été un véritable Golgotha pour la ‘’Bongolie’’. Ainsi en a décidé la justice française qui a lancé un terrible jihad contre les détourneurs de fonds publics au Gabon, tapis au sommet de l’Etat

Tout a commencé avec la saisie judiciaire, à l’initiative de l’Office central français de répression du grand banditisme financier (OCRGBF), de six résidences de haut standing achetées par feu Omar Bongo Ondimba à Paris et Monaco, au coût de 5,6 milliards de F CFA (prix de l’époque). Cette opération a porté à 32,8 milliards de F CFA le montant des saisies effectuées par la justice française au détriment du clan Bongo dans le cadre du procès dit des «biens mal acquis». Pour l’instant, la justice française n’a pas encore mis les sellés sur la magnifique résidence de pacha achetée à prix d’or (65 milliards de F CFA) par sa petite majesté Ali Bongo Ondimba (ABO) au cœur de Paris, en 2010, baptisée «Pozzo di Bogio». Mais tout laisse croire que cela ne saura tarder.

Enquête pour crime contre l’humanité

A cela s’ajoute la décision prise par une juge d’instruction française, le 26 juin 2017, d’enquêter sur les massacres des Gabonais, perpétrés dans la nuit du 31 août 2016 par la soldatesque du ‘’roitelet’’. Cette action fait suite à une plainte contre le gouvernement gabonais, déposée en France, au mois de septembre 2016, par un ressortissant franco-gabonais ayant fait les frais de l’assaut donné au quartier général de Jean Ping par la garde prétorienne dABO, dans la nuit du 31 août 2016. La justice française se garde pour l’heure d’ébruiter le nom dudit plaignant pour des raisons faciles à imaginer. Une plainte bien carabinée car portant sur trois chefs d’accusation : arrestation et détention arbitraire en bande organisée, torture, tentative d’assassinat et crime contre l’humanité.

Marie –Mado dans le collimateur

Mais avant ces deux actions judiciaires, c’est la présidente de la Cour constitutionnelle du Gabon et belle-mère d’ABO, l’intouchable Marie-Madeleine Mborantsouo, qui s’était attirée, en mars 2017, les sirènes du  parquet financier de France. Ce dernier a découvert que la Marguerite Tatcher du Gabon était propriétaire d’un impressionnant patrimoine immobilier à Paris, Monaco, New York, Afrique du Sud, en sus d’avoir effectué plusieurs mouvements de fonds suspects du Gabon vers des banques étrangères. Notamment à Monaco, au Liban et au Luxembourg. Au demeurant, des policiers français ont découvert et saisi, lors d’une perquisition, une somme de 100 mille euros (65 millions de F CFA) en liquides dans un de ses appartements sis à Versailles (près de Paris). Par ailleurs, des enquêteurs à Monaco ont mis la main sur plus de 10 millions d’euros (6,5 milliards de F CFA) tapis dans un compte bancaire du «Rocher». La justice française cherche à exhumer l’origine de cet enrichissement.

Mais alors que cette enquête suit son cours, une nouvelle plainte a été déposée à Paris, le 30 juin dernier, devant le parquet  national financier, contre la même Marie-Mado, pour escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux. La plainte émanerait d’un particulier et d’une personne morale domiciliés à Paris.

La  Megalomanie d’’ABO

Comme si cela ne suffisait pas,  jeudi 6 juillet 2017, l’émission «Complément d’enquête», diffusée sur la chaîne publique France 2, a mis à nu l’extravagante richesse du clan Bongo ainsi que les frasques de l’actuel maître du Gabon. Les téléspectateurs gabonais ont été sidérés d’apprendre ou de voir comment les Bongo s’amusent avec l’argent du peuple depuis plus de 50 ans, alors que celui-ci, dans sa grande majorité, croupit dans la misère, la précarité et la servitude. C’était visiblement l’objectif visé par cette réalisation.

Signe des temps

Pour nombre d’observateurs avisés, gabonais comme étrangers, le rythme effréné de la succession de ces affaires judiciaires, couplées à cette enquête journalistique, vouant aux gémonies la ‘’Bongolie’’ ne saurait être ni fortuit ni anodin. Il est révélateur d’un malaise profond dans les relations entre la nouvelle administration française et le pouvoir dynastique assis sur le Gabon.

On peut déceler, dans ce qui s’apparente à une forte pression sur la ‘’Bongolie’’, un signal fort de la France à l’endroit de l’actuel maître du Gabon, pour lui faire comprendre que la coupe est pleine et que rien ne sera plus comme avant. Emmanuel Macron, qui n’est pas Hollande et Sarkozy réunis, semble vouloir, à travers ce focus sur les dérives du système Bongo, mettre aux pas les dirigeants africains qui empêchent leurs pays et leurs peuples de suivre la «Marche» du monde libre et progressiste. Jusqu’où ira-t-il ? Qui vivra verra.

N.T

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