Qu’a dit Ndemezo’obiang ?

Qu’a dit Ndemezo’obiang ?

152
0
PARTAGER

« Oui au dialogue », tel est était le titre à la Une du quotidien pro-gouvernemental l’union du jeudi 6 octobre, à la suite de la déclaration de René Ndemezo’Obiang, lors de l’inauguration du siège du parti Démocratie Nouvelle dont il assure la présidence. A travers ce titrage, cet organe de presse voulait, assurément, montrer que la main tendue d’Ali Bongo à l’Opposition était, désormais acceptée, et ce, contrairement au positionnement de M. Jean Ping qui continue à la refuser, et prône, avant toute chose, la restitution de la vérité des urnes.

Mais à y regarder de près, ce propos ne dit nullement cela. S’il est exact, en effet, que le Président de DN a invité « tous les démocrates et singulièrement tous les militants de DN, à garder la tête froide, à explorer, sans en négliger aucune, toutes les voies permettant à notre pays de sortir de l’impasse, en privilégiant la voie du dialogue et de la réconciliation des gabonais », il n’a, aucunement, par cette invite, indiquer qu’il optait pour la proposition faite par l’usurpateur Ali Bongo. D’autant qu’il n’est pas nécessaire, pour « réconcilier les Gabonais » de passer forcément par les fourches caudines de ce dernier. D’autres chemins existent qui pourraient permettre d’atteindre ce résultat.

En outre, et sauf à prendre le stratège René Ndemezo’Obiang pour un naïf, comment voir dans sa prise de parole un accord en bonne et due forme à la sollicitation visant à l’ouverture d’un dialogue, alors même que les tenants et les aboutissants de cette rencontre, n’ont pas encore été discutés et peaufinés entre les différents membres de la coalition ayant soutenu le candidat Jean Ping ? Comme tout bon négociateur, le président de DN sait que pour engager, avec quelque chance de succès une négociation, il importe d’avoir dans sa  « manche » une série de données constituant autant de plans de rechange, au regard de l’évolution des pourparlers en cours.

Dans la même optique, il n’est pas sans savoir que, en ce domaine, il y a lieu de ne jamais confondre vitesse et précipitation. Aussi, le temps est-il un allié qu’il importe de ne point oublier. D’où l’impérieuse nécessité d’avancer à pas calculés. Ce qui, pour l’habitué de dialectique qu’il est, pourrait se traduire par «  un pas en avant deux pas en arrière ». C’est là une démarche normale, quand il s’agit de négocier. Il faut tâter le terrain, pour mieux sonder et anticiper les arrière-pensées de la partie adverse.

Eu égard à ces préalables, et en tenant compte du climat social qui prévaut actuellement, qui voit le peuple gabonais revendiquer sa victoire et pleurer ses morts et ses disparus, comment croire, ce qui serait suicidaire, qu’un soutien du candidat Jean Ping puisse, en passant par pertes et profits cette situation,  accepter le deal d’Ali Bongo ? Fin connaisseur du landerneau politique gabonais, René Ndemezo’Obiang ne saurait commettre pareille faute. Comme l’ensemble des partisans, il est conscient et respectueux du lourd tribut payer par ses compatriotes, pour ne pas entendre leurs gémissements et leurs cris encore audibles qui crient vengeance.

C’est justement parce qu’il n’est pas insensible à tant de douleurs, qu’il a tenu à rappeler aux uns et aux autres que, gagnées ou perdues, toutes les confrontations s’achèvent toujours autour d’une table… de négociations. En énonçant ce principe, il n’a pas dit « Oui » à Ali Bongo. En l’espèce, son objectif est plus sûrement de stimuler et garder éveillé et mobilisé le peuple du changement. La résistance active est à ce prix. Elle ne saurait être un immobilisme. Il est bon que, individuellement et collectivement, chacun sache que l’étape ultime du contentieux né du coup d’Eta électoral du 27 août 2016, réunira, pour y mettre un terme, les différents protagonistes.

Alors, c’est dans cette perspective que doit être perçue la déclaration de René Ndemezo’Obiang. Ainsi, nul ne sera surpris et ne criera à la trahison le moment venu. Le système Bongo-PDG s’est, à travers l’Union, réjoui trop vite. La route est encore longue… Une affaire de garanties et de fiabilité. Car qui vole un œuf finit par voler un bœuf. Après l’élection, que veut encore voler ce système ? L’âme du peuple gabonais ? La prudence est indispensable. La Copa le sait !

Cicéron MWAMBA

 

Facebook Comments

AUCUN COMMENTAIRE