Accueil Politique Administration: La Primature de toutes les convoitises

Administration: La Primature de toutes les convoitises

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Des ambitions, des prétentions, des rivalités sont la marque quotidienne du paysage politique. Mais, à l’approche des élections législatives, une guerre sourde se fait entendre au sein du Parti démocratique gabonais (PDG). Beaucoup, dont trois ou quatre particulièrement, ne cachent pas leur ambition de succéder à Emmanuel Issozé Ngondet, que certains médias pourtant proches de la majorité, traitent de  »PM pantouflard »…

L’idée de conquérir la Primature à l’issue des prochaines élections législatives fait son bonhomme de chemin chez certaines personnalités. On prête en effet à un ministre originaire de la province du Nord-Est et à un autre ministre originaire de l’ancienne  »province sœur » l’ambition de prendre le  »2-décembre ». L’un et l’autre sont d’ailleurs parmi les rares ministres les plus médiatisés du moment. En fait, les rivalités s’expriment dans le camp même de l’actuel Premier ministre. Une panthère de l’Ivindo aux dents très acérées, un éléphanteau de Mulundu faisant mine de ne jamais y penser, et une biche du Komo devenue la coqueluche du Palais présidentiel expriment à mots couverts, dans des cénacles privés quand ce n’est pas à l’étranger, leur ambition, ou font part des propositions qui leur sont faites à ce niveau-là. Lorsqu’ils sont à Paris, Bruxelles ou Washington, ils sont très bavards, ils s’expriment toujours  »en off » auprès de leaders d’opinion dont ils sollicitent moult services pour faire passer des messages, et c’est là qu’ils dégainent le plus leur bile sur le locataire actuel du  »2-décembre ».

 »Ali sait qu’il doit me nommer à la Primature après Issozé », confie à des amis européens un ministre de la République

Récemment, de passage dans une capitale européenne, un ministre  »candidat au poste de Premier ministre » s’en est allé à des confidences et à des menaces voilées.  »Le Président Ali Bongo, a-t-il dit, sait que mon tour est arrivé. Après les législatives, Issozé Ngondet va partir, et je vais le remplacer. Si Ali ne fait pas ça, lui-même verra ce qu’il va lui arriver. S’il ne me nomme pas, ce sera dur pour lui ». Il s’agit d’un membre du Gouvernement qui proclame pourtant partout sa loyauté et sa fidélité au chef de l’Exécutif, mais une fois à l’étranger, cette loyauté disparaît au profit de l’ambition. Ambition et manque de loyauté font-ils bon ménage ? L’ambition sans loyauté peut-elle permettre l’ascension ? Originaire de la province du Nord-Est, ce ministre dit  »se préparer déjà » à cette éventualité. Très visible, ce membre du Gouvernement voit ses activités médiatisées à l’excès. Il est d’ailleurs tellement médiatisé que certains de ses collègues au Gouvernement lui reprochent de  »trop se la jouer individuel » au lieu d’être collectif. De plus, l’esprit de clan qui l’anime a été transposé des cercles familiaux et amicaux à la politique ! Il est en fait celui qui montre le plus une ambition dévorante. Va-t-il y arriver ? Plus les législatives sont reportées, plus son agacement augmente…

Mais cette ambition n’existe pas qu’en lui. Un autre membre du Gouvernement affirme être prêt pour le 2-décembre.  »Il a fait en quelques années le tour de certains grands ministères de la République, il estime être brillant et pense que seule la Primature lui irait bien aujourd’hui », affirme un de ses proches collaborateurs qui est aussi devenu un de ses amis. Lui aussi s’y verrait bien. La hache de guerre est déterrée depuis quelque temps. Dans la presse, le  »tenant du titre » est accablé par ses amis.  »Un Premier ministre au bilan négatif », peut-on lire ici.  »Un Premier ministre pantouflard », lit-on plus loin. Le départ d’Emmanuel Issozé Ngondet est souhaité par un grand nombre de ses amis, militants actifs du PDG. Pour eux,  »la date-limite, c’est la fin des élections législatives », d’autant plus que, selon eux,  lorsqu’ils sondent le Palais du Bord de mer, ils ont le sentiment que  »le soutien du Chef ne lui est plus totalement acquis ».  »Regardez comment il s’est adressé au Premier ministre lors du dernier Conseil Présidentiel sur l’Education nationale », indique l’un des soupirants à la fonction.

Quant à la biche du Komo, elle affirme en privé s’être vu proposer la fonction, mais elle préférerait pour le moment terminer sa tâche actuelle. Sans jamais donner l’impression de vouloir à tout prix le poste, elle souligne qu’avec cette  »consécration » éventuelle, elle serait vraiment  »la première en tout ».

Amorphe, Issozé Ngondet a offert à ses adversaires une solide réserve de munitions pour se faire abattre

A la limite, Emmanuel Issozé Ngondet n’a rien à craindre de ses adversaires regroupés au sein des forces du changement. Ses amis se chargent de le dézinguer, de souligner son incapacité à tenir une équipe, de mettre en exergue ses faiblesses qui paraissent si grandes. Les forces du changement, elles, estiment que si elles remportent les prochaines élections législatives, cela leur ouvrira les portes du  »2-décembre ». Tout simplement. Mais ses amis à lui, eux, veulent démontrer qu’il est déjà à bout de souffle après seulement dix-huit mois de présence à la Primature.

Il faut quand même dire que toutes ces ambitions sous forme de rivalités se font jour parce que l’actuel Premier ministre donne l’impression d’être essoufflé, de manquer de souffle au propre comme au figuré. Il donne même le sentiment d’être  »dépassé par les événements ». Un cheval à bout de souffle. Un capitaine qui ne fixe pas le cap, qui ne donne aucune orientation, qui attend toujours, qui observe trop, et qui accepte, de ce fait, toutes les idées puisées ici et là par ses ministres qui les présentent comme les seules réformes dont le pays a besoin, à l’instar des projets de Jean-Marie Ogandaga, le ministre le plus anti-fonctionnaire. En 18 mois de présence au  »2-décembre », Emmanuel Issozé Ngondet s’est en fait cramé tout seul par un manque de charisme, une absence d’autorité, une impuissance rédhibitoire face au front social par exemple. Cela a offert une solide réserve de munitions à ses  »adversaires » de la province et du parti.

Toute la question est maintenant de savoir pourquoi ces responsables du PDG sont convaincus de la victoire de leur camp aux prochaines élections législatives. Est-ce la présence à la tête du ministre de l’Intérieur d’un  »spécialiste de la magie électorale », ou le maintien en poste de Marie-Madeleine Mborantsuo à la Cour Constitutionnelle qui a toujours su, avec maestria, transformer des défaites électorales en victoires, ou la probable arrivée d’un proche de celle-ci à la tête du Centre Gabonais des Elections (CGE) qui les rendent si optimistes ? Parce que dehors, la rue n’a pas ce sentiment,… Pour les partisans du changement,  »quand les urnes parleront, elles diront NON au PDG »,…sauf s’il y a une forte abstention.

 

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