Accueil Politique La presse ‘’Angondjiste’’ s’en prend aux « notables »

La presse ‘’Angondjiste’’ s’en prend aux « notables »

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La presse des dialogueurs d’Angondjé se prend à faire la leçon aux « Notables de la République » et c’est tout à fait leur droit. Des attaques contre ces Notables provenant des médias estampillés Coalition pour la Nouvelle République (CNR), qui ne se reconnaissent ni dans le dialogue d’Angondjé avec BOA ni dans une quelconque participation à de nouvelles législatives, on pourrait comprendre. Mais le sarcasme à l’endroit de ces « Notables », et venant de participants actifs aux retrouvailles d’Angondjé, peut paraître inappropriée.

En effet, les 6 personnalités – moins une désormais- qui se sont exprimées le 16 mars dernier à la Chambre de Commerce n’ont pas fait autre chose que de faire montre de leur totale disponibilité à participer à un nouveau dialogue. Mais à la différence de celui de BOA auquel René Ndemezo’Obiang, Pierre-Claver Maganga Moussavou, Séraphin Ndaot et d’autres ont répondu favorablement, à cause, argumentèrent-ils, d’un rapport de forces favorable au pouvoir et de la clôture officielle du contentieux présidentiel par la Cour constitutionnelle, les « Notables », eux, appellent à un dialogue. « Appellent », là est la différence. Appeler aujourd’hui à un nouveau dialogue revient à considérer que celui d’Angondjé fut de nul effet, ou du moins insuffisant.Jugez ce qu’en disent les Notables : « Nous reconnaissons que l’idée des dialogues allait dans le bon sens. Ce que l’on peut regretter, c’est que chacun de ces instances n’ait tenu aucun compte de l’autre. Nous, nous avons lu les conclusions ou les recommandations de l’un et de l’autre, – notre principe social étant non pas « c’est toi ou c’est moi », mais plutôt « toi et moi ». Des choses fort intéressantes, utiles pour notre pays y ont été dites, pourquoi n’en ferions-nous pas une synthèse afin que nous en profitions tous ? »

Tout est dans « tenir compte de l’autre ». Quant au fond, l’autre c’est qui ? On s’en doute, c’est Jean PING et sa Coalition pour la Nouvelle République. Le moins que l’on puisse dire c’est que ces « Notables » expriment les mêmes réserves qu’avaient déjà exprimées le parlement européen « quant au degré d’ouverture du dialogue national lancé par le gouvernement gabonais et, par conséquent, à sa crédibilité et à sa pertinence » d’autant que « Jean Ping et sa « Coalition pour la nouvelle République » ont refusé de prendre part à ce dialogue » (Résolution n°7 de l’UE sur la crise gabonaise).

On ne saurait être plus clair. Pour l’UE et les Notables, il n’y a pas de dialogue crédible et pertinent sans Jean PING. Et qui n’est pas sincèrement conscient que c’est parce que ce nom est encore chargé de cette légitimité populaire qui fait manifestement défaut à BOA ? En tous cas, les « Notables » l’ont tant et si bien intégré qu’ils craignent le faux pas qui amènerait à « rater ce tournant, ce qui risquerait de nous entraîner dans une guerre civile » car, pour ces personnalités, le Gabon est désormais composé de «deux groupes antagonistes, campés chacun sur sa position. Nous y voyons un très grand danger pour notre pays ». Les dialogueurs d’Angondjé n’y croient manifestement pas à la lecture de leurs derniers écrits. En effet, selon eux, prôner la réconciliation nationale paraît incongru car il n’y a pas de guerre civile au Gabon. « Le concept de « réconciliation nationale », expliquent-ils,est généralement approprié à des pays où sévit une guerre civile (…) Une élection présidentielle a eu lieu au mois d’août 2016…Puis la Cour constitutionnelle a tranché. Même si le candidat proclamé battu n’accepte toujours pas le verdict rendu par Cour et qu’il dit mener la lutte pour que le pouvoir lui revienne, cela ne fait pas du Gabon une pays en guerre…au point qu’une telle situation imposerait une « réconciliation nationale ». Mais, pourtant, qu’écrivaient-ils encore hier hier-là seulement, critiquant le radicalisme « désuet » des membres de la Coalition pour la Nouvelle République et leurs orientations politiques qualifiées « d’incitation à la révolte » ? Nous citons : « nous sommes là au cœur du débat de fond qui divisel’opposition dite radicale et celle qui se veut républicaine »

C’est justement ce « débat de fond » qu’ont relevé les « Notable » afin qu’il ne dérive pas vers une guerre civile. Entre prévenir et guérir, ils ont choisi le premier.

Qui le leur reprocherait ? Et, pourquoi la presse des dialogueurs d’Angondjé paraît le leur reprocher ?

Autre point sur lequel se retrouvent pourtant et les « Notables » et les dialogueurs d’Angondjé, c’est le report des législatives. René Ndemezo’Obiang n’a jamais fait mystère du fait que les différentes dates prévues pour la tenue des législatives, depuis Juillet 2017, étaient toutes irréalistes. Ne fut-ce que pour des raisons d’impréparation.

Encore un point de convergence entre eux est cette dénonciation par le « Cercle des Notables de la République » de « – L’application par morceaux choisis du protocole d’accord du dialogue d’Angondjé :

  1. a) La violation par le Gouvernement du protocole d’accord sur l’obligation qui lui est faite de soumettre au préalable au « Comité de Suivi » issu du consensus politique, tout texte de loi initié pour mettre en application de cet accord ;
  2. b) La promulgation de l’Ordonnance 0004/PR/2018, du 26/1/2018, portant création du Centre Gabonais des Elections (CGE), dont certaines dispositions sont contraires au protocole d’accord. Tel est le cas de l’article 49 dudit protocole, qui prévoit la présence des ministères techniques au sein de l’assemblée plénière, instance décisionnelle du CGE. »

Alors, qu’est-ce qui, au fond, gêne les dialogueurs d’Angondjé dans la démarche des Notables ?

En guise de réponse, certains estiment que si prospérait l’idée de « réconciliation nationale », ouvertement et agressivement qualifiée par la presse des dialogueurs de « business politique de Louis Gaston Mayila », et, finalement, trouvait droit de cité au Gabon, cela déclasserait automatiquement le dialogue d’Angondjé. D’autant que, même incomplet et, par moment, inconséquent l’appel des « Notables » paraît beaucoup plus progressiste que les résolutions d’Angondjé. Il suffit, pour cela, de relever les aspects politiques soulignés par ces « Notables » dans ce qu’ils considèrent comme une « crise multisectorielle… à la fois sociale, économique et politique ».  Ils y dénoncent :

« – La duperie dans le jeu politique, le désenchantement des populations par rapport à la politique, ainsi que le fort taux d’abstention aux consultations électorales ;

– L’interdiction absolue des rassemblements, des marches pacifiques et de toute contestation légale ;

– Le règne de la terreur, par le biais des interpellations et des arrestations arbitraires de certains citoyens prétendus insoumis ;

– La chasse aux sorcières, avec privations diverses, contre tous ceux qui sont soupçonnés de ne pas soutenir le régime en place ;

– La modification unilatérale de la Constitution, alors même qu’il n’y a aucune urgence particulière ; nous savons que les urgences sont économiques et sociales ;

– La mauvaise préparation et organisation des élections ; »

Sans toucher à l’essentiel, c’est-à-dire à l’illégitimité de BOA, les « Notables », demeurent toutefois, sur la plupart de ces points, plus progressistes que nos dialogueurs d’Angondjé.

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