Pouvons-nous encore nous réconcilier ? (Suite)

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La société gabonaise peut-elle gérer, sans dégâts irrémédiables, ce conflit que l’Europe, par exemple, a mis plus d’un siècle et demi à maîtriser ? La recherche des consensus avant ou après les élections ne serait-elle pas liée à certaines fragilités de notre société sur lesquelles il faut se pencher courageusement. Quelles sont-elles ?

La première tient à la structure économique du pays. La rente minière et forestière a provoqué dans notre pays une absence ou un retard des mutations qui auraient permis son entrée dans la mondialisation. Elle a généré :

  • Une faible conversion des industries d’extraction en industrie de transformation ;
  • Une médiocre densification et imbrication des industries qui empêche un maillage de l’économie intérieure ;
  • Une faible spécialisation des différentes formes de traitement des produits qui fait obstacle à la création d’un nombre croissant de branches industrielles et à l’élimination du chômage ;
  • La faible diversité du tissu économique, et son corollaire, une faible création d’entreprises, donc des richesses ;
  • Une absence de vitalité du secteur de la production à l’origine d’une Fonction Publique d’autant plus hypertrophiée qu’elle devient le principal employeur du pays et entraîne un alourdissement du coût de fonctionnement de l’Etat, conséquence de l’atrophie de l’investissement ;
  • Le gaspillage effréné des deniers publics et la corruption généralisée qui distille l’inefficacité à tous les niveaux de l’Etat.

Ce n’est donc pas un hasard si tous les partis politiques et la plupart des syndicats sont composés en majorité de fonctionnaires et e ceux qui n’aspirent qu’à le devenir et que ces organisations ne proposent finalement, en guise de programmes, que des catalogues de revendications de redistribution des rentes de l’Etat, et que le citoyen, mineur chronique, attende tout de l’Etat-Providence. Qui ne comprend pas qu’une telle administration, cible principale de tirs groupés et concentrés de toujours plus de frustrations, de mécontentements, de revendications salariales, porte en elle des ferments de déstabilisation de l’Etat ?

La deuxième est la fragile et encore récente unité d’une nation en formation et à faible population. Le Gabon se compose ainsi d’un grand nombre de communautés culturelles dans les revendications micro-nationales se fondent progressivement dans le Gabon d’Abord. L’expression politique est un des défis majeurs du Gabon moderne.

Tous les analystes relèvent ainsi que les mobilisations électorales au Gabon s’effectuent pour l’essentiel sur la base de revendications d’appartenance et de conflits ethno-régionaux. L’implantation régionale des partis est attestée par la distribution territoriale des votes qui reflète la mobilisation communautaire. Le choix  des électeurs se portent très souvent sur les compétiteurs avec lesquels ils partagent des affinités ethniques et régionales. Par conséquent, les suffrages revêtent une expression ethno-régionale  importante. L’ethnie est instrumentalisée à des fins de calcul politique en vue de l’occupation de positions de pouvoir dans l’ordre dirigeant. Les choix des citoyens ne reposent pas encore chez nous sur les programmes politiques des acteurs en compétition mais sur les avantages que la conquête d’une position du pouvoir  ou l’exercice d’un rôle d’autorité par un membre de leur communauté d’appartenance peuvent leur apporter en termes de gains, d’avantages politiques, matériels  et symboliques et la place que ladite communauté occupera de ce fait dans le système de domination, ou encore dans le jeu politique en train de se jouer.  N’y-a-t-il pas lieu de craindre, loin d’être le principal rite d’intégration nationale au Gabon, se pose d plus en plus comme un rite d’exaltation des identités qui déconstruit la communauté nationale ?

La troisième tient à la faible participation électorale, en général hormis quelques pics comme en 1994 ou encore en 2016, qui se manifeste par la désaffection pour le vote, l’abstentionnisme et l’exit-option, une conduite de défection motivée par un sentiment d’impuissance traduit par l’incapacité de changer les règles du jeu.

Qui n’a pas remarqué qu’estimant  les résultats des élections étaient prévisibles, la participation électorale n’était plus que d 10% à 15% dans les villes gabonaises ? Pour avoir voulu organiser immédiatement l’élection présidentielle à la suite d la disparition d’Omar Bongo, quel candidat n’a pas regretté qu’un scrutin aussi capital pour le pays n’ait pas réussi à mobiliser pus de 44% du corps électoral ?

Le quatrième enfin, réside dans le mode de dévolution du pouvoir par le scrutin en vigueur. Plus économe que le scrutin à deux tours mais tout aussi diviseur que ce dernier, le premier a, certes, l’avantage d’empêcher les coalitions des faibles et des minorités mais ne favorise pas une large représentativité et une légitimité indiscutable des dirigeants élus. Dans un pays où l’abstention est déjà si forte, n’y-a-t-il pas lieu de s’inquiéter de l’assise réformatrice d’un régime auquel la majorité de la population a tourné le dos ?

Ces raisons et beaucoup d’autres imposent peut-être un retour à la case départ. PING parlait, après son accession au pouvoir, de réconciliation nationale. L’élargissement de l’assise politique des nouveaux dirigeants dont le socle ne manquera pas de s’effriter avec l’approfondissement des réformes et la sortie de l’économie de rente.

Cicéron MWAMBA et Stéphane MWAMEKA

 

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