Le pouvoir d’Ali Bongo et le nationalisme de circonstance

Le pouvoir d’Ali Bongo et le nationalisme de circonstance

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Mise à l’index, tancé, parfois bousculée par une diaspora gabonaise hyperactive que l’hiver n’a pas découragée dans les pays froids où elle « résiste », Le pouvoir gabonais a, semble-t-il, décidé de réagir. Certainement sur les conseils avisés marxo-léninisants d’experts en contradictions entre nationalismes et impérialismes.

Bien joué pour un pouvoir au plus bas de sa forme politique, sociale, économique, et même culturelle ! Revenir de Cuba et se lancer dans des envolées nationalisantes, anti-imp, ça peut marcher.  Belle tentative de retournement  de situation !

L’accueil d’ABO à l’aéroport Léon Mba, médiatiquement populaire, en fait partie, tout le monde l’a bien compris. Mais quel paradoxe ! Ce subit engouement populaire et ce marasme socio-économique dans lequel baigne le pays. Syndicats en grèves. Licenciements en cascades. Plusieurs mois de retards de paiements de salaires, députés compris. Sociétés déposant la clé sous le paillasson. Le climat social au Gabon n’est pas tout à fait à la fête, surtout à Libreville et à Port-Gentil. Alors, d’où sortent tous ces « Gabonais venus des quatre coins de la capitale, jeunes et moins jeunes, des femmes qui ont tenu à témoigner leur attachement, fidélité et loyauté au chef de l’Etat et à sa vision politique…en brandissant des messages sur lesquels on pouvait lire : « Ya Ali, tu n’’es pas seul. La jeune garde te protège ». Mieux, précise « l’Union », « en l’encourageant à maintenir le cap de la diversification des partenaires économiques de notre pays, afin d’aboutir à des partenariats « gagnant-gagnant ». Et, vive la coopération Gabon-Cuba ! Pied-de-nez aux anciens partenaires ?

Après 5 jours passés à Cuba, on est en droit de penser  que l’ « accueil chaleureux…triomphal…en pompe » aurait pu être justifié par des acquis obtenus à l’issue des échanges avec la partie cubaine. Apparemment, les questions de santé ont été au centre des discussions avec les autorités cubaines. Des questions dont, pourtant, les entretiens avec Cuba remontent à Omar Bongo. Elles n’ont donc pas été déclenchées sous l’émergence.

Alors, quand des journalistes proches du bord de mer s’extasient devant l’accueil du retour de Cuba d’ABO, cela ne revient-il pas à faire beaucoup de bruit pour peu de choses. Depuis plus de 10 ans, Libreville soutient une politique de coopération avec le Havane sur les questions de santé. Toutefois, outre le fait que les Gabonais n’en perçoivent pas les retombées au niveau des soins de santé quotidiens. Ce « nouveau dispositif médical » dont, comme le suggère « l’Union », nous devrions tous profiter est présenté comme un plus. Mais quel plus ? Notamment quand on sait que le paludisme, l’un des principaux fléaux gabonais, a été éradiqué à Cuba…par l’assèchement des marais. Mais c’est vrai  que financer l’assèchement des marais ne rapporte pas comme le projet « graine » contrôlé par OLAM-Bongo.

En fait, le but recherché est plus qu’évident : une communication populiste et nationaliste pour tenter de justifier la légitimité de pacotille dont les Bongo jouissent depuis 50 ans  maintenant. Ce n’est pas un hasard si « l’Union » décrit cet accueil à l’aéroport comme de « véritables moments de communion et d’adhésion entre un chef et son peuple, qui viennent contrebalancer les arguments e propos de tous ceux qui prétendent qu’il existerait une césure entre numéro un Gabonais et ses compatriotes ? Preuve, s’il en était besoin, que le lien entre Ali Bongo Ondimba et le peuple gabonais est bien réel. Et que l’alchimie entre le président de la République et ses compatriotes est toujours vivace». Ce qu’il fallait dire a, ainsi, été dit.

Qui peut croire un seul instant que  le système Bongo et le pouvoir qui l’a toujours accompagné ne s’entrelacent pas avec la françafrique ?

S.M

 

 

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