Paul Marie Gondjout: » Je souhaite que M.Jean Ping soutienne le processus de...

Paul Marie Gondjout: » Je souhaite que M.Jean Ping soutienne le processus de transition que je propose afin que nous soyons tous rassemblés pour pousser Ali Bongo à la sortie et nous retrouver tous ensemble pour poser les jalons d’un Gabon nouveau »

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Paul Marie Gondjout lors d'une précédente sortie. DR

Pourtant proposé par d’autres acteurs politiques de l’opposition, la troisième voie, ou encore le ni-ni, pour emprunter l’expression de RFI, c’est-à-dire ni Ali Bongo ni Jean Ping, semble prendre de l’ampleur sur le terrain politique gabonais, du moins depuis que Paul Marie Gondjout y a également fait sienne cette éventualité. Dans cette interview exclusive qu’il accorde à notre rédaction, le secrétaire exécutif adjoint de l’Union Nationale revient, de manière plus claire, sur cette possibilité. C’est un positionnement personnel insiste t-il. Lecture 

 Le Temps : Après une tribune libre publiée dans certains médias, puis une conférence de presse, pourquoi avoir invité les journalistes au domicile familial des Gondjout, et non  au siège de l’Union Nationale, dont vous êtes cadre ?

 Paul Marie Gondjout : Le faire à la Montagne sainte comportait deux raisons. La première était un symbole important pour moi, car je parlais du Gabon et cette maison a vu les fondements de la République se concevoir et se bâtir. Et parlant en homme politique et pour ce que sont mes convictions, j’ai voulu le faire dans mon berceau politique. La deuxième raison est implicitement contenue dans la première, je ne m’exprimais pas au nom de l’Union Nationale.

 Vous êtes dans une logique de troisième voie, c’est-à-dire ni Ali Bongo, ni Jean Ping. Pourtant, votre parti, l’Union Nationale, est bien dans la logique de Jean Ping, celle de la récupération de sa victoire. Est-ce que vous n’êtes pas en contradiction avec votre chapelle politique?

 La logique de la troisième voie n’est en fait qu’un appel à la fibre patriotique de tous. Ne perdons jamais de vue le bien du Gabon, notre responsabilité pour la construction de la Nation et le fait que nous avons un Etat à gérer. Qui paie aujourd’hui le plus lourd tribut du blocage du pays et de la crise multiforme dans laquelle le Gabon est plongé ? Ce sont les 80% de gabonais qui n’ont peu ou pas de ressources. Ce sont les entreprises qui ne sont plus payées et qui licencient tous les jours. C’est la jeunesse gabonaise dont la formation est tronquée depuis plusieurs années. Si les gabonais ont voté en masse pour le changement, c’est parce qu’ils espèrent voir leur quotidien changer et sentir qu’ils ont fait œuvre utile par leur vote pour voir évoluer le Gabon. Mais à quoi assiste-t-on depuis bientôt un an, les gabonais ont repris les chemins d’une vie normale, la situation se dégrade sur le plan politique, économique et social, le pays est à l’arrêt et nous avons l’impression que rien ne se fait pour sortir de là. Ali Bongo Ondimba s’en fout du Gabon, il ne cherche pas à réconcilier les gabonais, et ceux qui l’ont mis au pouvoir, que j’ai indexé dans ma conférence de presse, ont une responsabilité dans la dégradation de l’état du pays. De nombreux compatriotes sont en prison sans jugement pour des raisons de complaisance et de règlements de compte. D’un autre côté, Jean Ping n’est pas du tout aidé par les institutions de la République qui ont pris faits et cause pour Ali Bongo Ondimba, et la communauté internationale le balade sans jamais reconnaitre formellement sa victoire contrairement à d’autres pays pour lesquels ils ont vite agi pour redresser la vérité des urnes. Faut-il alors se croiser les bras et regarder, moi je dis non ! C’est pourquoi je dis que le départ du pouvoir d’Ali Bongo est le premier élément de la sortie de crise et je suggère ensuite la mise en place d’une transition pour préparer les fondements d’une nouvelle République et l’organisation d’élections générales à une échéance arrêtée consensuellement.

 Après votre récente sortie médiatique, une certaine opinion pense que vous êtes le porte parole du président Zacharie Myboto, le président de votre parti, et votre beau-père. Qu’en dites-vous ?

 Une certaine opinion pense mal. Je ne suis pas le porte-voix du Président Myboto. Pensez ainsi, c’est me dénier toute capacité à avoir une opinion propre et l’exprimer librement. C’est aussi insultant pour le Président Myboto qui serait obligé de passer par quelqu’un d’autre pour dire ce qu’il pense, franchement qui peut le croire ? Si vous voulez tout savoir, ce que je dis m’est propre et n’est pas la position officielle de l’Union Nationale. Quand le 31 Août 2016, je suis sorti de l’assemblée plénière de la CENAP avec l’urne pour dénoncer à la face du monde la mascarade de M. Aboghe Ella et de la CENAP était-ce parce que Zacharie Myboto ou l’Union Nationale m’avait demandé de le faire ? Non ! Je suis un homme politique qui sait prendre ses décisions, et j’adopte mes positions en mon âme et conscience !

 Vous parlez de transition, comment la concevez-vous quand on sait que, constitutionnellement, en cas de vacance de pouvoir, c’est le président du Sénat qui dirige la transition dont la durée est même définie par la constitution gabonaise ?

 Le temps venu, je dirai comment je conçois la transition. Pour l’heure, je souhaite qu’elle intervienne au plus vite. Et je dis qu’elle est la voie la moins douloureuse pour sortir de la crise

 Jean Ping, qui revendique toujours sa victoire, a entamé une tournée internationale. Pourquoi n’avez-vous pas attendu les potentiels fruits de cette tournée avant de donner votre point de vue?

 Je souhaite que M.Jean Ping soutienne le processus de transition que je propose afin que nous soyons tous rassemblés pour pousser Ali Bongo à la sortie et nous retrouver tous ensemble pour poser les jalons d’un Gabon nouveau. Rien n’empêche que Jean Ping conduise la transition ou y prenne une part très prépondérante ce ne serait que justice.

 Les délais constitutionnels de l’organisation des élections législatives sont largement dépassés. Après une rencontre entre le gouvernement et la  Cour Constitutionnelle,  ces élections auront finalement lieu dans un an, voire plus. Sur la question, quelle est la position de l’Union Nationale ?

Je suggère d’attendre que l’Union Nationale rende officiellement  sa position en la matière. Personnellement j’estime qu’en l’état actuel du dispositif légal ces élections législatives n’aboutiraient à rien de probant pour le changement. L’autorité qui serait appelée à les organiser et le code électoral utilisé sont ceux-là même que nous décrions car l’autorité politique est  illégitime et la loi est scélérate. Elle  n’organisera pas une élection pour la perdre et même si elle la perdait, elle s’arrangerait à conserver le pouvoir ça se voit déjà avec les résolutions de leur dialogue. Notre rôle sur cette question devrait être de préparer les conditions légales et politiques d’une meilleure organisation des prochaines élections législatives pour ne pas tomber dans les mêmes travers que la dernière élection présidentielle dont on connaît les conséquences aujourd’hui

 Votre mot de fin

Je suis désolé pour certains de mes compatriotes qui se précipitent sur des conclusions hâtives lorsqu’on prend des positions contraires aux leurs. La position que j’adopte de ni Jean Ping ni Ali Bongo Ondimba n’est pas facile, elle illustre simplement ma volonté de ne pas laisser le Gabon s’engager dans la chienlit. J’ai commencé mon combat politique contre le régime Bongo-PDG en 2005 et j’ai subi des privations, vexations et humiliations sans me plaindre de ce combat dont je tire une certaine expérience pour penser qu’une transition réformative est la voie à suivre pour le Gabon. Je la soutiens et je l’assume.

Enfin je voudrai dire que dans les moments comme ceux que nous vivons, le leader politique doit écouter, beaucoup écouter et c’est dans un moment de parfaite solitude qu’il doit prendre la décision qui doit tracer la voie à suivre. Il ne doit pas être tenté de vouloir faire plaisir ou contenter tout le monde, mais il doit tracer la voie selon ce qu’il croit être juste et bon pour le peuple.

Gandhi, Mandela, Churchill et d’autres grands de ce monde ont dû passer par des moments d’incertitudes et de doutes, mais c’est la fermeté dans leurs convictions qu’ils les ont menés au triomphe de celle-ci. Soyons des Gandhi, Mandela, Churchill, De Gaulle pour notre pays le Gabon.

 Propos recueillis par Boris Biyoghe & Daisy Ntougono

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