MARIE MADELEINE MBORANTSUO PEUT-ELLE EMPÊCHER UN COUP DE FORCE MILITAIRE?

MARIE MADELEINE MBORANTSUO PEUT-ELLE EMPÊCHER UN COUP DE FORCE MILITAIRE?

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Impossible. Comme on s’en doute, ce n’est pas véritablement de son ressort. C’est  de celui du chef suprême des armées. Qui a autorité sur la Garde Républicaine. C’est lui qui donne l’ordre de réprimer, de tirer, de tuer. C’est lui qui déclenche la violence d’Etat. Quel Gabonais pourrait oublier 1993, 1998, 2005, 2009, mais, encore moins, cette année, 2016 ? Ali Bongo est celui qui détient désormais le bâton de relais abandonné par Omar Bongo en 2009. Il est donc le seul à pouvoir déclencher la violence. C’est la Cour constitutionnelle qui peut légitimer et légaliser son emploi  comme lors des années précédentes.

Que va-t-il donc se passer cette année ? Simple. La nature minoritaire du pouvoir des Bongo a toujours obligé ce dernier soit à mettre en place un système sans compétition politique réelle, notamment à la présidentielle, ce qui fut fait dès 1967, soit à combiner, dès 1990, des mécanismes de fraudes clandestins et institutionnalisés pour impacter sur le résultat des urnes. Pour ce faire, la famille Bongo, profondément minoritaire, s’est employée à bâtir un système politique qui divise artificiellement le pays en ethnies qui s’affrontent  éternellement et dont les trêves et les accords de paix sont managées par Omar Bongo lui-même et les petro-cfa. La Centrafrique et le Congo Brazza   qu’il connaissait à merveille, pays aux rivalités ethniques à la fois latentes et actives, ont très largement inspiré le fondateur du système Bongo au Gabon. Mais, à la différence de ces deux pays où les contradictions interethnique se réglaient les armes à la main, Omar Bongo avait circonscrit l’ « affrontement » interethnique au Gabon au champ de bataille bien précis de la haute administration centrale du pays. Les nominations de cadres, à chaque conseil des ministres, donnaient une impression d’apaisement, de trêves, et d’accords, en tous cas, de règlements de comptes. Et, c’est Omar Bongo qui battait la mesure. Une instrumentalisation sans fin des ethnies pour asseoir son pouvoir politique familial. Ce qui avait l’avantage, pour Omar Bongo, d’évacuer du champ politique les logiques démocratiques qu’imposent les poids démographiques des ethnies nombreuses. C’est cela le système Bongo pour lequel furent appâtés un certain nombre de cadres qui ont adhéré à la vision d’OBO d’un Gabon traversé par une soi-disant lutte des ethnies entre elles classées en souveraines, amies, alliées, intermédiaires et ennemies. Il lui fallait « diviser pour régner » longtemps. Résultat des courses : ambiance de jalousie et de haine intertribaux dans le pays. Un confrère de la place rappelait dans l’une de ses parutions que le bimensuel « L’Espoir » s’était ainsi inquiété du « dosage ethnique » qui avait présidé à la mise en place du gouvernement Ona Ondo. « 11 Fangs pour  1 seul vrai Punu » avait-il alors titré ! Comme le rappelait Muetsa, l’auteur de l’article, « la Géopolitique à la Gabonaise nous enseigne que la répartition des postes a toujours été tributaire des équilibres ethniques… Malgré une charte de déontologie ou un code de bonne conduite, les Ministres nommés au Gabon se comportent toujours d’abord comme le(s) représentant(s) d’une ethnie bien donnée. Le reste suit après. L’on ne peut pas penser qu’il y a certains qui estiment que les Punus étant déjà un acquis, on peut se détourner de les cadeauter» !

Cette géopolitique, par essence anti-démographique, lorsque surviennent des élections style one man one vote, ne peut que voler en éclats. Le pouvoir en place est alors contraint de passer en force. Tout le monde l’a compris, un tel régime ne peut survivre à l’application du droit ou d’un vote transparent. Il est contraint de disposer de la force des armes, et, d’abord, d’une garde prétorienne surarmée pour enjamber l’épreuve de la vérité démocratique.

La nature du pouvoir en place au Gabon depuis 7 ans n’est pas différente. Certes, « la manière de faire » d’Omar Bongo Ondimba, le paternaliste, le magnanime, le charmeur, l’attentif, etc… contraste avec l’autisme, la brutalité, l’avarice de son successeur mais cela ne change rien au système Bongo qui est demeuré le même. Il est toujours aussi minoritaire dans le pays. Mieux, il s’est encore fractionné un peu plus dans le Haut-Ogooué et l’Ogooué-Lolo. L’analyste de la Lettre du Continent souligne à cet effet qu’ « Omar Bongo, en son temps, prenait soin de s’imposer dans d’autres régions stratégiques comme l’Ogooué-Lolo. Or Ali n’est pas parvenu à sortir gagnant de cette région peuplée en majorité de Nzébis et « tenue » par le président démissionnaire de l’Assemblée Nationale, Guy Nzouba Ndama…bras droit de Jean PING » (In La Lettre du Continent n°736 du 7 septembre 2016). Et, plus loin, de rajouter « qu’Ali Bongo s’est aliéné les barons du Haut-Ogooué durant son mandat. C’est le cas de son cousin germain et ex-patron des renseignements, Léon Paul Ngoulakia. En basculant dans l’opposition, ce dernier a divisé les cousins téké d’Akiéni du président sortant. Autre responsable des services secrets influents dans le Haut-Ogooué, l’Obamba François Banga Eboumi a également affiché sa farouche opposition au régime de Libreville, tout comme l’ancien gouverneur de la BEAC,  Philibert Andziembe, Téké de Bongoville, ou de l’ancien patron du quotidien gouvernemental L’Union, Albert Yangari d’ethnie bahouin. » (Idem) ; La lettre du Continent conclut : «  il est électoralement impossible que les habitants de cette région ratissée par ces barons acquis à l’opposition aient pu voter comme un seul homme pour le président sortant » (idem).

MARIE MADELEINE MBORANTSUO FACE AU MONDE

Autrement dit, peu importe ce qui sortira de la bouche de Marie Madeleine Mborantsuo dans quelques jours. Ali Bongo et ses comparses sont parfaitement conscients que la proclamation d’une victoire frauduleuse par la Cour constitutionnelle déclenchera une nouvelle colère populaire. Ali Bongo et les mercenaires africains, européens, et orientaux à sa solde et présents sur le sol gabonais organiseront alors un passage en force pour tenter de les maintenir à la tête du pays. Même dans le cas où, après un minutieux recomptage des votes, Mme Mborantsuo dirait le droit et annoncerait la victoire de Jean PING, Abo et les siens ne l’entendront pas de cette oreille et tenteront aussi un coup de force.

Que peut alors faire la Cour constitutionnelle si elle ne peut empêcher ces coups de force ? Réponse : ne pas le légitimer, ne pas le légaliser.

En empêchant la mission de l’Union Européenne d’assister à la phase précédant la proclamation des résultats par le ministre de l’Intérieur, René Aboghe Ella et Pacôme Moubele Boubeya se sont rendus responsables du carnage qu’a occasionné la proclamation des résultats qui ont donné Ali Bongo vainqueur de l’élection présidentielle. On parle de près de 500 tués et disparus.

Combien il y en aura-t-il lorsque la Cour constitutionnelle aura déclaré qu’Ali Bongo a gagné l’élection ? Marie-Madeleine Mborantsuo, et ceux des juges de la Cour qui auront pris cette responsabilité,  pensent-t-ils, un seul instant, qu’ils ne seront pas comptables, comme Aboghe Ella et Moubele Boubeya, du nombre de victimes  que ses paroles auront provoquées ?

Apparemment, les Gabonais ont fait ce qu’ils avaient à faire et savent ce qu’ils ont à faire. Jean PING et ses amis également. La communauté internationale aussi.

Marie Madeleine Mborantsuo, et les huit autres juges devraient pertinemment savoir ce qu’ils ont à faire. Car ils seraient bien seuls au monde à subir les conséquences de la lourde responsabilité de légitimer et de légaliser le coup de force prévu d’Ali Bongo.

 Stéphane MWAMEKA

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