Magistrature contre dictature

Magistrature contre dictature

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Les magistrats du Gabon lors de la grève,au rond point de la démocratie

Les juges viennent de repousser une nouvelle charge de l’Etat-Bongo en chassant sans ménagement le ministre Moundounga qui s’apprêtait à installer Mme Ouwe comme présidente de la Cour d’Appel. Des indiscrétions laissaient pourtant entendre que le secrétaire général de la Présidence adjoint, Mr Rossatanga, avait rassuré le syndicat de la magistrature en lui certifiant qu’Ali Bongo Ondimba était revenu sur sa décision de la nommer. Sincérité de façade de la part du SGA pour, juste, ne pas envenimer les choses avec les syndiqués en toges ? En tous cas, la démarche du Vice-premier ministre en charge de la justice visant à installer Ouwe coûte que coûte donne le sentiment que, face au syndicat, Rossantanga a usé, à la fois, du mensonge et du repli tactique. Placée là où ABO veut absolument la placer, au-delà du fait que les magistrats estiment qu’elle n’en a ni l’étoffe ni les compétences, Ouwe agira plus comme un rouage du système Bongo, laissant ainsi les mains libres à ABO pour résoudre des questions urgentes liées au tout prochain scrutin présidentiel. Comme, notamment, sa situation administrative, véritable contentieux pré-électoral,  ainsi que l’élimination de certaines candidatures de la course. Tout particulièrement, celle de Jean PING qui vient d’échapper, encore une fois, à une arrestation, la semaine dernière.

 

Nous sommes bien loin de cette justice prônée par le candidat PING dans son projet de société : « indépendante et impartiale, au service de tous ». Ou encore : « nous avons besoin, collectivement et, aussi, individuellement, d’opérer une rupture avec les errements du passé et les dérives du pouvoir absolu ». Manifestement, Ouwe s’est mise au service « du pouvoir absolu » des Bongo. Et, comme ce n’est pas la morale qui l’étouffe, les Gabonais savent de quoi cette dame est capable. Les exemples sont nombreux : le traitement cavalier de la question Mboulou Beka, l’inculpation « politique » des 101 arrêtés,  le 20 décembre 2014, la transformation de la victime Jean PING en accusée alors qu’autour de 300 nervis instrumentalisés, et sous l’œil bienveillant des gendarmes de faction, ce jour-là, venaient caillasser son domicile, et la condamnation du même Jean PING à payer plus de 600 millions de FCFA à Opiangha, un homme à tout faire qui, de tout temps, s’est mis au service du pouvoir des Bongo.

 

En empêchant l’installation d’Ouwe, les magistrats semblent avoir bien compris que, seuls, la soif infinie du pouvoir, l’amour du pouvoir pour le pouvoir et ses avantages guident les Bongo. Cela signifie pour eux que la seule façon de le conserver indéfiniment est de l’accroitre indéfiniment. Et ce désir, perpétuel, sans trêve, d’acquérir toujours plus de pouvoir ne cesse qu’avec la défaite, sinon par la mort de son détenteur. Le Système ayant rendu impossible  toute défaite électorale  des Bongo grâce à la fraude, la corruption et le contrôle – y compris matrimonial -, des appareils civils, militaires, législatifs et judiciaires, il ne restait plus à Omar Bongo que la mort pour quitter le pouvoir. N’est-ce pas la même voie qu’est en train de suivre Ali Bongo ?

Dans ce conflit qui l’oppose à l’exécutif, le syndicat de la magistrature arpente un sillage pavé de valeurs qui, dans l’enfer du système Bongo, ont été vidées de leur sens et réduites au rang des bonnes intentions. Comme, par exemple, l’instruction systématique de tout détournement des biens et deniers publics commis en République gabonaise ; le renforcement de la  Cour des Comptes qui jugera tous les cas avérés de détournement ; la récupération par des moyens nationaux et diplomatiques des biens et deniers détournés ; la sanction des délinquants. C’est l’impunité qui est à l’origine du laisser-aller général de l’administration, et des dérives de toutes sortes. Il faut donc que la justice s’applique sur tous les justiciables sans exception. « La justice et le droit doivent s’imposer à tous, sans exception –  nul ne saurait être au-dessus de la loi – et toujours protéger les plus faibles. La justice doit contraindre ceux qui enfreignent les règles et protéger ceux qui les respectent »

 

Refonder la Justice

 

La question judiciaire est au cœur du vouloir vivre ensemble et donc de la République. Le problème est que de moins en moins de Gabonais croient en leurs juges, persuadés que la justice « rendue au nom du peuple gabonais » est en fait au service d’autres forces qui dominent la société. Tout le monde attend donc des juges qu’ils soient vigilants à l’égard de leurs appartenances familiale, villageoise, ethnique, confessionnelle ou initiatique, mais surtout qu’ils soient indépendants des pouvoirs politiques et économiques. Le perfectionnement des juges est d’autant plus difficile au Gabon qu’il s’agit ici beaucoup plus d’éthique que de qualification. Raison pour laquelle le combat actuel des juges devrait inclure dans ses objectifs la nécessité d’élever le niveau de formation des juges par des stages fréquents, d’élever leur éthique, de renforce l’indépendance du pouvoir judiciaire. Pourquoi ne pas penser à un Conseil National de la Justice, institution constitutionnelle qui serait chargée du suivi des carrières des agents spéciaux du secteur judiciaire (formation, stages) ; de l’évolution de leurs émoluments  et du strict contrôle de leur patrimoine; de la promotion (au grade le plus élevé, à l’ancienneté et au diplôme) interdisant ainsi toute immixtion du pouvoir politique comme c’est le cas avec la volonté d’Ali Bongo d’imposer Ouwe à tout prix ? Ce Conseil National de la Justice pourrait être composé de 9 magistrats  désignés à raison de 3 par le Pouvoir exécutif ; 3 par le Parlement ; 3 par la société civile et serait présidé par un haut magistrat élu par ses pairs.

 

C’est pourquoi, en s’opposant physiquement à l’installation d’Ouwe à la Cour d’Appel, les juges du syndicat démontrent que, pour défendre, même pacifiquement, ses droits, il faut se mettre debout face au système Bongo. A l’instar de ces courageux magistrats qui viennent d’engager une résistance qui transcende le phénomène Ouwe et qui auront très certainement à affronter, aujourd’hui ou demain, la brutalité du système Bongo, les Gabonais vont se convaincre de plus en plus que personne d’autre sinon eux-mêmes ne les libérera des Bongo.

Stéphane MWAMEKA

 

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2 COMMENTAIRES

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