L’interview d’Opiangah dans l’union Le personnage, l’incohérent, le messager du bord...

L’interview d’Opiangah dans l’union Le personnage, l’incohérent, le messager du bord de mer

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Opiangah, ambassadeur de la morale en matière de politique, aucun Gabonais digne ce nom ne saurait confondre Hervé Patrick Opiangah (HPO) et moralité politique. Les Gabonais savent qui est HPO. Ils ne sauraient le classer comme un parangon de vertu. D’autant que le nom d’Hervé Opiangah a été et continue d’être, bien trop souvent, associé à de la petite et de la grande délinquance, spécialement lorsqu’il est question de perturber les activités de l’opposition. Notamment celle que conduit Jean PING, ces temps-ci. Et, malgré ses démêlées avec le pouvoir, du temps même d’Omar Bongo Ondimba, HPO a toujours su bénéficier de la clémence et de la couverture  par le bord de mer, du palais de Justice, des ministères de l’Intérieur et de la Défense.

Le personnage

Jeune Afrique de la semaine du 20 décembre 2004, dans un article de Samy Ghorbal disait ceci d’Opiangah : «  … Le 15 novembre, Hervé Patrick Opiangah, le jeune propriétaire d’une société privée de sécurité aux ambitions politiques claironnées, était arrêté avec ses vigiles armés devant le Palais du bord de mer alors qu’ils manifestaient sans autorisation.…Fringuant « milliardaire en francs CFA », patron de Vigile Services, une entreprise de gardiennage forte d’un millier d’employés (un chiffre considérable dans un pays dont la population totale n’excède pas 1,2 million d’habitants), Hervé Patrick Opiangah rêvait de créer un parti, l’Union pour la démocratie et l’intégration sociale (Udis). Il avait introduit une demande en ce sens, mais son dossier était resté en souffrance. Espérant mettre la pression sur les autorités, il s’est donc mis en tête d’organiser le 15 novembre un rassemblement de ses partisans devant la présidence. Une provocation, les attroupements étant interdits à cet endroit très « sensible » de la capitale. Circonstance aggravante : des armes ont été retrouvées sur des membres de sa garde rapprochée. »

Il s’est ainsi retrouvé en prison. Pendant 482 jours.

« Naïvement, poursuit Jeune Afrique, il pensait que personne n’oserait rien contre lui, il se voyait intouchable. Opiangah, qui disposait de quelques protections bien placées, ne manquait pas d’ennemis – peut-être les mêmes, d’ailleurs -, car il avait trempé dans des affaires de chantage au début des années 1990, avant sa reconversion dans le business de la sécurité.  « Je ne veux pas voir de milices se constituer sur notre territoire », a ainsi prévenu le président gabonais [Omar Bongo Ondimba], alors qu’il quittait fin novembre le sommet de la Francophonie de Ouagadougou. » Remarque de poids, selon le journaliste de JA pour qui on ne saurait ignorer « la prolifération des armes légères et la porosité des frontières dans une région – l’Afrique centrale – déchirée par les guerres civiles…L’affaire Opiangah s’est dégonflée. Dès l’arrestation de leur chef, ses partisans ont disparu des rues. Sans doute parce qu’il n’y avait plus personne pour les payer. » Le personnage est dépeint. Et, on peut se poser quelques questions sensées. Pense-t-on vraiment que n’importe quel Gabonais peut bénéficier  d’une autorisation pour créer ou être PCA d’une société privée de sécurité armée comme SGS ou Vigile Services sans inquiéter le pouvoir ? La réponse tombe sous le sens : non. Il faudrait, pour cela, s’appeler soit Mpouho, soit Opiangah.

L’incoherent

Dans le quotidien pro-gouvernemental « l’Union » du 22 décembre dernier, HPO s’étale sur toute la page 2. Il y répond à un protocole de questions dont il a du déposer les réponses écrites à la rédaction quelques jours avant leur parution le jeudi 22. Nous y notons déjà  quelques indications contradictoires. A la question, la toute première de l’interview, de connaître sa réaction aux propos de Jean PING affirmant que la démarche de légalité républicaine est arrivée à son terme au Gabon, HPO a deux réponses opposées.

La première condamne PING : « …Pour moi, écrit HPO, il ne s’agit là que d’une suite logique de la politique de la terre brulée…Pour moi, c’est un non-évènement ».

La seconde, toujours sur le même sujet, revirement à 180°, HPO prend le contrepied de ce qu’il a dit juste plus haut, pour expliquer benoitement que « ces sont des propos pouvant donner lieu à diverses interprétations. Monsieur PING est un citoyen gabonais, il vous revient à vous journalistes de lui poser la question de manière à ce qu’il éclaire la lanterne de tout un chacun sur le sens de cette déclaration ».

Autre incohérence. A la question concernant le Rapport de la MOE UE qui pointe le Haut-Ogooué du doigt comme haut lieu de la fraude électorale, lors de la dernière présidentielle, HPO s’en remet aux « politologues » qui « vous diront que le cas du Gabon n’est pas une exception. Le repli identitaire, appelez le comme vous voulez, est une réalité dans toutes les provinces ! Certes je ne cautionne pas ce type de démarche. Mais je pense que les Altogovéens se sont mobilisés tout naturellement derrière Ali Bongo Ondimba. Comme cela s’est passé sur l’ensemble du territoire pour d’autres candidats. » Une analyse qui ne correspond nullement à la réalité. Bien au contraire. En effet, près de huit provinces contredisent cette assertion : elles ont élu Jean PING sans prêter grande attention aux candidats issus de leurs terroirs ethno-provinciaux respectifs. Le cas du Woleu-Ntem est patent.

Une incohérence de plus. Les deux journalistes de « l’Union » lui posent la question suivante : « Faut-il croire que vous n’êtes qu’un parti soutenant Ali Bongo ? ». Réponse nette, claire, et précise de HPO : «  Alors là, je rigole un peu. Je pense qu’il va falloir un tout petit peu rafraîchir la mémoire de tout le monde. » Là, on se dit qu’il va nous expliquer pourquoi il n’est pas « qu’un parti soutenant Ali Bongo ». HPO se lance donc et tente d’expliquer : «  Après ma détention…en 2006, le parti…n’avait pas encore le récépissé. Ce n’est que trois ans plus tard que nous l’avons eu. Cette année là fut, comme vous le savez, une année électorale…Au sortir d’une Assemblée, nous avions décidé de soutenir à l’unanimité Alli Bongo Ondimba ». Ce qui établit déjà une relation politique avec l’occupant du bord de mer. Pourquoi Opiangah parle-t-il alors de « rigoler un peu » lorsque les journalistes lui demandent si l’UDIS n’est pas un simple ersatz, une succursale d’Ali Bongo ? Mieux, HPO se tire même une balle dans le pied quand il admet qu’«  en 2016, à défaut de se déjuger, nous sommes restés logiques dans notre engagement en soutenant le même candidat qu’en 2009 ». Entre UDIS et Ali Bongo, la relation ne relève pas que de la politique, mais de la fidélité politique. HPO nous démontre même  qu’elle procède de la vassalité. Pour preuve, à la question, l’avant dernière, de savoir « pourquoi l’UDIS n’est pas présente dans l’actuel gouvernement d’ouverture », Opiangah est serein : « Quand on parle d’ouverture, il s’agit de la majorité et de l’opposition. Quand on accompagne une politique ou un projet de société, le plus important est de voir ce projet se matérialiser d’abord…Si on fait une fixation, il se pose alors le problème de la loyauté. » On ne saurait être plus clair, net et précis. En fait, Hervé Patrick Opiangah se complait dans la peau d’un feudataire à la solde de son suzerain. Son personnage et ses incohérences trahissent sa soumission aux Bongo. C’est pourquoi, quand il vient s’étaler dans « l’Union », il n’est, en fait, que porteur public d’un message d’Ali Bongo à la classe politique.

Le messager du bord de mer

Un message qui a du inspirer le « Makaya » du même jour en page une. Extraits : «  depuis le temps du Vieux, tous les Gabonais ne comprennent pas réellement le rôle néfaste que jouent certains collaborateurs  dits de confiance du Présida. Ils étaient si influents et intouchables qu’ils se permettaient tout. Aujourd’hui, c’est un peu ça qu’on regrette avec certains « amis » du Présida qui profitent de leur situation…de confiance que le chef leur fait pour le prendre en otage ». Conclusion du « Makaya » : « C’est pourquoi, comme le suggère HPO, tous ces mecs sales qui ont dépouillé le Gabon et se baladent impunément doivent rendre des comptes quoi… »

L’opération de com. est lancée, tout le monde l’a bien compris. Et, HPO donne même des noms cibles : Magloire Ngambia, Désiré Guédon, et Etienne Ngoubou  qui doivent « rendre des comptes. » Le système Bongo ne peut tromper personne. Nous savons tous que la soi-disant lutte contre l’enrichissement illicite vise, en réalité, de relever les irrégularités des seuls ennemis du système et de protéger la famille Bongo et ses alliés les plus précieux, de tous les organes chargés de l’organisation et du contrôle de la régularité des élections, pour assurer les victoires systématiques du PDG et la pérennité  du système Bongo. D’ailleurs, deux choses attirent l’attention dans l’affaire de l’interview d’Opiangah : tout d’abord, le fait que le bord de mer laisse parler cash quelqu’un que la presse pro-gouvernementale qualifie de « très proche » d’Ali Bongo. Puis, cette désignation sélective de certains de l’entourage d’ABO livrés à la vindicte des feux de l’actualité politique, préservant les intouchables et insanctionnables Omar, hier, et Ali, aujourd’hui. Les Bongo seraient entourés de pourris de la République, « tous ces mecs sales qui ont dépouillé le Gabon » comme insiste le « Makaya » du 22 décembre dernier, qui grouillent autour de la Sainte famille Bongo à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Opiangah ne touche donc pas aux Bongo. Eux n’ont aucun compte à rendre. Seuls les Ngambia, les Guedon, les Ngoubou devront s’y soumettre.

Mais, apparemment, pas seulement eux. Pour HPO, il y a comme une volonté de forcer la main à ceux qui demeurent officiellement réticents à un dialogue avec BOA. Opiangah ne mâche pas ses mots. Pour lui, il est clair également que « les opposants d’aujourd’hui devraient rendre des comptes aux Gabonais. Parce que ce sont eux qui ont retardé les avancées démocratiques dans notre pays. » Et, de citer Guy Nzouba. Un fait du hasard ? Difficile à croire par ces temps de résistance contre l’imposture

C’est pourquoi, HPO apparaît comme un messager. Et, la menace du bord de mer a été entendue.

Stéphane MWAMEKA   

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