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Libre Propos : Gabon : cherche opposition désespérément !!!

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(« Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon ce que nous sommes en train de faire » Omar BONGO ONDIMBA, Président de la République : 1968-2009)

 Il y a quelque 25 ans, était convoquée la Conférence Nationale. Elle avait pour objectif de « proposer des orientations en vue de conduire la nation vers une démocratie véritable et pluraliste » (cf. Décret n° 346/PR du 03/04/1990, art. 2). En tant que telle, la tenue de ce forum constituait la seconde preuve matérielle, politique celle-là, de l’échec de la gestion de l’Etat par Omar BONGO ONDIMBA, Président de la République depuis plus de 20 ans, mais aussi échec de la gestion de l’Etat dont est comptable le PDG, le parti du Président de la République, créé en 1968 pour soutenir l’action du PR et l’aider à gérer le pays et, enfin, échec  du régime créé par Léon MBA en 1961 et continué et renforcé par OBO à partir de 1968. Cet échec de sa gestion de l’Etat, OBO l’a reconnu pour la première fois en 1986, à la veille de l’élection présidentielle de cette année-là. Cela a donné lieu, dans le domaine économique, à l’instauration des Programmes d’Ajustement des Structures Financières de l’Etat (PAS) imposés par les institutions de Bretton Woods, dont le premier a été exécuté en 1987/90 ; elle a été complétée par la dévaluation du Franc CFA, imposée par la France en 1994. La conférence nationale, imposée elle aussi par la France, par François MITTERRAND demandant aux Chefs de l’Etat des pays francophones d’Afrique, lors de la conférence de LA BAULE, de démocratiser leurs pays, est donc la tentative d’apporter des solutions politiques à la crise qui frappait le Gabon, de « proposer des orientations en vue de conduire la nation vers une démocratie véritable et pluraliste ».

               Plus de 25 ans après la tenue de la conférence nationale, le temps n’est-il pas venu  pour les Gabonais de s’arrêter un instant pour voir le chemin, spécialement politique, parcouru depuis 1990, pour faire le bilan des dernières 25 années de « gestion démocratique » du pays, de se demander si le régime que nous avons créé est réellement une « démocratie véritable et pluraliste ».

     1 Pourquoi OBO a-t-il échoué ?

                         Les Fang prétendent que « quand tu tombes, ne va pas en chercher la cause là où tu es tombé. Refais plutôt le trajet inverse et tente de retrouver l’endroit où tu as commencé à glisser, où ton pied a heurté un caillou, une racine d’arbre qui affleurait à peine ». Le citoyen Lambda que je suis, très peu instruit des choses liées à la gestion de l’Etat (j’ai usé mes fonds de culotte jusqu’en classe de CE1 à l’école primaire catholique Sainte Anne de Mont-Bouët) ne peut s’empêcher de se demander pourquoi OBO a échoué dans sa gestion du pays. En effet, lorsque je lis la Constitution du 21/02/1961, imposée par L. MBA, je constate qu’elle organise les pouvoirs dans l’Etat en concentrant très fortement la totalité des pouvoirs de l’Etat entre les mains du PR, faisant de ce dernier, tout à la fois :

          – Le Chef de l’Etat, le chef du Gouvernement, le chef du Parlement, le chef de toutes les institutions constitutionnelles, le chef des forces de défense et de sécurité, le chef de l’administration, le chef de la magistrature ;

          – pendant toute la durée de chacun de ses mandats, il a reçu le soutien indéfectible de son parti, le PDG, unique dans le paysage politique de l’époque, dont les militants constituaient la fine fleur de l’intelligentsia gabonaise et se retrouvaient à tous les niveaux de tous les échelons de toutes les sphères de la gestion de l’Etat ;

          – il a disposé, en tant qu’administrateur financier du pays, de la totalité des ressources financières de l’Etat, lequel a reçu, entre 1982 et 1985, 2.100 milliards de F. CFA en recettes pétrolières, lorsque le baril de pétrole se négociait à 34,2 dollars américains et que le dollar américain valait 449,3 F. CFA. Cela permettra à OBO de prévoir des budgets d’investissement de 1.300 milliards de F. CFA.

          Mais la gestion de ce pactole est tellement quelconque, catastrophique que, lorsque surviennent, coup sur coup, la dévaluation du dollar américain (346,3 F. CFA) et la baisse, concomitante, du prix du baril de pétrole (US$ 12,5), notre pays s’est trouvé en très grave danger. Des économistes gabonais ont tenté d’apporter des explications à cette situation. Pour Alfred MABICKA MOUYAMA, cette situation est à mettre sur le compte du contre-choc pétrolier des années 1980. Cependant, ceci n’explique pas tout, loin s’en faut. « La situation actuelle découle d’un héritage extrêmement lourd en matière de gestion des finances publiques dans une économie dominée par le budget de l’Etat ». Gabriel ZOMO YEBE commence, lui, par identifier les causes exogènes de la crise gabonaise, les handicaps du Gabon : un petit pays, un climat tropical, une forêt qui couvre les ¾ du territoire rendant difficile l’exploitation de l’intérieur du pays, … mais aussi un pays doté de richesses naturelles : bois, manganèse, uranium, pétrole, … qui lui donnent l’un des revenus par tête les plus élevés d’Afrique. G. ZOMO YEBE remarque aussi que l’économie gabonaise se caractérise par sa trop grande dépendance vis-à-vis de l’exploitation de ces richesses naturelles, ce qui en fait une économie de rente, mais aussi et par le fait même, par sa très grande dépendance vis-à-vis de l’extérieur où est vendue la presque totalité de ces ressources naturelles, où en sont fixés les prix et où il s »approvisionne en matières premières et en produits finis. Et chaque fluctuation du taux de change du dollar américain et du prix du baril de pétrole a des répercutions incalculables sur le budget de l’Etat, instrument et moyen d’action économique et de régulation conjoncturelle. G. ZOMO YEBE prétend, enfin, que la crise gabonaise avait aussi des causes endogènes, essentiellement politiques, qui expliquent son intensité et sa persistance. En effet, si, en théorie, le « Progressisme Démocratique et Concerté », la stratégie de développement économique imaginée par OBO lors de son accession à la tête de l’Etat, pouvait faire illusion, son application pratique « dans le contexte d’euphorie pétrolière des années 1982/85 a eu pour conséquence l’étatisation de l’économie, l’affaiblissement du secteur autochtone et le déclin des branches exposées à la concurrence, ensemble des effets préjudiciables créés dans une économie par l’expansion d’un secteur que l’on désigne par le « Syndrome Hollandais » » (G. ZOMO YEBE). Selon le même auteur, les effets néfastes engendrés par le syndrome hollandais ne sont pas mécaniques ; ils sont favorisés surtout par des facteurs non-économiques. Et parmi ces facteurs de déséquilibre et leurs effets qu’inventorie G. ZOMO YEBE, il y a, en première place, le contexte socio-politique gabonais « créé par la très forte concentration de la totalité des pouvoirs de l’Etat entre les mains du PR et de l’institution du monopartisme qui en découle, lesquelles ont entretenu en Afrique (au Gabon) une relation de cause à effet avec le sous-développement, le monopartisme constituant l’amont et le sous-développement l’aval » (G. ZOMO YEBE). Et Jean-François MEDARD de renchérir : « Le monopartisme, qu’il soit de fait ou de droit, s’est caractérisé, dans la plupart des pays africains par l’institutionnalisation de la dictature, de la patrimonialisation de l’Etat, de la tribalisation de la société, de la monopolisation des ressources et de son corollaire la clientélisation et la paupérisation de la communauté nationale ».

                    Ainsi donc, la cause première, principale de l’intensité et de la persistance de la crise économique et sociale qui frappe le Gabon en 1985/86 est d’abord politique : elle est liée, consécutive à la nature même du régime créé par L. MBA en 1961 et continué et renforcé par O. BONGO ONDIMBA à partir de 1968. Celui-ci se caractérise par une organisation des pouvoirs dans l’Etat qui concentre très fortement la totalité des pouvoirs de l’Etat entre les mains du PR faisant de ce dernier, tout à la fois, le Chef de l’Etat, le chef du Gouvernement, le chef du Parlement, parce que chef du PDG son parti politique, nécessairement unique dans le paysage politique de l’époque, lui apportant un soutien indéfectible dans sa gestion de l’Etat, le chef de toutes les assemblées des collectivités locales prises d’assaut par militants du PDG qui se retrouvent à tous les niveaux de tous les échelons de toutes les sphères de la gestion de l’Etat, le chef des forces de défense et de sécurité, le chef de l’administration, le chef de la magistrature, l’administrateur financier du pays… C’est donc la mauvaise qualité du cadre institutionnel dans lequel le Gabon a évolué depuis 1961 qui est à l’origine du sous-développement de notre pays : il a « créé une injustice flagrante en tenant à l’écart les ¾ de la population » (G. ZOMO YEBE) ; il est la cause première de l’échec du régime créé par L. MBA, de l’échec personnel de la gestion de l’Etat par O. BONGO ONDIMBA, PR depuis quelque 20 ans et de ses « amis » les militants de son parti, le PDG, incapables de conduire le pays vers la réalisation de ses missions, échec politique et social, qui précède, explique et donne naissance à l’échec économique  et financier, qui nous a obligés à passer par les PAS, ces « fourches caudines » des institutions de Bretton Woods ; il a donné au PR les moyens de conduire le pays vers la cristallisation du pouvoir, la dictature, l’absolutisme, le totalitarisme, la confiscation des libertés et l’oppression des populations, la patrimonialisation de l’Etat, le clientélisme politique, la corruption, l’affairisme des agents de l’Etat, la création d’une kleptocratie constituée par les dirigeants politiques du pays, … autant de maux qui découlent de cette organisation des pouvoirs dans l’Etat du Gabon qui ont conduit à la faillite de la gestion de celui-ci ; il a donné au Chef de l’Etat les moyens d’empêcher les Gabonais de s’occuper de leurs affaires, le PR, dieu après Dieu, y veillait personnellement et le bon peuple gabonais pouvait dormir sur ses quatre-z-oreilles et faire pleine et entière confiance au PR, homme providentiel par excellence.

          2 Le régime actuel est-il une « démocratie véritable » ?

                         Devant l’échec politique du régime créé par L.MBA en 1961, l’échec de la gestion de l’Etat par OBO et ses « amis », les militants du PDG, la conférence nationale, convoquée en 1990, avait donc pour objectif de « proposer des orientations en vue de conduire la nation vers (un régime) de démocratie véritable et pluraliste ». 25 ans après la création du nouveau régime, est-il possible de dire que les choses ont changé et que le régime actuel est une « démocratie véritable » ? Je, citoyen Lambda, suis sceptique. Je constate, en effet, que :

  1. a) la situation économique et sociale que vit le Gabon en ce début du 21° siècle ressemble, mutatis mutandis, à celle que nous avons connue dans les années 1980. En effet, tout comme en cette période-là, « le Gabon a reçu, entre 2010 et 2014, selon Emmanuel NTOUTOUME NDONG, 18.000 milliards de F. CFA en recettes pétrolières, quand le baril de pétrole se négociait au-delà de 100 dollars américains » (cf. La LOUPE n° 258 du 05/01/2016, p. 5). La gestion de ces ressources est, comme d’habitude, tellement quelconque, catastrophique que, lorsque survient la baisse du prix du prix du baril de pétrole (autour de US$ 40), notre régime s’est trouvé, à nouveau, en grave danger au point que le front social est particulièrement chaud, que, à nouveau, les institutions de Bretton Woods ont volé à notre secours et que l’on parle, à nouveau, de la dévaluation du Franc CFA.
  2. b) OBO, toujours PR, a redit, 2 fois successivement, son échec de la gestion de l’Etat : dans son adresse à la nation prononcée le 16/08/2000, au cours de laquelle il a proposé à ses « compatriotes » la REFONDATION DE L’ETAT. Cela se passe 2 ans après avoir été porté par les Gabonais à la tête de l’Etat avec 66 % des suffrages exprimés ; puis en décembre 2007 dans ce discours devenu mémorable prononcé lors du congrès du PDG à Libreville :  « Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon ce que nous sommes en train de faire ». Il a continué en enfonçant le clou : « Le Gabon est affaibli par l’ethnisme, l’affairisme, la corruption, la politisation outrancière et le népotisme qui ont gangrené les pouvoirs publics ». Et ce discours intervient, lui aussi, 2 ans après que OBO a été porté, une dernière fois en 2005, par ses compatriotes à la tête de l’Etat avec 83 % des suffrages exprimés ;
  3. c) ABO, qui succède à son « père » à la tête du PDG, puis de l’Etat en 2009, a, lui aussi, fait des aveux d’échec de la gestion de l’Etat : il les a appelés, dans un premier temps, des « erreurs de casting » et elles ont concerné aussi bien des erreurs de choix des politiques que celles des choix des hommes (3 « chefs » de gouvernement, ou, plutôt 4, lors de son premier mandat et autant de Secrétaires Généraux de la présidence de la République), sans compter ceci : « La coordination gouvernementale s’articule lentement, les reformes retardées par des pesanteurs diverses : par la bureaucratie, ou la mauvaise volonté des personnes, le non-respect de nos lois et règlements, les passe-droits, le favoritisme clanique, la paresse, le détournement privatif des biens publics, l’absence de responsabilité devant nos obligations… ».
  4. d) la Constitution du 26/03/1991, qui crée le nouveau régime, a, comme la précédente, organisé les pouvoirs dans l’Etat en concentrant très fortement la totalité des pouvoirs de l’Etat entre les mains du PR, lequel est tout à la fois, le Chef de l’Etat, le chef du gouvernement, le chef du Parlement, le chef de toutes les institutions constitutionnelles du pays, le chef des assemblées des collectivités locales, le chef des forces de défense et de sécurité, le chef de l’administration, le chef de la magistrature, l’administrateur financier du pays ; … pendant toute la durée de son mandat, il reçoit le soutien indéfectible de son parti, le PDG, ultra-dominant (j’allais écrire unique) pour toutes sortes de raisons dans le paysage politique actuel du pays et dont les militants se retrouvent à tous les échelons de tous les niveaux de toutes les sphères de la gestion de l’Etat. Enfin, la nouvelle Loi fondamentale n’a pas été adoptée par le peuple « souverain », ni aucun de ses articles révisés. Et tout se passe tout comme dans le régime précédent.
  5. e) la Loi relative à la décentralisation est un échec, parce qu’elle n’a point conduit au développement des villages et de leurs habitants, laissés sur le bord de la route. Mais aussi les villes, obligées de tout attendre du gouvernement ;
  6. f) notre régime a la prétention d’être une « démocratie véritable » : il compte plus de 60 partis politiques. Cela peut-il réellement conduire vers la construction de la nation gabonaise dans ce petit pays de quelque 2.000.000 d’habitants, répartis en une trentaine de communautés ethniques différentes, l’une des missions assignées à l’Etat gabonais lors de son accession à la souveraineté internationale ? Quoique notre régime prétende être une démocratie véritable, le pouvoir du suffrage n’y a jamais été organisé, malgré toutes les contestations auxquelles nous assistons au lendemain de la proclamation des résultats des élections, surtout présidentielles, des manifestations qui en naissent et donnent lieu à des pertes en vie humaine et malgré toutes les « réunions des Bantous sous l’arbre à palabres » pour discuter de l’organisation des élections. Est-ce parce qu’il s’agit d’un « simple problème de famille » ? Pendant ce temps, la place de l’opposition, pourtant partie prenante dans la gestion de l’Etat (elle est censée représenter quelque 45 % de l’électorat gabonais, selon les résultats des dernières élections présidentielles de 2016) n’est toujours pas définie et un seul parti, le PDG, gère le pays depuis 25 ans : ceci est rendu possible grâce à la fraude électorale instaurée par les gestionnaires de l’Etat, tous militants du PDG.

                    Peut-on soutenir alors que notre nouveau régime est réellement une « démocratie véritable » ? Son organisation des pouvoirs dans l’Etat n’en fait-il pas tout simplement un « régime présidentialiste », une « monarchie républicaine » (Joseph NDONG OBIANG) ???

          3  Cherche opposition désespérément !

                         Il est donc patent que la gestion du nouveau régime est, elle aussi, un échec : échec de OBO, PR de 1991 à 2009, échec de ABO, PR depuis 2009, mais aussi et en même temps, échec de leurs « amis », les militants du PDG, leur parti avec lequel ils ont, l’un et l’autre, géré et continuent à gérer l’Etat et, enfin, échec du régime lui-même. Les Gabonais ne devraient-ils pas se tourner vers un autre groupe de compatriotes qui prétend contester la gestion de l’Etat par nos différents Chefs de l’Etat et les militants de leur parti, le PDG, se tourner vers l’opposition ? Mais l’opposition gabonaise actuelle répond-elle réellement aux attentes du peuple gabonais ? Prend-elle des dispositions, se met-elle dans les conditions susceptibles de lui permettre de conquérir effectivement le pouvoir ? Il est permis d’en douter lorsqu’on regarde son comportement depuis 1990.

               Le premier problème auquel est confrontée l’opposition gabonaise me semble être  son absence de discours politique qui prend le contrepied de celui du PDG et de ses leaders.  L’opposition gabonaise existe officiellement depuis 1991 et la proclamation de la nouvelle Constitution, qui crée effectivement le régime de « démocratie véritable et pluraliste » actuel. Or, 5 ans plutôt, à la veille de l’élection présidentielle de 1986, OBO a avoué avoir rencontré des difficultés, avoir échoué dans sa gestion de l’Etat. Il le redira dans son adresse à la nation le 16/08/2000, puis, à nouveau, 7 ans plus tard. ABO a reconnu, lui aussi, l’échec de sa gestion de l’Etat. Je constate qu’aucun leader d’un parti politique de l’opposition, aucun parti politique de l’opposition n’a proposé au peuple gabonais, malgré les nombreuses occasions qui se sont présentées depuis 1990, un autre contexte institutionnel que celui dans lequel le Gabon a évolué depuis 1991, ou, plutôt depuis 1961, lequel a conduit à l’échec de la gestion de l’Etat par nos 2 Chefs de l’Etat et les militants de leur parti, le PDG, et qui est, lui-même, un échec. Chacun prétend le garder et croit pouvoir s’en sortir mieux. Il en est de même pour les « représentants de la 3° voie » (Mais en quoi consiste donc ce machin ?). Bien plus, aucun ne prépare réellement, ne dispose d’aucune stratégie pour accéder à la gestion du pays, tout comme le fit un certain François MITTERRAND. Après avoir contraint Charles DE GAULLE, PR, à un second tour lors de l’élection présidentielle de 1965, l’ancien député de la Nièvre passera 15 ans à se préparer et à préparer la France à son accession à la magistrature suprême. Il sera, par la suite, le premier Chef de l’Etat de la 5° République française à faire 2 mandats successifs. Au Gabon, les leaders des partis politiques de l’opposition, mais aussi des candidats indépendants, se lèvent un matin de la veille d’une élection présidentielle, avec l’ambition d’accéder à la gestion de l’Etat et croient pouvoir y réussir le soir même, sans aucune préparation préalable. Ils ne mettent pas à profit la durée du mandat présidentiel pour se préparer à cette échéance, pour implanter leurs partis sur toute l’étendue du territoire, pour rassembler autour d’eux et grâce à leurs discours politique le plus grand nombre de partis politiques et le plus grand nombre de militants, pour se battre en vue d’utiliser les médias de l’Etat pour dire leurs critiques quant à la gestion de l’Etat par le PDG et présenter leurs contre-propositions de solutions, pour essayer leurs stratégies de prise du pouvoir en présentant des candidats aux élections locales, sénatoriales, législatives, dont les résultats permettraient de mesurer l’impact de leurs critiques et de leurs propositions de solutions auprès des électeurs. Les leaders des partis politiques de l’opposition ont oublié, enfin, que l’opposition est partie prenante dans la gestion de l’Etat, qu’elle fait partie du régime et que, en tant que telle, elle doit être représentée dans les institutions constitutionnelles non-électives et donc non partisanes, comme la Cour Constitutionnelle, la Haute Autorité de l’Audiovisuel, … Quant au pouvoir du suffrage, aucun leader de parti politique de l’opposition, aucun parti politique de l’opposition ne semble avoir la moindre idée à ce propos et ne la propose depuis 1990.

               Le second problème de l’opposition gabonaise réside dans le fait qu’elle est représentée par un trop grand nombre de partis politiques : environ 40. Pour moi, cela fait désordre, un désordre voulu et entretenu par les gestionnaires de l’Etat, les militants du PDG, qui permettent l’existence de quelque 60 partis politiques dans ce petit pays de 2.000.000 d’habitants environ, dont quelque 800.000 électeurs. Ceci est-il susceptible de nous conduire vers la création de la nation gabonaise, l’une des missions assignées à l’Etat gabonais lors de son accession à la souveraineté internationale ? Mais ce désordre semble aussi « arranger » les leaders des partis politiques de l’opposition qui, non seulement n’ont jamais critiqué cette situation, mais dont aucun n’a un discours susceptible de rassembler le plus grand nombre de partis politiques de l’opposition, le plus grand nombre des électeurs désireux de changer le mode de gestion de l’Etat. Mieux et pendant tout le temps où nous avons institué le scrutin à un seul tour, les leaders des partis politiques de l’opposition n’ont pas mis cette mesure à profit pour se regrouper en 2, 3 partis politiques, à défaut d’un seul qui soit l’alter ego du PDG. Le résultat est qu’ils ne sont pas nombreux ceux d’entre eux qui sont représentés dans les différentes assemblées du pays, qui gèrent une collectivité locale et apportent ainsi la preuve de leurs capacités à gérer l’Etat. Ce grand nombre de partis politiques de l’opposition se traduit nécessairement par un aussi grand nombre de discours politiques qui s’opposent entre eux et font cacophonie pour l’électeur moyen, incapable de choisir dans ce grand ensemble. Parce qu’ils ont échoué dans leur tentative d’accéder à la gestion de l’Etat par eux-mêmes, les leaders des partis politiques de l’opposition, presque tous d’anciens hiérarques du PDG, sont disposés, acceptent volontiers, « Bantous » jusqu’au bout des ongles, de « partager le pouvoir » (une manière comme une autre de revenir au PDG) avec le vainqueur de l’élection présidentielle, d’aller le servir, l’aider à appliquer son « projet de société » qu’ils combattaient hier. Cela leur a-t-il permis, depuis 1991, d’infléchir la gestion de l’Etat vers plus de rigueur ?

                         L’opposition gabonaise doit donc savoir qu’en régime de démocratie pluraliste, elle est partie prenante dans la gestion de l’Etat, parce qu’elle est censée représenter une partie non négligeable du peuple souverain, que les gestionnaires actuels de l’Etat ne peuvent se permettre d’ignorer. En conséquence, elle doit s’organiser pour jouer correctement sa partition, c’est-à-dire : (1) se rassembler autant que faire se peut en 2, 3 partis politiques de l’opposition, quand il n’est pas possible d’en former un seul qui soit l’alter ego du PDG ( c’est, indubitablement, du PDG que les différents gestionnaires de l’Etat tirent leurs forces) et mettre en commun tous les moyens, financiers et humains, nécessaires à l’existence de ces partis ; (2) avoir un discours politique qui prend le contrepied de celui du  PDG et propose au peuple gabonais un cadre, un contexte institutionnel différent de celui qu’impose le PDG depuis plus de 25 ans et qui est un échec ; (3) mettre sur pied une stratégie pour la conquête du pouvoir dans laquelle s’intègrent l’utilisation des médias, autant pour présenter ses critiques et ses contre-propositions de solutions en matière de gestion de l’Etat, que pour se faire connaitre du peuple souverain qui choisit ses représentants à travers des élections libres et transparentes, la représentation dans les institutions constitutionnelles non-électives et donc non-partisanes et la participation à toutes les élections organisées dans notre pays.

               Parce qu’elle s’est faite dans les conditions que j’ai décrites et critiquées ci-dessus, la course au pouvoir de tous ces leaders, de tous ces partis politiques de l’opposition est un échec depuis 1990. Peut-être le moment est-il venu de changer son fusil d’épaule, non pas à la manière de Paul MBA ABESSOLE courant de branche en branche à la poursuite du singe qu’il n’a jamais réussi à abattre, étant devenu singe lui-même, mais de manière plus intelligente, par exemple, en participant, en édictant, en proposant, dans un premier temps, des règles plus sérieuses, plus correctes pour la gestion des élections.

                                                                                          ABOGHE  Jean-Grégoire

                                                                                            Citoyen Lambda.

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