Les privilégiés d’un demi-siècle décrètent la guerre à d’autres

Les privilégiés d’un demi-siècle décrètent la guerre à d’autres

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 Le septennat d’Ali Bongo se termine sous le sceau de l’égalité des chances et de la fin des privilèges ; objectifs on ne peut plus louables. A saluer.

Seulement voilà, depuis près d’un demi-siècle, il n’y a qu’une seule famille qui accumule les privilèges en terre gabonaise, celle des Bongo. Parvenu au pouvoir en 1968, après avoir été repéré par les réseaux ‘’foccariens’’  de la Franc’ Afrique, Bongo ‘’père’’ s’est assis sur une mine d’or qu’il a exploité à satiété et avec boulimie ; laquelle mine d’or a pour nom Gabon.

Pays immensément riche, le Gabon est un véritable scandale géologique. Le pétrole y a coulé depuis 1955, date de la découverte de l’Ozouri, premier gisement d’hydrocarbures mis en exploitation au large de l’Île Mandji, dans l’Ogooué-Maritime. Les compagnies pétrolières l’ont exploité jusqu’à son épuisement, engrangeant des dividendes financières qui auraient pu faire du pays un Eldorado. Ce qui n’a pas été le cas, en témoigne l’extrême pauvreté dans laquelle vivent ses populations. Seule une famille en a bénéficié des miettes. Et en matière d’exploitation et de vente du pétrole, les miettes se chiffrent en pétrodollars.

Avec ces pétrodollars, Bongo-père s’est engraissé pendant 42 ans, en donnant à ses parents le train de vie de celle d’une famille royale du golfe persique. Il en a également profité pour asseoir et consolider son pouvoir en achetant les consciences de ses opposants. Très peu y ont résisté. Le trésor laissé à sa progéniture fait scandale sous d’autres cieux, des organismes internationaux, comme Transparancy international et Sherpa n’ayant pas hésité de dénoncer ces ‘’biens mal acquis’’. L’affaire fait grand bruit, les procès restent pendants et certains desdits biens se retrouvent aujourd’hui sous scellés en France, par exemple.

La fin des privilèges ne sera donc effective que lorsque ces biens seront rétrocédés au peuple gabonais.

Il n’y avait d’ailleurs pas, rien que le pétrole au Gabon. Son sous-sol regorgeait des minerais tels le manganèse, l’uranium, l’or qui dégageaient des plus values qui auraient permis d’atteindre un niveau de développement à la lisière de pays qualifiés aujourd’hui ‘’d’émergents’’. Il n’en fut rien. Non seulement ces minerais n’ont profité qu’à certains pays étrangers, mais aussi les miettes qui revenaient au pays tombaient essentiellement dans les poches de Bongo-père qui en profitait, là aussi, pour donner à sa famille le train de vie digne de celle d’un émirat.

Lorsqu’on ajoute à toutes ces plus values découlant de l’exploitation et de la vente des hydrocarbures et des minerais, celles issues du bois, on comprend dès lors pourquoi parle-t-on de ‘’biens mal acquis’’, en comparant la fortune des Bongo, à l’extrême pauvreté dans laquelle vit une majorité de Gabonais.

Et voilà pourquoi le slogan à la mode, ‘’l’égalité des chances’’, peut être considéré comme une insulte à l’endroit de ces nombreux Gabonais, traités jadis des ‘’chiens’’ qui aboyaient, pendant que la caravane état entrain de passer. Et dans cette caravane se trouvaient de nombreux billets de banque en pétrodollars, de l’or, ainsi que d’autres biens provenant de la vente des richesses du sol et du sous-sol gabonais.

Quelle égalité des chances peut-il avoir entre une famille, celle des Bongo qui attend des dividendes financières de sa holding, Delta Synergie, par exemple,  et celle qui attend un modique salaire mensuel ne lui permettant de faire face à ses nombreuses charges locatives, d’eau et d’électricité, de se soigner et d’assurer la scolarité de ses enfants ?

D’ailleurs, la chance étant quelque chose d’aléatoire, doit-on parler d’égalité des chances dans une république, en lieu et place d’égalité devant le droit ? Il s’agit ici du droit d’avoir un logement décent ; de manger à sa faim ; de boire de l’eau potable ; d’être éclairé grâce à l’électricité ; de se soigner lorsque l’on est malade ; d’avoir un emploi ; d’être scolarisé et formé. Ce sont tous ces droits qu’une république doit garantir à ses citoyens, et non la chance qui, rappelons-le, est une donnée aléatoire, et donc relevant de la probabilité.

En revenant sur la notion de privilège, il est évident que pendant près d’un demi-siècle de règne des Bongo, il n’y a que cette famille qui a eu droit à des privilèges.

D’où le procès de ‘’perte de privilèges’’ fait à ceux qui ont eu à collaborer avec ladite famille, et qui ont décidé de s’en éloigner, tout en devenant de farouches opposants. En d’autres termes, être avec la famille royale des Bongo est synonyme d’être privilégié, même si tout Gabonais, quelque soit le niveau de responsabilité, a droit à un salaire ; et s’opposer à cette famille royale est synonyme de perte de privilège.

Il s’agit là de toute une conception de la République.

Kare Back

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