Les pièges déjoués par l’opposition gabonaise

Les pièges déjoués par l’opposition gabonaise

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Tirant les leçons des expériences vécues, l’opposition gabonaise à cette fois-ci, déjouer certains pièges que le système Bongo-PDG a l’habitude de lui tendre.

Le premier de ces pièges est celui du vote ethnique. Il consistait à faire replier la communauté ethnique fang autour de l’un des leurs tout en l’indexant comme qui se veut hégémonique, conquérante et dominatrice. Les Fang ont l’appétence du pouvoir, entendait-t-on dire, « ils veulent prendre le pouvoir et écraser toutes les autres ethnies du Gabon », soutenait-t-on encore. Du coup, ces autres ethnies du Gabon, hésitaient de voter un candidat fang et préféraient jeter leur dévolu, sur un des leurs, même si c’est ce candidat Fang  qui présentait toutes les chances de l’emporter. Moralité, les Fang étaient devenus un véritable obstacle à l’alternance au Gabon. Même lorsque l’un d’eux était sur le point de l’emporter à l’issue d’une élection présidentielle, on s’arrangeait à lui barrer la route non seulement en distribuant des voix qui lui revenaient à d’autres candidats, mais aussi, et gravissime, à perpétrer un coup de force comme en 1993 et en 2009, avec Paul Mba Abessole et André Mba Obame.

Cette année 2016, en votant massivement un candidat non Fang dans des provinces où ils sont majoritaire comme le Woleu Ntem et l’Estuaire dans une moindre mesure, les Fang ont prouvé que le plus important pour eux est le Gabon et non le fait que l’un d’eux soit porté à la tête de l’Etat. Et pourtant, des candidats Fang, il y en avait. Raymond Ndong Sima, Paul Mba Abessole, Gérard Ella Nguema, Dieudonné Milama Mithoghe. Ces derniers n’ont même pas pu récolter rien que le 100e des voix dans ce qui pourrait être considéré comme leurs bases sociologiques, par rapport aux suffrages exprimés à la faveur de Jean Ping, un Nkomi d’Etimboué.

Le leadership de ce dernier au sein de l’échiquier politique national a donc transcendé les clivages ethniques et provinciaux et relégué en toute dernière position le vote ethnique. Aspirant majoritairement à l’alternance et au changement, les Gabonais se sont débarrassés et toutes considérations ethniques et provinciales en mettant en avant l’intérêt national. Raison pour laquelle Jean Ping est sorti vainqueur dans les urnes dans 6 provinces sur les 9 que compte le pays. Faire fi d’une telle donne pour ne privilégier que les intérêts d’une famille aux commandes dudit pays depuis près d’un demi-siècle, c’est œuvrer à la désintégration du tissu social, lequel pays s’en remettrait difficilement.

Le deuxième piège déjoué par l’opposition gabonaise est celui d’une candidature unique. Jusqu’au 16 aout 2016 dernier, le système PDG-Bongo s’est toujours servi de la multitude de candidatures de l’opposition comme argument pour justifier ses coups d’Etat électoraux, arguant que ses candidats ne pouvaient que l’emporter face à ces nombreux candidats de l’opposition. Ainsi distribuait-on souvent des voix à certains de ces candidats pour justifier le pourcentage de celui du système. Cette fois-ci, avec le désistement de Guy Nzouba et de Casimir Oye Mba à la faveur de Jean Ping, la manœuvre n’a plus été possible et cela mis les émergents dans l’embarras.

Il ne leur restait que le piège du Haut-Ogooué. Le système PDG-Bongo s’en est toujours servi comme variable d’ajustement pour rattraper et constater l’écart de son candidat avec son principal challenger. Raison pour laquelle les résultats des élections de cette province ont toujours été donnés en dernier lieu. Là encore, la ficelle a été trop grosse pour qu’elle ne soit pas perçue. La manœuvre a été, cette fois-ci grossière et grotesque au point de créer la panique au niveau des différentes sphères du pouvoir.

Une panique qui a poussé le Ministre de l’intérieur à rendre public des chiffres qui n’ont rien à voir avec les résultats proclamés par le gouverneur de cette province, Jacques Denis Tsanga, pour ne pas le nommer.

Tous ces pièges déjoués ouvrent la voie de l’alternance et ce ne sont pas les 9 Conseillers membres de la Cour Constitutionnelle qui la bloqueront de nouveau.

F B 

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