Les contours d’un dialogue décrié, mais incontournable . Les Gabonais ne referont...

Les contours d’un dialogue décrié, mais incontournable . Les Gabonais ne referont pas la roue

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Il faut bien, d’une manière ou d’une autre, que le Gabon sorte d’une crise dans laquelle il est englué depuis 2009. Elle couvait déjà bien avant, mais c’est la dévolution dynastique à laquelle l’on a assisté cette année qui l’a aggravée. Pendant 7 ans, des voix s’étaient levées çà et là pour lancer des appels à des retrouvailles nationales. Dès 2001, relayé par d’autres forces vives du pays, après en avoir décidé du principe à Paris, sur conseils de certains acteurs politiques français, feu André Mba Obame lança l’idée d’une Conférence nationale Souveraine.

Beaucoup qui se  disent aujourd’hui hostiles à tout dialogue avec comme interlocuteur Ali Bongo Ondimba en firent un large écho. Pendant près d’un an, ils dansèrent au rythme des tam-tams, des grelots et autres casseroles vides pour faire entendre leurs voix. Le lieu de rassemblement fut la Cour de l’Eglise de feu Ernest Tomo, à Nzeng Ayong. Ils ne baissèrent leurs voix que lorsqu’ils se rendirent compte que le principal intéressé, Ali Bongo Ondimba, restait sourd muet et totalement indifférent. Qu’est-ce qui explique alors que les mêmes qui voulaient se retrouver avec ce dernier, au cours d’une Conférence nationale souveraine, soient aussi aujourd’hui les mêmes qui piquent des crises d’urticaire dès que quelqu’un évoque l’éventualité d’engager des discussions avec lui, dans le cadre d’un dialogue politique national ? : « C’est un tueur, un imposteur, un usurpateur, quelqu’un, qui ne respecte pas sa parole et qui a le sang de nombreux Gabonais sur les mains », entend-t-on dire.

En 2009, n’a-t-il pas été le même ‘’tueur’’, ‘’imposteur’’, celui-là qui aurait fait massacrer de nombreux Gabonais à Port-Gentil ? Pourquoi ce qui était valable à cette époque et qui exigeait la tenue d’une Conférence nationale Souveraine ne l’est-il pas aujourd’hui ?

Les Gabonais, du moins ceux qui se disent favorables au dialogue ne referont pas la roue. Des dialogues politiques ont eu lieu et se  tiennent toujours dans beaucoup de pays d’Afrique et du monde traversant des crises : Centrafrique, Burundi, République démocratique du Congo, Mauritanie, Haïti, pour ne citer que ces quelques exemples.

Dans tous ces pays, un dialogue politique a mis ou met en présence des forces politiques et sociales d’intérêts différents qui s’engagent à se pencher sur une ou des question (s) dont les enjeux sont mutuels, mais pas nécessairement communs. Ce qui revient à dire que ces forces ont, à un moment donné, des positions et des points de vue différents sur les problèmes à débattre.

En d’autres termes, un dialogue politique permet aux participants de débattre de problèmes du point de vue des uns et des autres. Ce qui les conduit à une meilleure compréhension desdits problèmes, laquelle compréhension peut être porteuse d’améliorations significatives des questions débattues.

C’est vrai qu’au sein des forces d’un même bord politique et entre les camps opposés (majorité et opposition), existent des divergences et des contradictions, mais le dialogue politique doit préalablement, pouvoir identifier ces divergences et contradictions et chercher à cerner les domaines où il est dans le meilleur intérêt de tous d’apporter des améliorations et des réformes.

Tout ceci apparaît théorique, et revenons à la situation du Gabon. Depuis l’accession du pays à la Souveraineté internationale, le pays a vécu des évènements parfois dramatiques : Coups d’Etats ratés, assassinats politiques, monopartisme et son cortège de privations de  libertés individuelles et collectives. On n’a jamais réellement fait l’autopsie de toutes ces péripéties dans le but de réconcilier les Gabonais entre eux, et avec eux-mêmes. Un dialogue politique national n’est-il pas l’occasion de s-y atteler ?

Sur tout un autre plan, plus de 56 ans après cette accession du Gabon à la souveraineté internationale, le pays accuse toujours un énorme déficit en matière de démocratie. Non seulement la loi fondamentale actuellement en vigueur verrouille la voie de l’alternance et porte les germes d’une monarchie, mais aussi les conditions dans lesquelles sont organisées et proclamées les élections conduisent à des récurrentes crises. N’ ya-t-il pas là des sujets à débattre au cours d’un dialogue politique ?

Pays nanti de richesses du sol et du sous-sol, le Gabon est aussi, et paradoxalement, l’un des pays en Afrique et au monde où s’accentue la paupérisation de la population. Le travail est insuffisamment rémunéré et ces richesses très inégalement réparties. Ce qui creuse de plus en plus l’écart entre une infime minorité qui mène un train de vie opulent et ostentatoire, et la majorité de cette population. Une telle situation explique les récurrentes grèves, plus particulièrement dans les secteurs de l’éducation nationale et de la santé.

Avec  à peine un millions huit cent mille d’habitants, le Gabon ne doit-il pas assurer à chaque famille les droits au logement, à la santé, à l’éducation, à une alimentation seine et aux loisirs ? Voilà une problématique qui doit être posée au cours d’un dialogue politique national.

En dehors de ces principaux sujets à débattre, on peut ajouter les restrictions et les violations des libertés fondamentales, l’instrumentalisation des forces de défense et de sécurité, ainsi que des médias de service public, dans ce chapelet des questions à soumettre à la discussion, lors d’un dialogue politique national.

C’est donc bien dommage que des acteurs politiques de premier rang, d’aucuns se disant bardés de doctorats en sciences politiques, ne puissent pas cerner les contours d’un dialogue politique national et l’assimilent à un ralliement au pouvoir en place.

F Bounda

 

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