L’embrouillamini politique gabonais . On n’est guère sorti des l’auberge

L’embrouillamini politique gabonais . On n’est guère sorti des l’auberge

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Les résultats de l’élection présidentielle du 27 août 2016 dernier sont connus. Ils ne prêtent à aucune confusion, spéculation, ni supputation. C’est le candidat Jean Ping qui en est sorti vainqueur dans les urnes. Bien malheureusement, et au détriment de la démocratie et de l’Etat de droit, René Aboghe Ella, Pacôme Moubelet, Marie Madeleine Mborantsouo et les 8 autres membres de la Cour Constitutionnelle en ont décidé autrement. Appuyés par toute une armada de troupes d’élite, ils ont proclamé Ali Bongo vainqueur par les armes, en mâtant dans le sang toute velléité de contestation de cette élection.

Inutile de revenir sur le nombre de morts, de disparus, de personnes arbitrairement arrêtées et jusqu’à ce jour incarcérées. Une chose néanmoins paraît évidente, les auteurs de tous ces actes iniques et odieux ne les ont pas posés pour qu’en fin des comptes, un rapport, fut-il accablant, de l’Union européenne vienne déloger Ali Bongo du fauteuil présidentiel. Et il ne suffit pas de clamer haut et fort qu’on « ira jusqu’au bout » pour sortir de la crise postélectorale dans laquelle est engluée le pays depuis le 31 août 2013, encore faudrait-il désigner ce ‘’bout’’ et dire quel chemin emprunter pour y parvenir, et avec quels moyens.

Toutes les forces ayant soutenu le candidat Jean Ping à la dernière élection présidentielle se sont uniquement préparées à le voter massivement et lui garantir une victoire par les urnes. C’est ce qui a été fait. Elles n’étaient prêtes à s’insurger, surtout pas militairement, au cas où cette victoire leur serait volée. Et la question de savoir ce qu’il en serait si  coup d’Etat électoral il y a ? Inlassablement, et invariablement, Jean Ping répondait : « Allez voter, je ferai le reste ».

Plus de deux mois après la proclamation des résultats par la Cour Constitutionnelle, c’est l’embrouillamini totale. Dans cette dernière, il y en a qui refusent de prendre acte du fait que c’est Ali Bongo qui s’est installé, par la force, à la tête de l’Etat. Ils croient à une inversion des résultats, suite à ce fameux rapport que rendra public l’Union européenne. Dans le même temps, tout en adoptant cette posture, ils n’écartent pas l’éventualité de prendre part aux élections législatives en vue, même si ces dernières seront organisées par ce pouvoir qu’ils refusent de reconnaître l’existence.

Du coup, ils en sont à des incohérences qui consistent à soutenir que dialoguer avec le pouvoir d’Ali Bongo serait synonyme de le légitimer, cependant que prendre part à des élections législatives que le même pouvoir d’Ali Bongo organisera, c’est poser un acte constitutionnel, oubliant que si la constitution peut prévoir les dates, les mandats des élus du peuple, il lui est impossible de prévoir des crises politiques pouvant forcer à dialoguer.

Parce que, c’est bien de cela qu’il s’agit. Un dialogue entre forces protagonistes ou antagonistes n’est envisageable que s’il y a crise. Telle est la situation que vit le Gabon depuis le 31 août 2016 denier. Une situation que ne peut prévoir aucune loi fondamentale.

Ces incohérences sont incontestablement liées à une recherche de sortie d’impasse et traduisent la mauvaise foi dont font preuve certains acteurs de la vie politique gabonaise dont le mobilisme et l’infantilisme sont des marques de fabrique. Ceux-là qui s’obstinent et refusent de reconnaître que la seule sortie de l’actuelle crise politique postélectorale est le dialogue entre forces vives du pays.

Sans avoir dialoguer avec qui que ce soit de 2007 à 2009, Ali Bongo n’est pas moins resté au pouvoir en faisant subir aux Gabonais les effets néfastes des politiques menées au double plan économique et social. Il n’était donc pas plus ou moins légitime ces sept années qu’il pourrait l’être sui dialogue il y a.

En d’autre termes, ayant pris le pouvoir par la force en 2009  et ne s’étant pas ouvert au dialogue par la suite, cela ne l’a empêché de gouverner le pays en toute légalité, sept années durant.

F Bounda

 

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