Accueil Politique Législatives partielles : L’étrange revirement de Jean Ping

Législatives partielles : L’étrange revirement de Jean Ping

PARTAGER
Jean Ping/ ©DR

Que peut escompter Jean Ping de son revirement sur la question de la participation à des élections avant de –pour reprendre ses propres mots- « récupérer » son fauteuil présidentiel illégitimement occupé par Ali Bongo Ondimba ?

Après avoir décidé de ne pas soutenir ses alliés de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) lors des législatives générales de 2018, Jean Ping vient de se fendre d’une déclaration pour les partielles actuelles où il demande  « à tous les patriotes, à tous les Gabonais épris de démocratie et de justice de bien vouloir […] apporter un soutien total » à ses amis de la CNR. La transition à 180° du boycott général à l’actuel soutien partiel s’appelle un revirement. Et il pose une question de fond. Celle des fondements de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR). Un confrère rappelait, la semaine dernière, les mots de Jean Ping en décembre 2016 lors de la clôture du Dialogue National Pour l’Alternance (DNPA) qui s’est tenu sous son haut patronage. Ses propos ne souffraient alors d’aucune ambigüité. Il y était question de « récupérer par tous les moyens appropriés, la victoire qui nous a été volée par les imposteurs qui se sont installés par effraction à la tête de l’Etat. Je le redis ici avec force et conviction : toutes les hypothèses ont été examinées et mises sur la table. Rien n’a été négligé. Je dis bien rien. ».

En 2018, la revendication de leur autonomie de décision par trois des principaux partis de la CNR, l’Union nationale, les Démocrates, et le Rassemblement Héritage & Modernité, rompant avec l’esprit de résistance de décembre 2016, a fini de scinder la CNR en deux sur la question de la participation ou pas aux élections législatives et locales. Face au trio participationniste,  onze autres partis et mouvements, du Parti Gabonais du Progrès (PGP), le parti de Jean Ping, à l’Union pour le Progrès et la Liberté (UPL) présidée par le Dr Edouard Engohan Aloghe, en passant par le MOSIRES de Jean Eyeghe Ndong et autres Parti Souverainiste et Ecologiste (PSE) de Francis Aubame, tous favorables au boycott général des élections de 2018..

Aujourd’hui, le retour à de meilleurs sentiments entre Jean Ping et deux des trois présidents qui lui avaient tourné le dos, Myboto et Chambrier, ne saurait laisser indifférents les onze qui, depuis 2016, et même avant pour certains, ont soutenu sans discontinuer la candidature de Jean Ping. En effet, si pour ce dernier, il est devenu partiellement juste aujourd’hui de participer à des élections  sans plus poser comme préalable la récupération de la victoire volée, quelques explications seraient utiles pour comprendre les raisons qui ont motivé la première position.

D’autant que ni Ping ni son cabinet n’ont trouvé utile de communiquer sur cette récente évolution participationniste du président élu. Ce qui ne fait aucun doute pour beaucoup qui interprètent la visite de Jean Ping chez Pierre Claver Maganga Moussavou (PCMM) comme destinée à servir les intérêts du candidat Maurice Mabiala du Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM) à Mouila, ainsi que ceux de Gwladys Moulengui  du Parti Social-Démocrate (PSD) à Mimongo. Ping en représentant placier de RPM chez l’ex-VPR. Pour d’autres, Maganga Moussavou, catalogué comme politiquement infréquentable ne méritait pas que Jean Ping se déplaçât jusqu’au domicile de l’ancien vice-président d’Ali Bongo Ondimba dont PCMM avait nié la victoire après avoir félicité Ping au soir du 27 août 2016 pour finalement participer au Dialogue Politique d’Angondje qui devait le propulser VPR.

A la décharge du diplomate Jean Ping, il faut bien en convenir, l’infréquentabilité en politique n’existe pas. Jean Ping ne saurait être condamnable pour avoir discuté politique avec PC Maganga Moussavou. Les duos historiques Mao-Tchang Kaï Chek, Mandela- De Klerk, Kabila-Tschikedi, et Mba Abessole-Omar Bongo, pour ne citer que ceux-là,  sont là pour nous rappeler que Ping n’aura pas été le premier à reprendre langue avec son adversaire d’hier.

La question de fond concerne plutôt l’avenir de la CNR. En effet, si la ligne de décembre 2016, dégagée par le Dialogue Nationale Pour l’Alternance, celle de la Résistance, n’est manifestement plus de mise, et que l’on peut désormais participer à toutes les élections organisées par la « junte » qui a « volé la victoire », quels sont donc à présent les fondements nouveaux de la Coalition de Jean Ping ?

Stéphane MWAMEKA

PARTAGER