Le pouvoir de Libreville Sur les traces de Kadhafi

Le pouvoir de Libreville Sur les traces de Kadhafi

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L’homme s’était pourtant publiquement insurgé contre le Guide lybien qui ‘’tirait sur son peuple’’.

En répondant à une question des journalistes sur le bombardement de la Lybie sous Mouammar Kadhafi,  par l’OTAN, action militaire soutenue par le Gabon, Ali Bongo, invité sur le plateau de Vox Africa pendant la récente campagne électorale, a déclaré : «Je ne pouvais pas laisser un président tirer sur son peuple.» La ferveur de la campagne électorale terminée et malmené dans une élection présidentielle qu’il disait en poche, l’homme a retrouvé sa véritable nature : conserver le pouvoir, même au prix du sang.

En témoigne cette attaque meurtrière dans la nuit du 31 août dernier au quartier général de campagne de Jean Ping. Comme tous les soirs, après le 27 août, jour du vote, les partisans de Jean Ping, ne désemplissaient pas ce lieu de retrouvailles politiques. Ils étaient donc nombreux au QG en cette nuit macabre où les forces de défense et de sécurité et les mercenaires, selon Jean Ping, avec la bénédiction d’Ali Bongo et son gouvernement, ont mitraillé au sol comme en l’air par hélicoptère, l’immeuble qui fait office de quartier général du candidat unique de l’opposition. Jusque-là, on ignore le réel bilan de ce massacre sans précédent dans l’histoire politique gabonaise.

Ici, la question est de savoir si un chef d’Etat, soit-il, Ali Bongo,  est autorisé à donner l’ordre de tirer sur des personnes sans armes et enfermées dans un lieu privé? En tout cas, nonobstant les  élucubrations faites par le pouvoir pour se justifier, le crime est là. Et il ne saurait resté impuni. Pour cela, il faut une enquête indépendante, afin de rétablir la vérité sur le vrai bilan de ce que les personnalités politiques présentes à l’intérieur de l’immeuble au moment des faits décrivent comme une hécatombe : «Ils tiraient à la mitraillette sur toutes les pièces du bâtiment et les personnes tombaient », nous a décrit l’une des personnalités séquestrées.

Deux dossiers sont donc sur la table de la communauté internationale : «l’anomalie évidente » sur les résultats truqués du vote dans la province du Haut-Ogooué, selon la mission d’observation de l’Union Européenne et le massacre perpétré au QG de Jean Ping qui aurait fait de dizaines de morts et plusieurs blessés, selon plusieurs temoins.

D’ailleurs,  l’opacité avec laquelle le pouvoir gabonais a entamé le traitement de ce dossier, démontre qu’il y aurait des choses à cacher. Autrement dit, en quoi un prétendu procès de casseurs et pilleurs se tiendrait en amont comme en aval, sans que les proches des présumés accusés ne soient autorisés à y assister, comme cela se passe depuis leurs arrestations ? Que cache-t-on ? Le flou est si grave que même la France, par l’intermédiaire des services consulaires du Gabon, demeure sans nouvelles d’une quinzaine de ses ressortissants.

Vouloir noyer un crime de sang, qui devrait ouvrir les portes de la CPI à leurs auteurs et commanditaires, en évoquant la présence d’un informaticien ivoirien, chargé de la centralisation des résultats du scrutin,  dans le QG de Jean Ping, alors même que  le pouvoir emploie des personnes étrangères dans les écoutes téléphoniques du Silam et d’autres activités connexes à l’ancien immeuble de la RTG, est une diversion de très mauvais goût.

M.N

 

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