Le délire collectif de l’aristocratie émergente . Comme des cris de détresse

Le délire collectif de l’aristocratie émergente . Comme des cris de détresse

172
0
PARTAGER

On aurait tout entendu de l’aristocratie émergente en plein naufrage. Dans la sagesse populaire, il est conseillé de ne pas scruter au point de chute, mais plutôt là où l’on a commencé à buter et à trébucher. Aujourd’hui, l’accent est beaucoup mis, par elle, sur les violences post électorales, avec l’habile objectif de détourner l’opinion des causes réelles de cette violence.

Jusqu’à mercredi 31 août dernier, les Gabonais ont toujours été pris pour des femmes et des hommes lâches, indolents, avec un pacifisme qui frise cette extrême lâcheté. Le pouvoir des Bongo ‘’père’’ et ‘’fils’’- a toujours misé sur ces caractéristiques pour s’imposer, avec la conviction qu’il suffirait de faire péter quelques bombes lacrymogènes ou assourdissantes pour que les uns et les autres se mettent dans leurs petits souliers. Quelques chars et automitrailleuses dans les rues, le tour est joué, toute velléité de contestation d’un coup de force électoral prend fin.

Et pourtant, en 1990, suite à l’assassinat de Joseph Redjembè Issani, la colère qui s’est emparée des Gabonais a failli empoter le régime de feu Omar Bongo Ondimba. A Libreville, à Port-Gentil, et même partout ailleurs, le pays fut mis à feu et à sang. A la répression aveugle des forces de défense et de sécurité, s’étant opposée une farouche résistance d’un peuple aux mains nues. Des édifices furent éventrés et brûlés, des véhicules caillassés et endommagés, et l’on avait frôlé le pire.

En 1993, ce fut le premier coup de d’Etat électoral perpétré par la dynastie des Bongo. Le peuple gabonais qui venait de jeter son dévolu sur Paul Mba Abessole, en lui confiant les rênes de l’Etat, se remit en colère. Une colère qui se solda, en février 1994, par les fameux ‘’Accords de Paris’’. Les dégâts, tant humains, que matériels, furent inestimables. Soulignons que l’on est toujours là, avec un même pouvoir, celui incarné par la dynastie des Bongo, face à un même peuple opprimé pendant un demi-siècle.

Le mercredi 31 août 2016 dernier, c’est un autre épisode d’un même feuilleton qui a été vécu. Toujours battu dans les urnes, les ‘’Bongo’’ tiennent à s’accrocher au pouvoir, telles des sangsues, même au prix des assassinats de Gabonais.

Depuis le 31 août dernier, il est difficile de savoir exactement, combien de personnes ont-elles été tuées au Gabon. Selon les autorités, il n’y a que 3, cependant que l’AFP avance le chiffre de 7. Etant donné que plusieurs familles sont sans nouvelles de leurs membres, il est difficile d’en être fixé. Et dans tous les cas, on ne sera pas loin du chiffre d’une centaine de personnes tuées. En prenant d’assaut le Quartier Général de Jean Ping, le ministre de l’intérieur prétend que les forces de défense et de sécurité ont essuyé des tirs. Puisque ledit siège a été investi et fouillé de fond en comble, pourquoi ne présente-il pas les armes saisies au vu et au su de tout le monde ?;

La violence postélectorale n’est donc que la conséquence du coup de force qu’Ali Bongo et ses affidés ont tenté de perpétré de nouveau pour se maintenir au pouvoir, au mépris de la volonté de parvenir à l’alternance exprimée par les Gabonais dans les urnes. N’insister que sur ce seul aspect, celui de la violence, tout en usant de la désinformation et de l’intoxication médiatique, c’est comme qui casserait le thermomètre pour faire baisser la fièvre, au lieu de soigner le mal à l’origine.

Le problème réside au niveau de la falsification des résultats électoraux de la province du Haut Ogooué par René Aboghe Ella et Pacôme Moubélet Boubeya. La communauté internationale, à Paris, Bruxelles, Washington, sait que les résultats proclamés par le Ministre de l’intérieur ne sont pas conformes à ceux issus des urnes. Si donc tant est que les chiffres n’ont pas été falsifiés, pourquoi alors refuser que l’on procède au recomptage de voix, comme l’exige cette communauté internationale ?

Coincés et poussés dans ses derniers retranchements, Ali Bongo et ses amis ‘’fondamentalistes’’- le qualificatif est de Séraphin Moundounga- crient à ’’ l’ingérence étrangère’’. Et pourtant, pour se prévaloir d’une bonne foi de transparence, c’est bien le gouvernement gabonais, sans qu’il en soit contraint, qui a fait venir les observateurs de l’UE et de l’UA, et non Jean Ping ou quelque autre opposant.

Ces observateurs, comme l’indique leur qualificatif, ont alors bien observé ce qui s’est passé, ce en toute objectivité. Raison pour laquelle tous exigent un recomptage des voix, notamment dans le Haut Ogooué. Ali et les siens n’en veulent pas, s’abritant derrière un vide juridique qui ne l’autorise pas et qui ne l’interdit pas non plus.

Et nous sommes là en pleine crise politique. Laquelle couve au Gabon depuis des années et qui était niée par certains fondamentalistes intégristes de l’aristocratie émergente gabonaise. En tant que crise politique, elle ne peut donc connaître qu’un dénouement politique. Pour y parvenir, il faut un recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote, devant les observateurs internationaux, la société civile, le clergé gabonais, la CENAP et les deux camps politiques, le tout sous l’arbitrage de l’ONU.

Si tant est que du côté du pouvoir, l’on a rien à se reprocher, pourquoi ne pas se plier à cette exigence ? Comme quoi, le voleur est celui qui refuse de se faire fouiller les poches et les sacs.

K.B

 

Facebook Comments

AUCUN COMMENTAIRE