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Jean Ping n’est pas le problème

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Jean Ping.

Au cœur du problème gabonais, il y a toujours eu les Bongo et leur permanence à la tête de l’Etat. Un demi-siècle de bongoïsme interdit logiquement de sous-entendre, comme le suggèrent certains titres de la presse gabonaise, qu’il se confondrait avec le parcours politique de Jean PING du fait que ce dernier a passé près de 30 ans à accompagner ce système.

Nous parlons de « suggérer » parce qu’il n’est pas rare de lire ces temps-ci que, finalement, la bataille politique menée par cet ancien baron du système Bongo depuis 2014 ne se résumerait qu’à des conflits personnels avec la famille Bongo. Curieusement, ce point de vue est diffusé et amplifié, ces jours-ci, alors que, dans le même temps, de gros nuages de divergences à propos d’une participation ou pas aux législatives planent sur la Coalition pour la Nouvelle République.

Malgré leurs « ADN » bongoïstes et pédégistes, Myboto, Mba Obame, Eyeghe Ndong, Oye Mba, Adiahenot, Ndemezo’Obiang, Barro Chambrier, Menga m’Essone, Ntoutoume Emane, Nzouba Ndama, et nous en passons très certainement, ont été accueillis dans l’opposition comme des personnalités favorables à une rupture avec le passé. Pourquoi, aujourd’hui, d’aucuns veulent insister sur le fait qu’eux n’ont aucun problème personnel avec Ali Bongo ou encore que les premiers pas de Jean PING en politique ont consisté d’abord à défendre sa famille biologique ?

Ce prisme analytique est terriblement réducteur. Les débats sont pourtant limpides au Gabon. Une seule famille monopolise l’Etat. 6 présidentielles et 3 législatives après (de 1990 à aujourd’hui) aucune élection n’a pu l’en déloger. Même la forte et efficace présence d’observateurs internationaux, notamment européens a échoué à lui faire reconnaître officiellement sa défaite, une fois de plus, dans les urnes.

Le problème auquel est confronté le peuple gabonais n’est pas tant de savoir par quelle opération du St Esprit, cette fois- ci, sur la base d’un one man one vote irréprochable, la majorité l’emportera sur la minorité. D’autant que les concessions faites par Ali Bongo Ondimba et les dialogueurs d’Angondjé n’arrivent pas à la cheville de la résolution du parlement européen sur le Gabon. En effet, malgré les garanties de transparence auxquelles nous invite à croire Maganga Moussavou, tout le monde sent bien que si le verrou sécuritaire central garantit l’accès à la tête de l’Etat aux seuls Bongo – la présidentielle -, il a nécessairement ses déclinaisons aux verrous des étages en dessous. Au pifomètre, posons-nous la question de savoir si Ngambia, Ngoubou, ou Wada, soupçonnés tous d’avoir donné un coup de main financier à Jean PING, pourraient se présenter à une élection ? Que nenni ! Injugeables au moment où ils ont été arrêtés par une Haute Cour de Justice inexistante et inconvocable par un parlement aux ordres, notamment les deux qui ont occupé des fonctions ministérielles, ils ont quand même été emprisonnés. Aujourd’hui, les nouvelles dispositions constitutionnelles donnent l’impunité à Ali Bongo, inattaquable devant l’éternel, et lui offrent en plus des pouvoirs étendus lui permettant de mettre tout le monde au gnouf. Comment imaginer un seul instant que, dans de telles conditions, régies par un monarque face à ses sujets, des élections démocratiques et transparentes puissent se dérouler et influer sur la conduite des affaires de l’Etat ?Omar Bongo Ondimba aimait rappeler à tout le monde et à chacun de ses collaborateurs qu’il détenait une couronne mortuaire pour chacun d’entre eux. Il y a fort à parier que BOA les a entassées en lieu sûr et les ressort pour les grandes occasions. Certaines de ces couronnes ont dû lui permettre de réaliser le dialogue d’Angondjé. D’aucuns soufflent même que les autres pourraient servir à tenter de dégarnir l’entourage des coalisés de Jean PING.

En tous cas, ce qui est certain, c’est qu’Ali Bongo ne semble pas vouloir quitter les choses avant qu’elles ne le quittent. C’est pourquoi, la bonne question ne consiste pas à savoir pourquoi PING, parce qu’il aurait soi-disant des problèmes personnels avec les Bongo, ne veut pas aller aux législatives, mais de se demander par quel moyen stopper cette voiture sans frein qu’est le règne des Bongo.

La résolution européenne qui ne reconnaît aucune représentativité au dialogue de BOA du fait même que PING et sa Coalition n’y étaient pas présents, recommande la tenue d’un dialogue inclusif qui regrouperait tout le monde, y compris la communauté internationale. Ni BOA, ni ses dialogueurs associés ne veulent de cette option. Le parlement européen, pris au piège de sa propre insistance à voir PING procéder à un recours auprès de la Cour constitutionnelle, ne saurait aujourd’hui exiger la destitution d’un Ali Bongo Ondimba adoubé par Mborantsuo.
Et, objectivement, une participation de toute la classe politique aux prochaines législatives fixerait encore plus la reconnaissance de l’establishment BOA. Logiques d’Etats-Majors dans lesquels, manifestement, les Gabonais, dans leur ensemble, ne se retrouvent pas vraiment.
Quant à PING, sa parole est attendue. La parole d’un PING, comme aurait pu le titrer un hebdo, « Serein et Fidèle au Peuple (…) Un Peuple souverain qui n’est pas dupe ».

Cicéron MWAMBA

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