Jean De Dieu Moukagni-Iwangou : Ange ou démon ?

Jean De Dieu Moukagni-Iwangou : Ange ou démon ?

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Dieu-Donné Mouckagni Iwangou, Président d'une tendance de l'UPG

Au cours d’une interview à la radio française R.F.I., le président de l’une des aile d’une U.P.G. bien mal en point, MOUKAGNI-IWANGOU, a dévoilé la proposition de son parti – peut-être plus la sienne  en réalité- d’une prétendue « sortie de crise » au GABON ; face à ce que cet embryon de parti considère comme « le blocage de la situation politique dans ce pays ».

Selon MOUKAGNI-IWANGOU, seul un dialogue sous l’égide de l’ONU, de l’Union Européenne et de l’Union Africaine, auquel prendrait part l’ensemble de la classe politique gabonaise, pourrait ramener la sérénité dans les esprits et le retour à une vie politique normale. Ce dialogue devra aboutir à la mise en place d’une transition de deux (2) ans et à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle, sans les participations de messieurs Ali BONGO et Jean PING, le vainqueur de la toute dernière présidentielle d’Août 2016.

Les premiers éléments de cette proposition ne sont pas nouveaux. D’autres personnalités se sont déjà prononcées en faveur d’un dialogue sous l’égide des Nations Unis. Cependant le président de l’U.P.G., aile MOUKAGNI-IWANGOU apporte un complément curieux en ce qui concerne la mise en place d’une transition et l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle en excluant le vainqueur de la dernière présidentielle, Monsieur Jean PING ; en excluant également le principal perdant de cette même élection, Ali Bongo qui va néanmoins s’autoproclamer Président de la République par la suite.

Le problème avec cette proposition de MOUKAGNI-IWANGOU, c’est qu’elle passe par pertes et profits cette élection dont le processus a été brutalement et arbitrairement interrompue par le pouvoir en place pour éviter que Monsieur Jean PING qui venait de remporter ce scrutin ne soit proclamé officiellement vainqueur de l’élection par les instances appropriées.

De plus, alors que Monsieur Jean PING et l’Union Européenne, en particulier, ainsi que l’immense majorité de Gabonais, cherchent les voies et moyens, dans le respect de la Constitution et des engagements internationaux du Gabon, pour faire triompher la vérité des urnes et partant la souveraineté du peuple gabonais face au coup d’Etat militaro-électoral ; et pour faire proclamer les véritables résultats de ce scrutin à travers la « résistance » pacifique et les « pressions » de toutes sortes sur le pouvoir en place, la proposition de l’U.P.G., aile MOUKAGNI-IWANGOU ignore délibérément le droit national et international et met sur le même pied d’égalité la victime et l’auteur du coup d’Etat militaro-électoral qui est indiscutablement à l’origine du blocage actuel de la situation politique gabonaise.

Si bien que la proposition de monsieur MOUKAGNI appelle à la fois à sanctionner au même titre Ali BONGO et Monsieur Jean PING à qui il est exigé de renoncer purement et simplement au mandat que vient de lui confier le peuple gabonais sans autre motif que la satisfaction des intérêts égoïstes de certains. Eu égard à la situation actuelle du Gabon, nous ne croyons pas qu’en Droit international l’ONU puisse faire prospérer la curieuse et fantasque proposition de MOUKAGNI-IWANGOU, fruit de la réflexion personnelle de ce « juriste » atypique dont la moralité a été ébranlée depuis ses démêlés avec le pouvoir propos de son entrée au gouvernement alors qu’il était encore Président du Front.

Enfin, la proposition de l’U.P.G. aile MOUKAGNI-IWANGOU semble ignorer la grave crise économique et sociale, sans précédent, qui frappe actuellement notre pays ; crise que tous les observateurs attribuent à la gouvernance hasardeuse du président sortant, à son incapacité à gouverner et à conduire des politiques publiques crédibles, ainsi qu’à la corruption et au manque de transparence, mais aussi à la corruption qui caractérisent le système en place. Autant de choses qui montrent que le problème n’est pas entre deux individus : Ali BONGO et Jean PING à l’occurrence. Mais qu’il s’agit plutôt d’une crise liée au système ; système que les gabonais ont très largement rejeté le 27 aout 2016.

La sortie de la crise générale qui frappe le GABON, crise à laquelle le coup d’Etat de monsieur Ali BONGO est venue s’ajouter à la crise électorale, la sortie de crise, disons-nous, reste bel et bien la reconnaissance de la victoire de Monsieur Jean PING à la présidentielle du 27 aout 2016 ; reconnaissance à laquelle il convient de travailler tous ensemble pour mettre fin à l’humiliation infligée à notre pays par un autocrate qui reste au pouvoir malgré sa lourde défaite et l’aversion des Gabonais pour sa personne et son pouvoir.

Pour éviter aussi à notre pays de continuer à glisser vers les abysses du déclin et même du délitement. Avec les conséquences graves sur la sous-région qu’on peut imaginer.

Notre pays  doit sortir définitivement du cycle infernal « élection, coup d’état militaro-électoral, assassinats collectifs de civils non armés, dialogue pour un partage de pouvoir de façade, puis retour à la dictature pure et dure » pour entrer enfin dans le cycle vertueux « élection, proclamation du résultat conforme au verdict des urnes, accession du vainqueur au pouvoir et déploiement de politiques publiques avec la participation et sous le contrôle et l’évaluation du peuple, en conformité avec ses besoins ainsi que ses demandes ».

Cette proposition perverse a en tous cas le mérite de clarifier la scène politique gabonaise. Il apparaît ainsi que dans notre pays aujourd’hui, il y a très nettement deux (2) groupes de Gabonais. Le premier groupe, très largement majoritaire et qui soutient véritablement le président élu Jean PING, souhaite l’alternance politique. Il veut par ailleurs que l’accent soit porté sur la libéralisation du pays et que cette libéralisation se poursuive jusqu’à ce que le Gabon devienne un Etat véritablement démocratique.

Ce premier groupe milite donc pour un recentrage de la politique nationale en faveur du plus grand nombre ; à savoir ces personnes qui ont été, depuis plusieurs décennies, les victimes d’injustices, comme en témoignent les profondes inégalités dans la société gabonaise, alors que le fossé entre riches et pauvres n’a fait que s’élargir toujours plus sous le mandat d’Ali BONGO. Ce groupe milite pour les réformes visant à instaurer la transparence et à mettre fin à la corruption, au clientélisme et à des méthodes de gestion douteuses, basées sur la captation du maximum de ressources et de richesses par le groupe au pouvoir ;  corruption, clientélisme et méthodes de gestion douteuses qui continuent aujourd’hui à fragiliser la société gabonaise et à boucher son avenir.

Le deuxième groupe, minoritaire cependant,  comprend quant à lui tous ceux qui refusent toute alternance qui risque de leur faire perdre leurs positions privilégiées dans l’appareil d’Etat. Ils s’accrochent par conséquent désespérément au pouvoir sans partage dont ils jouissent depuis  au moins l’arrivée au pouvoir d’Ali BONGO.

Les défenseurs du Dialogue à la mode de MOUKAGNI-IWANGOU et consorts essaient simplement d’accéder à l’argent et aux positions qu’ils envient aux autres en se servant de la  prétendue « main tendue » du pouvoir en place.

L’un et l’autre groupe comptent des partisans aussi bien chez monsieur Jean PING que chez Ali BONGO.

Ce que les partisans du second groupe, en particulier, qui sont avec le président élu Jean PING semblent oublier, c’est que : même si vaincre un Etat autocratique plus que cinquantenaire reste une entreprise  difficile, périlleuse et de longue haleine, en ce qui concerne le GABON, la progression du mouvement  est irréversible. La sympathie constante et grandissante de couches de plus en plus nombreuses de la population, le fait que l’opposition soit désormais devenue « officiellement » majoritaire dans le pays le démontrent.

De même, le fait que les principaux leaders de l’opposition apparaissent comme les représentants véritables des intérêts et des valeurs culturelles gabonaises, ainsi que le  nouveau contexte international marqué par la fin du conflit Est-Ouest, l’intensification des rapports entre les nations alors que la grande ambition des Etats est désormais de gagner la compétition économique (et non par de faire  et de gagner des guerres militaires), tout cela montre que la dictature est désormais cernée de toutes parts et qu’elle n’en a plus pour longtemps.

Certes l’opposition dans son ensemble doit faire son aggiornamento. Elle doit se présenter comme l’anti-modèle du P.D.G : notamment en ce qui concerne l’idée d’un « homme fort » dont les décisions ne sont pas discutables. Cependant, l’opposition au pouvoir doit savoir préserver son unité, dans la mesure où ce qui rassemble ses membres ainsi que ses partisans est politiquement fort : à savoir  mettre fin à l’oppression, libérer le GABON de la dictature et permettre aux Gabonais de s’affirmer librement, ce qu’ils n’ont jamais pu faire depuis des décennies ; à savoir également, substituer à la dictature de l’Etat P.D.G./BONGO, non pas une autre dictature, mais une véritable démocratie ; à savoir enfin, assurer l’indépendance dans l’interdépendance du GABON.

C’est dans le but de préserver son unité que cette opposition doit rapidement se regrouper dans une grande formation politique, laquelle doit être à la fois décentralisée pour préserver l’autonomie et l’indépendance de chacun et ne doit pas être dirigée par un leader charismatique.

C’est dans le but de préserver son unité que l’opposition d’alternance doit également se donner des règles de fonctionnement interne démocratiques basées sur les  «traditions parlementaires du libéralisme » et sur l’ «observation d’un certain nombre de rites destinés à faciliter la vie en commun », de façon à faciliter l’inclusion et l’intégration des uns et des autres.

En résumé, il n’y a pas quelque chose qui s’appelle le « dialogue sous la présidence de l’ONU ». La crise au GABON est liée à l’interruption arbitraire de l’élection du 27 aout dernier par Ali BONGO dans le but d’empêcher la proclamation de la victoire de Monsieur Jean PING que le monde entier a pu constater. La fin de la crise réside donc dans la proclamation de cette vérité et dans la remise en route du processus électoral arbitrairement et volontairement interrompu.

Il ne sert par conséquent à rien de reconvoquer une autre élection qui n’est pas prévue par la Constitution et ne peut par conséquent se substituer à la première. A moins de vouloir, sans le dire, légitimer le coup d’Etat militaro-électoral pour chercher à se positionner et à obtenir, sur le dos des morts et de la souffrance des Gabonais, des avantages personnels.

Avec le dialogue sous la houlette internationale nous avons là une nouvelle proposition pour continuer à humilier le GABON et à prolonger les souffrances des Gabonais ; alors que tout le monde sait que madame Marie-Madeleine MBORANTSOUO a très certainement vendue son âme au diable pour valider les faux résultats qu’elle a ensuite proclamés.

Les initiateurs de ce nouveau prétendu dialogue savent bien qu’en vertu de l’Accord de Cotonou, l’union Européenne doit s’assurer que le verdict des urnes de la dernière élection présidentielle soit respecté et que les autorités gabonaises acceptent de revenir au processus électoral interrompu arbitrairement par elles.

Par conséquent, le « dialogue intensifié » prévu à l’article 96 de l’Accord de Cotonou ratifié par le GABON ne concerne que les autorités gabonaises en place et auteurs de ce énième coup d’Etat électoral et l’Union Européenne.

 Mais pour le président de l’UPG aile MOUKAGNI-IWANGOU et ses amis tapis dans l’ombre, « pourquoi faire simple lorsqu’on peut faire compliqué ?». Devant la fin programmée du pouvoir d’Ali BONGO, les profito-situationnistes de tous bords politiques s’organisent pour essayer de préserver ce qu’ils considèrent comme leur patrimoine, à savoir le GABON. Alors, quoi de plus normal que de programmer l’élimination physique de Jean PING, le président élu par les Gabonais le 27 aout 2016.

Le ver est dans le fruit, le complot est en marche. Progressivement les masques tombent et révèlent au grand jour les ambitions de MOUKAGNI-IWANGOU. Comme certains opposants avant lui, ses liaisons permanentes avec le pouvoir en place ne visent-elles finalement pas à se faire propulser au stratégique poste de Président de la Cours Constitutionnelle ?

Gageons que ni les Gabonais, ni les membres des organisations internationales ne seront pas dupes et ne laisserons pas prospérer la proposition du pseudo dialogue de MOUKAGNI IWANGOU qui ressemble fortement  à une nouvelle entourloupe politico-intellectuelle.

CICERON MWANBA

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