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Interview exclusive de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi « Nous sommes persuadé que la constatation de la vacance interviendra inévitablement et que l’avenir nous donnera raison bien plus vite qu’il n’y parait »

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Jean Gaspard Ntoutoume , Ayi, co-initiateur de ''l'Appel Agir''/ ©DR.

Depuis plus d’un mois, un groupe de 10 compatriotes ont entamé une démarche, ‘’l’Appel à Agir’’. Elle a pour ambition d’emmener les autorités à constater la vacance du pouvoir, suite aux ennuis de santé de l’actuel chef de l’Etat Gabonais Ali Bongo. Co-initiateur de ce projet, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi  met en lumière, dans cette interview qu’il a accordé à notre rédaction, les points essentiels de cette initiative. « C’est une démarche légaliste, nous portons cette initiative républicaine en tant que citoyens, afin d’obtenir le retour à l’ordre constitutionnel dans notre pays », insiste-t-il. Lecture.

Pyramid’MédiaGabon: Un peu plus d’un mois après la sortie officielle de votre mouvement ‘’Appel à Agir’’ à la Chambre de commerce de Libreville, le 28 février dernier, que peut-on retenir de vos démarches ?

J G N A : Avant de répondre à votre question, permettez-moi une précision. « Appel à Agir » est une initiative citoyenne de dix (10) Gabonais : Placide Aubiang Nzeh ; Noël Bertrand Boundzanga ; Elza Ritchuelle Boukandou ; Franck Ndjimbi ; Nicolas Nguéma ; Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ; Anges Kevin Nzigou ; Marc Ona Essangui ; Edgard Owono Ndong ; et  Maxime Minault Zima Ebeyard. Nous ne sommes, ni un mouvement, ni une organisation et encore moins un parti politique. Dans une démarche légaliste, nous portons cette initiative républicaine en tant que citoyens, afin d’obtenir le retour à l’ordre constitutionnel dans notre pays.

Le 28 février dernier, nous avons effectivement lancé cet ‘’Appel à Agir’’ à la Chambre de Commerce de Libreville. Depuis le 24 octobre 2018, notre pays est l’otage d’une imposture sans précédent. Malgré cela, on nous demande de continuer à faire comme si de rien n’était. On nous demande de nous taire et de faire comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous nous sommes refusés à laisser s’installer plus longtemps cette situation. Nous refusons d’être, par notre silence et notre inaction, les complices de cette imposture. L’Appel à Agir vise, non pas à opposer les Gabonais, mais à rassembler, sans exclusive, tous les citoyens qui ont à cœur de sauver notre pays du péril qui le menace.

Le 28 février, nous avions annoncé notre intention d’aller à la rencontre de tous pour en appeler à leurs responsabilités. Notamment les responsables d’institutions, les représentations diplomatiques accréditées au Gabon, les responsables des formations politiques, de l’opposition comme de la majorité, y compris le Parti démocratique gabonais (PDG), les responsables des différentes confessions religieuses, des syndicats et de la société civile. Nous avons également annoncé que nous irions à la rencontre des Gabonais dans les différents quartiers de Libreville ainsi qu’à l’intérieur du pays.

C’est exactement ce que nous avons fait au cours du mois mars. Nous avons adressé des correspondances à tous et sommes allés rencontrer les uns et les autres. Nous en avons informé régulièrement l’opinion. Nous sommes également allés à la rencontre de nos compatriotes dans les différents quartiers de Libreville et à Port-Gentil. Le mois de mars a donc été consacré à la sensibilisation de l’opinion nationale et internationale.

Le 23 mars 2019, comme pour répondre à notre Appel, le pouvoir a théâtralisé le retour de Monsieur Ali Bongo au Gabon. Restant légalistes dans notre démarche, le 28 mars 2019, nous avons déposé une demande en référé devant le président du tribunal de Libreville, afin que soit ordonnée une expertise médicale sur la personne de Monsieur Ali Bongo.

Depuis notre « Appel à Agir » du 28 février 2019, nous avons demandé la constatation de la vacance du pouvoir. Ceux qui ont décidé du retour de Monsieur Ali Bongo prétendaient clore ce débat. C’est le contraire qui s’est produit. À l’évidence, Monsieur Ali Bongo n’est plus en capacité de remplir les charges de la fonction de président de la République. Nous ne cesserons jamais de le dire, notre démarche est citoyenne, légaliste et républicaine. C’est donc en vertu des lois de la République, auxquelles chaque citoyen est soumis, quelque soit son statut ou son rang, que nous avons saisi la justice. Nous l’avons fait en conscience et certains de notre bon droit. Désormais, nous attendons du juge que nous avons saisi qu’il rende la justice au nom du peuple gabonais en se soumettant à la seule autorité de la loi et de dire le droit.

Le 31 mars dernier, était la date butoir pour passer à l’action comme vous l’avez promis.  Outre la déclaration lue débout et  devant la Chambre de commerce de Libreville par l’honorable Edgard Owono Ndong, avez-vous encore une autre possibilité d’Agir ?

Le 31 mars dernier, alors que nous avions annoncé une déclaration à la Chambre de commerce et pris toutes les dispositions pour cela, nous avons été empêchés par la Police nationale d’y accéder. Le commandant de police qui était présent sur les lieux nous a déclaré qu’il avait reçu ses instructions du Commandant en chef de la Police. Nous avons donc décidé de saisir le juge administratif d’un recours pour excès de pouvoir, car c’est bien ce dont s’est rendue coupable la police nationale et rien d’autre.

Malgré cette entrave, nous avons pris la décision de prononcer notre déclaration sur le parvis devant la Chambre de commerce. Dans cette déclaration, nous indiquions combien notre pays se trouvait à un tournant de son histoire. Nous disions que le pays tout entier avait conscience que le refus de se soumettre à l’esprit et à la lettre de la Constitution n’augurait rien de bon. Aujourd’hui, les faits nous donnent raison.

Le 05 avril dernier, nous avons saisi les Présidents des deux chambres du parlement pour demander la création d’une Commission d’enquête parlementaire afin de faire toute la transparence sur l’état de santé de Monsieur Ali Bongo et sa capacité à assumer les responsabilités de président de la République.

Plutôt que de nous poser la question de savoir si nous avons une autre possibilité d’Agir, nous pensons que plus que jamais, le moment est venu pour chaque Gabonais d’Agir. Plus personne ne peut nier l’évidence de la gravité de cette situation que nous dénonçons.

Depuis le lancement de votre plateforme et les actions menées sur le terrain, vous êtes accusez par le pouvoir de tenter de déstabiliser les institutions du pays. Quel commentaire faites-vous de ces accusations ?

Qui déstabilise les institutions et prend le Gabon en otage ? Ceux qui exigent le respect de la Constitution où ceux qui prennent le pays en otage ?

Depuis plusieurs jours, Monsieur Ali Bongo est de nouveau porté disparu. La presse indique qu’il aurait quitté le Gabon. Mais officiellement, c’est le silence le plus complet. Nul ne peut dire aujourd’hui où il se trouve.

Qui dirige le Gabon ? Nous ne cesserons de poser cette question tant que nous n’aurons pas la réponse. Parce que nous avons fait le choix de faire respecter l’ordre constitutionnel plutôt que nous enfermer dans l’imposture comme c’est le cas depuis bientôt six mois.

Dans notre démarche, nous avons depuis le départ fait le choix de privilégier le respect de l’État de droit et de la légalité républicaine. Face à cela, les seules réponses qui nous a été opposées par celles et ceux qui se sont enfermés dans le déni sont les menaces et les intimidations. En vain. Car, certains de notre bon droit, nous ne reculerons pas. Nous continuerons à faire entendre raison à nos compatriotes afin d’obtenir la constatation de la vacance de pouvoir.

Finalement, est ce que vos démarches ne risquent pas  d’accoucher d’une souris, lorsqu’on sait que les institutions qui sont aux mains du pouvoir, dont le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat, pour ne citer que celles-là, n’ont pas daigné vous recevoir ?

Nous sommes persuadé que la constatation de la vacance interviendra inévitablement et que l’avenir nous donnera raison bien plus vite qu’il n’y parait. Nous avons conscience de la nature du régime qui gouverne notre pays ainsi que ses pratiques. Mais nous avons fait le choix de la démocratie et de la légalité. C’est un choix de raison et c’est le meilleur choix pour notre pays.

Nous nous adressons au peuple gabonais et lui demandons d’Agir pour le Gabon. En refusant de nous recevoir, les femmes et les hommes qui se trouvent à la tête des institutions de notre pays ont implicitement reconnu leur complicité dans ce que nous dénonçons et qui justifie notre démarche. En agissant ainsi, ils ont reconnu leur participation réelle à la prise en otage de notre pays. C’est leur malaise devant notre initiative qui les oblige à s’enfermer et à refuser de nous recevoir. C’est parce qu’ils savent que nous avons raison et que notre demande est fondée qu’ils nous menacent et essayent par tous les moyens de nous faire taire.

A supposer qu’une commission médicale soit mise en place pour évaluer l’état de santé de Mr Ali Bongo, comme vous l’exigez, est ce qu’il n’y aura pas à redire, si les résultats indiquent que le Chef de l’État est en capacité physique et intellectuelle à diriger le pays ? 

Si tel était le cas, je crois que cette voie aurait été privilégiée depuis le départ. Nous avons saisi le Président du tribunal de Libreville d’un référé depuis le 28 mars 2019. Nous attendons toujours sa réponse. Nous attendons que le Président du tribunal convoque les parties et qu’il exerce l’autorité de la justice au nom du peuple gabonais, qu’il se soumette et soumette toutes les parties à l’autorité de la loi. Nous attendons toujours.

Nous savons tous que Monsieur Al Bongo n’est plus en capacité d’exercer la fonction de président de la République. Nous demandons que le juge le fasse constater par un Médecin expert. Si nous nous mobilisons, si nous décidons d’agir individuellement et collectivement, chacun selon ses capacités et son domaine d’expression, le juge n’aura d’autre choix que celui de la sagesse en se soumettant à cette réalité.

Depuis un mois, vous rencontrez des Gabonais, via des causeries, des audiences et autres meetings, quels constats faites-vous ? Est-ce que beaucoup partagent votre démarche ?

Les Gabonais nous savent gré de l’initiative qui est la nôtre de mobiliser le pays pour obtenir la constatation de la vacance du pouvoir. Nos compatriotes, dans leur immense majorité, sont persuadés que Monsieur Ali Bongo n’est plus en capacité d’exercer sa fonction et que notre pays est effectivement l’otage d’un clan qui s’est muré autour de lui et qui le maintien au pouvoir pour servir ses propres intérêts.

Les décisions qui ont été prisent depuis plusieurs mois confirment les craintes de l’opinion. Que ce soit la modification de la Constitution par la Cour constitutionnelle, les nominations au gouvernement, à la Présidence de la République et dans la haute administration, tout montre qu’une inquiétante entreprise est en cours au sommet de l’État.

Votre mot de fin

Le pouvoir a prétendu, après la mise en scène du retour de Monsieur Ali Bongo le 23 mars dernier, que le débat sur la vacance du pouvoir était clos. Moins de trois semaines après, tout le monde peut constater qu’il n’en est rien.

Depuis le début de la semaine, les élèves des lycées de tout le pays sont dans la rue pour réclamer le retrait de la mesure de suppression de la bourse pour les futurs bacheliers. Où se trouve Monsieur Ali Bongo ? Cette décision a été présentée en conseil des ministres par le Ministre de l’Enseignement supérieur. Mais c’est Monsieur Ali Bongo qui présidait ce Conseil des ministres. C’est donc lui, et lui seul, qui en cette qualité a pris cette décision de supprimer la bourse de nos futurs bacheliers. Pourquoi ce silence de sa part ?

Par ce seul exemple, nous voyons bien que la vacance que nous réclamons n’est ni une question théorique, ni un sujet politicien. La responsabilité commande à tous de sortir de cette situation par le haut, en privilégiant l’intérêt du Gabon et en renonçant aux petits arrangements qui font tant de mal à notre pays et à notre vivre ensemble.

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