Accueil Politique Interview : Emmanuel Mvé Mba ‘’Notre souci est de réconcilier les Gabonais’’

Interview : Emmanuel Mvé Mba ‘’Notre souci est de réconcilier les Gabonais’’

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Les initiateurs des ''consultations citoyennes''/ ©Pyramidmédiagabon

Une poignée de syndicats réunie au sein du Congrès des agents public, parapublic et privé de l’Etat (Cappe), a lancé une initiative : ‘’la consultation citoyenne’’, dont le but devrait, au regard de la crise qui secoue le pays, aboutir à un dialogue de réconciliation nationale. Le président de cette plateforme nous explique les contours de cette démarche, dans une interview accordée à notre rédaction. Lecture 

Depuis un peu plus d’un mois, vous rencontrez les chefs des partis et autres personnalités politiques, tant de la majorité que de l’opposition pour une consultation citoyenne, dont le but visé est la réconciliation de toutes les filles et fils de ce pays. Qu’en est-il exactement ?

Les partenaires sociaux se sont rencontrés, il y a plus de deux mois, pour constater qu’il y a une crise multiforme, une crise aggravée et sans précédent au Gabon. Une crise aggravée, suite à la maladie du Chef de l’Etat, où tout est allé dans tous les sens. Nous avons constaté, malheureusement pour le déplorer, que les Gabonais ne se regardent plus, malgré les multiples dialogues. En qualité de troisième acteur, nous avons décidé de jouer un rôle fédérateur, nonobstant que ce n’est pas notre mission entant qu’organisation  syndicale, mais nous estimons que c’est en qualité de citoyens que nous avons décidé d’entamer une consultation citoyenne. Nous rencontrons les Gabonais de tous bords, sans exclusion,  les chefs de partis et les personnalités politiques, tant de l’opposition que de la majorité, les confessions religieuses, les associations, les Ongs, la diaspora et les partenaires internationaux, car, nous avons besoin d’avoir leurs avis sur la crise gabonaise.

En étant un syndicaliste, celui qui défend les droits des travailleurs, ne mettez-vous pas un pied dans la politique ?

Il n’y a pas de milieu neutre dans le social.  Nous avons constaté l’échec des politiques de tout bord, majorité et opposition. Nous avons constaté que les politiques, les centrales syndicales, les Ongs, les confessions religieuses sont corrompues. Entant que troisième acteur, nous ne sommes pas que syndicaliste, nous sommes d’abord citoyens gabonais. C’est pour cette raison que nous avons initié ce que nous appelons, ‘’consultation citoyenne’’. Avant d’être défenseurs des droits des travailleurs, nous sommes d’abord citoyens gabonais et quand il y a un mal qui gangrène le pays, nous sommes en droit de dire assez. Ceux qui pensent que nous avons mis les pieds dans un domaine qui n’est pas le nôtre, pas du tout, nous sommes société civile et en tant que tel,  nous n’avons pas de limite dans l’action publique de l’Etat.

  Depuis votre initiative, quel est le sentiment qui se dégage, après les différentes rencontres ?

Nous avons adressés des correspondances à l’ensemble des partis politiques ; majorité, comme opposition ; à la notabilité ; aux ONGs ; aux organismes internationaux, aux confessions religieuses. A ce jour, nous les avons presque tous rencontrés, à savoir, la coalition Jean Ping, Raymond Ndong Sima, Paul Biyoghe Mba, le CLR, PSD, UNPR, le RPM, L’Union Nationale, l’Arena. Nous  sommes à plus d’une quinzaine des partis, déjà rencontrés.

Nous n’avons pas encore rencontré le parti au pouvoir,  le PDG.  Nous avons envoyé des correspondances et nous ne comprenons pas cette hésitation. Pourtant, il y a quelque temps, c’est le PDG qui demandait cette réconciliation, aujourd’hui, nous ne comprenons rien à ce silence.  Il y a le PDG  et certains de ses alliés, notamment  l’Ajev, le SDG, qui  hésitent également à nous rencontrer. Mais la question que nous nous posons, est celle de savoir si cette crise est voulue ? Est ce qu’il y a des personnes qui veulent que cette crise persiste. Nous n’allons pas nous fatiguer, nous allons toujours continuer à les relancer. Nous ne voulons plus des monologues, comme les deux précédents dialogues, organisés par le camp Jean Ping et le pouvoir. Il s’agissait pour l’un, d’une rencontre entre acteurs et pour l’autre d’un partage de postes. Nous avons besoin d’un vrai dialogue, avec des vrais acteurs.

 Quelle est la réponse  de la Coalition Jean Ping à la suite de votre rencontre ?   

 Nous avons rencontré la coalition Jean Ping, elle a décidé de nous répondre par courrier, mais reste ouverte à notre échange.

 Le Bloc Démocratique populaire de Paskhal Nkoulou se dit non favorable à ce énième dialogue, quelle est votre réaction ?

Chacun être libre de dire ce qu’il pense.  Ce qui est important pour nous, c’est que les Gabonais se parlent autour d’une table. Nous ne voulons pas faire dans la démagogie, il y a une crise au Gabon. S’il y a des acteurs qui sont minés par les petits intérêts, c’est leur affaire, nous insistons, il y a véritablement crise au Gabon. Nous constatons que cette crise est même d’ordre moral. Voyez-vous, dans nos établissements, il est enseigné la culture de l’homosexualité, aujourd’hui, le constat est que : pour avoir un poste de chef de service, il faut passer par ce qu’ils ont appelé le droit de cuissage etc. Ce sont des maux qui nécessitent que les Gabonais se parlent. Ceux qui refusent de reconnaitre qu’il y a crise au Gabon, vont-ils assumer lorsqu’il sera peut-être trop tard ? Nous nous acheminons tout doucement dans une guerre civile, le festival Gabon 9 provinces ne fait qu’accentuer la crise et la division nationale. Il faut arrêter avec certains projets qui ne produisent rien au pays.

 Nous sommes société civile, si l’Etat démissionne dans ses fonctions régaliennes, que doit faire le peuple ? Il y a un dignitaire, qui disait que lorsque le pays va s’embraser, nous avons les moyens pour prendre les avions et fuir avec nos enfants et vous ? C’est pourquoi nous disons qu’avant que cela n’arrive, il faut réconcilier les Gabonais. Il ne s’agit pas d’une recherche de poste de médiateur. Notre souci est de réconcilier les Gabonais. Une fois notre objectif atteint, nous retournons dans nos missions, celles de défendre les intérêts des travailleurs. Ce que nous déplorons, c’est que les Gabonais ne pensent qu’à l’argent, aux postes, même quand ça va mal.

Après ces rencontres, quelle sera la conduite à tenir du CAPPE ? A qui rendez-vous compte de votre initiative ?

Nous sommes à la fin de la première phase, nous avons rencontrés les chefs des partis et des personnalités politiques, les ONG. Nous allons entamer la second phase, avec la notabilité du pays, les auxiliaires de commandements, la diaspora, l’Union africaine, l’Union Européens, l’Onu, car ils ont un mot à dire dans la crise gabonaise. Nous terminerons avec la rédaction d’un rapport qui sera remis au Chef de l’Etat, au Chef du gouvernement, aux institutions constitutionnelles, aux partis et acteurs politiques consultés. C’est pourquoi, nous tenons à remercier ceux que nous avons déjà consultés.

 Votre mot de fin

Nous remercions ceux qui nous ont reçus, et nous continuons à interpeler ceux qui refusent toujours de nous rencontrer, comme le PDG. A ce sujet, nous disons que l’échange ne tue pas, surtout quand il s’agit de notre pays. Evitons qu’il ne soit trop, nous devons tout faire pour que les Gabonais se parlent, car il s’agit du bien de notre pays.

propos recueillis par 

J.B et Serge Palvier 

 

 

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