Accueil Politique Gabon: Qui en veut à l’ancien ministre Charles M’ba ?

Gabon: Qui en veut à l’ancien ministre Charles M’ba ?

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L'ancien ministre Chales M'ba/DR.

Exilé en France depuis la fin de la présidentielle de 2016, l’ancien cadre supérieur du groupe Elf, puis Total, ancien directeur général des marchés publics au Gabon, ancien ministre d’Omar Bongo et ancien sénateur du parti démocratique gabonais au pouvoir depuis 50 ans, vit, malgré lui, loin de son Gabon natal. Coincé à Enghien les Bains, une banlieue chic de Paris, où il a une résidence depuis des décennies, il a reçu une équipe de votre canard. Il a profité de cette occasion, pour dénoncer la «situation difficile dans laquelle se trouve » son pays «par le fait d’une gouvernance médiocre.» Une discussion à bâtons rompus au cours de laquelle le natif d’Oyem a exprimé sa passion pour le Gabon. Un pays qui nécessite  plus que jamais un redressement, pour se remettre sur les rails.

C’est un Charles Mba décontracté, qui nous a accueillis à la gare d’Enghien les Bains, ce 16 août 2018. « Ça fait un peu plus d’une heure que je vous attends », lance-t-il à notre descente du train. C’est dire si l’homme était impatient de parler du Gabon avec des journalistes, avec des compatriotes. Une discussion entamée dès les dix minutes de marche qui séparent la gare de sa résidence.

Avant de parler du Gabon, il  nous a présenté quelques richesses d’Enghien les Bains, qu’il connaît comme le fond de sa poche, pour s’y être installé depuis des lustres. Enghien les Bains ? Une commune française située en région  d’Ile-de-France, dans le département du Val d’Oise,  à onze kilomètres au nord de Paris. La ville est caractérisée par son beau lac, son casino,  son hippodrome et ses Thermes…

Après 300 mètres de marche environ, nous arrivons à sa résidence : «je suis ici depuis plus de 20 ans », indique-t-il. Il nous installe dans son confortable salon. Où la discussion se poursuit. Trêve de présentation d’Enghien les Bains. Ici, on parle désormais du pays, le Gabon, sa passion. Des élections d’octobre prochain, de la situation  du pays, de sa situation d’exilé politique, …

Sur les élections législatives et locales du 6 octobre prochain, l’homme est contre quelques déclarations démagogiques de certains de son camp politique  (la coalition pour la nouvelle république), à propos d’une prétendue gouvernance du pays par l’opposition, si elle sort des législatives avec la majorité des sièges à l’Assemblée nationale : «C’est d’autant plus démagogique que la nouvelle constitution donne tous les pouvoirs au chef de l’Etat même si l’opposition a la majorité  au parlement», souligne-t-il. Lui qui décortique minutieusement les lois du pays avec une expérience d’ancien sénateur d’Oyem. Pour lui, aller à ces élections peut se limiter à «avoir une tribune pour que l’opposition fasse passer officiellement son discours.» dans un contexte où la place publique est interdite aux opposants du régime de Libreville. De plus, pour Charles Mba, la participation à ces élections peut régler aussi la situation sociale de plusieurs membres de l’opposition. «Un siège de député peut créer au moins 5 emplois » explique-t-il. Ainsi, en engrangeant un peu plus de sièges à l’Assemblée nationale et dans les conseils municipaux et locaux, l’opposition peut régler partiellement le problème de chômage et de trésorerie pour ses actions. Mais «certainement pas pour gouverner», estime le cadre de l’Union Nationale.

Sur la situation actuelle du pays, l’expert-comptable de formation ne mâche pas ses mots. «La situation dans laquelle se trouve le pays est la résultante d’une gouvernance médiocre.» Cela «exige et imposera des efforts considérables de tous les Gabonais, de tous les patriotes, de tous ceux qui aiment le Gabon, ceux qui aiment y vivre, quelles qu’en soient les motivations. Le Gabon pour être construit a besoin de chacun, à sa bonne place.» Une certaine manière pour lui, de décrier l’imposture qui règne au Gabon et qui est en grand partie à l’origine de la déchéance du pays.

Dans son livre édité en 2016 : ‘’Gabon : la passion du pays’’ qu’il nous a dédicacé, il donne sa vision du Gabon. De la construction de la patrie ou de la nation, à la construction de la prospérité économique ; de la volonté patriotique à la gestion de proximité en passant par la refondation de l’Etat ; la restauration du sens de l’autorité de l’Etat…Mais pour y parvenir, il faut remettre certaines choses à plat. Quid de ceux qui sont affaires depuis 2009. «Ils doivent partir. Ils ont échoué », persiste-t-il. Pour Charles M’ba, le Gabon est tellement riche qu’il mérite mieux que la situation calamiteuse dans laquelle les «émergents » l’ont englué.

Est-ce cette posture qui lui vaut aujourd’hui, un exil forcé en France ? «Certainement» répond-t-il, lui qui ne reconnaît pas avoir de problèmes particuliers avec qui que ce soit au pays. Il est sûr que sa nouvelle posture d’opposant au régime d’Ali Bongo, est la seule cause de sa longue absence du pays. «Je vais quelques fois au Cameroun. Certaines sources m’ont indiqué que je ne dois même pas mettre les pieds à Ambam (première ville frontière au Gabon), sinon, ils vont me prendre», explique-t-il, médusé.

Depuis la fin de la présidentielle de 2016, nombre d’anciens hauts cadres proches du régime, soupçonnés d’avoir flirté avec l’opposition, notamment celle incarnée par  Jean Ping, vivent un exil forcé en Europe, principalement en France.

 

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