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Gabon :  Réconciliation nationale avec ABO

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Ali Bongo Ondimba/©DR

De nombreuses voix de la classe politique gabonaises s’élèvent pour appeler à un dialogue, à une réconciliation nationale, à un rassemblement des Gabonais de tous bords. De Jean Ping à, dernier en date, Guy Nzouba Ndama, en passant par Myboto, Gondjout, et Chambrier. Suggérant par-là que les premiers, Ndemezo’Obiang en tête, Ndaot, Maganga Moussavou et autres Mike Jocktane qui acceptèrent, en 2016 l’idée d’un dialogue avec Ali Bongo Ondimba eurent tort d’avoir eu raison plus tôt. Sans parler des Notables de la République qui, depuis le 16 mars 2018 prêchent cette réconciliation nationale.

On est bien d’accord, l’idée d’une réconciliation nationale flotte dans l’air au Gabon. Mais quels en sont les contenus qu’y mettent les uns et des autres ? S’agit-il, par exemple, d’alternance à la tête de l’Etat, comme l’avait revendiqué le DNPA de la Coalition de Ping en 2016 ? L’expérience politique trentenaire du Gabon montre que les deux principales tentatives de réconciliation nationale, la Conférence nationale et les Accords de Paris, ont justement buté sur la question de cette alternance politique au sommet de l’Etat. Omar Bongo Ondimba s’est maintenu en 1990, a été élu en 1998, réélu en 2005, et est mort Président de la République. La stabilité de ce vieil ami de la France au centre de l’Etat gabonais rassurait plus Paris. Qui, comme l’enseigne le dicton bien connu, se convainquait : « On sait qui on perd mais… »

Les Gabonais, à travers Mba Abessole et Mamboundou ne l’ont-ils pas appris à leurs dépens ? Plus tard, les mêmes Gabonais constateront que Mba Obame n’avait peut-être pas la bonne clef pour ouvrir les portes du palais du bord de mer qu’il avait pourtant fréquenté des dizaines d’années durant. En appuyant Jean Ping, en 2016, les Gabonais ne se sont-ils pas heurtés, une nouvelle fois, à cette loi d’airain qui donne le sentiment que les Bongo, et leurs affidés, sont indéracinables ?

Anecdote : Omar Bongo Ondimba, recevant un de ses futurs conseillers spéciaux, le prit par la main et lui désigna une des nombreuses photos accrochées au mur. On l’y voyait aux côtés de Léon Mba. Cette célèbre photo que l’on vota et qui porta Albert-Bernard Bongo à la tête du Gabon. Il confia à son conseiller : « Ici, au Gabon, la politique, c’est comme ça, on n’arrache pas ! C’est ça l’expérience politique au Gabon ».

En organisant la tenue d’une Conférence nationale en mars 1990, après avoir laissé les Unités Spéciales d’Intervention (USI) sauvagement réprimer les étudiants en janvier de la même année, Omar Bongo Ondimba n’avait nullement à l’ordre du jour son départ du pouvoir. D’ailleurs, la Conférence nationale ne le lui exigea pas. Elle ne réclama que le multipartisme immédiat. Qu’OBO accorda immédiatement. Fin tacticien, il savait ce qu’il conserverait au change : le fauteuil présidentiel et le contrôle de l’Etat.

Les Accords de Paris participèrent de la même philosophie : décentralisation mesurée et contrôlée par le célèbre « fait majoritaire » du PDG au parlement, mais, surtout, pas touche au fauteuil présidentiel.

Aux Accords issus du dialogue politique du stade d’Angondje, selon notre  confrère Nku’u, proche de l’opposition démocratique et républicaine, qui y a participé, il ne fut nullement question de remettre en cause le fauteuil présidentiel occupé par Ali Bongo Ondimba. Le pouvoir concéda une révision partielle de la constitution. Notamment dans le sens où « toutes les élections politiques sont désormais à deux tours de scrutin ; les membres de la Cour constitutionnelle ne sont plus inamovibles, leur mandant ayant été limitée à 9 ans, non renouvelable… ». Le confrère souligne, par ailleurs, qu’il y a eu « une refonte totale du système électoral, exit une CENAP dont le président était désigné par la Cour constitutionnelle et place au CEG avec, à sa tête, un Président élu par un collège électoral spécial après appel à candidature ; le ministère de l’Intérieur et ses démembrements locaux n’interviennent plus dans les opérations électorales, y compris l’annonce des résultats »

Des avancées indéniables qui, toutefois, démontrent, à rebours, qu’au cours de ce type de négociation, engageant pouvoir et opposition, depuis la Conférence nationale, la question du fauteuil présidentiel n’a jamais été à l’ordre du jour. Le contenu des récents appels à un nouveau « dialogue inclusif », à la « réconciliation nationale », ou, encore, au « rassemblement des patriotes de tous bords » rompt-il avec cette tradition ?

Non, pour les « Notables de la République », pour qui c’est l’examen des deux dialogues (Dialogue politique d’Angondje et Dialogue national pour l’alternance) qui doit être à l’ordre du jour pour aboutir à une réconciliation nationale

En ce qui concerne Jean Ping, son appel lancé, en novembre 2018,  aux « patriotes de tous bords », prônant l’établissement « d’un rapport de force intelligent », confirmant la poursuite de « l’action diplomatique », et exigeant « la déclaration de la vacance de pouvoir » doit, dans l’esprit de Jean Ping, conduire à la reconnaissance du vote souverain exprimé par le peuple Gabonais, le 27 août 2016.

Cette démarche de Jean Ping n’est pas expressément formulée comme tel dans les préoccupations de ses compagnons de la Coalition pour la Nouvelle République. L’un d’entre eux, A.B. Chambrier a d’ailleurs, sur cette question, exprimé plus que son embarras à notre confrère « La Loupe » qui lui demandait : « où vous situez-vous, entre ceux qui pensent qu’il faut continuer à revendiquer la victoire volée de 2016 et ceux qui estiment qu’il faut avancer vers l’élection présidentielle de 2023 ? ». Réponse d’ABC : « Nous pensons, au sein de notre parti, que la victoire du président Ping en 2016 est indéniable. Maintenant la faisabilité du transfert du pouvoir de l’équipe actuelle vers le président Ping, cela est une autre affaire. C’est une autre bataille – [autrement dit, pas celle que nous menons aujourd’hui ! Ndlr] – Nous estimons tous qu’il faut que la vacance du pouvoir intervienne, il faudra se mettre autour de la table pour trouver un consensus en tenant compte des aspirations des populations… »

De son côté, Guy Nzouba Ndama, son parti, et la Coalition Démocratique de l’Opposition (CDO) qu’il dirige, eux,  font appel à « la conscience du président de la République » – Ali Bongo Ondimba – qui devrait, selon eux, prendre l’initiative, comme le rapporte notre confrère Echos Du Nord, de convoquer « un dialogue inclusif avec tous les acteurs politiques, associatifs et les corps intermédiaires » non pas, précise Vincent Ella Menye, secrétaire général du parti de Guy Nzouba Ndama, Les Démocrates, pour « s’asseoir autour d’une table et se partager les prébendes mais une sorte d’introspection de toute la communauté gabonaise, pour vider définitivement l’abcès politique qui mine, depuis, le climat socioéconomique de notre pays » D’où cette suggestion de Nzouba Ndama de mettre en place un nouveau gouvernement, de salut national, visant à « réconcilier les Gabonaises et les Gabonais avec eux-mêmes et avec les politiques ; relancer l’économie ; moraliser la vie publique etc… » Tout un programme qui obéit à un préalable : la réconciliation nationale passe par reconnaissance d’Ali Bongo Ondimba comme président de la République et non de Jean Ping.

Stéphane MWAMEKA

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