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Gabon: Quelle troisième voie ? 

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Les initiateurs de la 3è voie/©DR

1990 a été, après l’Indépendance du pays en 1960, la deuxième plus grande fête du Gabon : celle de la Conférence Nationale, c’est-à-dire de la Démocratie. Ce jour-là, les Gabonais ont pris la parole et ont arraché les libertés de penser, de s’associer, de critiquer. Cet évènement a été tué en 1993 par le refus de la Cour Constitutionnelle gabonaise de reconnaitre l’Alternance. 

On définit la démocratie comme « le libre choix, à intervalles réguliers, des gouvernants par les gouvernés ». Trois impératifs y conduisent :

  1. L’exigence de la représentativité des gouvernants ;
  2. L’exigence que les électeurs sont et se considèrent comme des citoyens ;
  3. L’exigence que le pouvoir des gouvernants est limité ;

Pour créer la démocratie, il faudrait donc commencer par renforcer la représentativité. La question de la représentativité est au cœur de la démocratie et, depuis 1967, elle a été faussée par la représentation des territoires et des ethnies (géopolitique) et non par les populations. Le découpage électoral fabriqué par le Pouvoir-Bongo est donc une aberration : les zones les plus peuplées du pays, notamment les zones urbanisées, sont 10 fois moins représentées au Parlement que les plus désertes.

Il n’y a pas, en effet, de démocratie qui ne soit représentative et ‘’le libre choix des gouvernants’’ est vide de sens au Gabon parce que les gouvernés ne sont plus à même d’exprimer leurs choix, les demandes, les réactions, ou les protestations formulées dans la Société Civile et la Société Politique. C’est ce qui explique que le Gabon soit bloqué depuis 1990 par des grèves et des manifestations.

En refusant de reconnaitre, comme l’adjurait la Juriste Pauline Nyingone, Gouverneur de la province de l’Estuaire,  (lors du scrutin présidentiel de 1993), que les décomptes de voix n’étaient pas terminés, la Cour Constitutionnelle a fait une faute grave. Pire, un crime contre la Démocratie. Depuis lors, dépités, les électeurs gabonais ne se sentent plus représentés, ce qu’ils expriment par des abstentions record en dénonçant une classe politique qui n’aurait d’autres buts que son propre pouvoir et l’enrichissement personnel de ses membres. Que signifie le libre choix des gouvernants si les gouvernés ne s’intéressent plus à la chose politique, au gouvernement de leur pays, s’ils ne se sentent pas appartenir à la société politique, mais régressent aux solidarités ethniques, confessionnelles, professionnelles, et même villageoises, voire familiales. Par la suite, la Démocratie gabonaise a coulé dans un abîme sans fond, le Régime-Bongo atteignant des records mondiaux de longévité au pouvoir par la grâce et la complicité de certains juges. Ils ont oublié que l’autre exigence de la Démocratie est que le pouvoir des gouvernants doit être limité ! La Conférence Nationale a été marquée par l’expression démocratique et tout le monde a profité de la reconnaissance de nouveaux droits en créant association, parti politique et journal. Cette période euphorique a permis la libération anarchique des forces et de la parole. Nous en avions besoin.

Chacun de nous a alors couru vers son terroir ethno-provincial et mobilisé les solidarités d’appartenance pour se faire élire député de la nation. Manipulés par les Bongo et les « Bongo-CFA », les partis se sont fractionnés, par la suite, en une myriade de groupuscules qui n’ont parfois plus de représentativité que quelques cases du village. Il ne peut y avoir 55 projets de société crédibles dans un pays !

 Ne serait-ce pas plus utile de partager les mêmes idées et les mêmes objectifs ? Ne faudrait-il pas réfléchir à de grands regroupements et de vastes reclassements ? Il ne resterait plus alors que trois ou quatre grands partis politiques à être représentés sur l’ensemble du territoire national. Il est désolant de constater que près de 30ans après la Conférence Nationale, de nombreux partis politiques de notre pays n’ont pas de véritable projet de société et se contentent d’exister autour de vagues principes directeurs énoncés dans les Statuts et Règlements Intérieurs.

Bâtis autour de leaders-gourous, ces partis ont du mal à mobiliser leurs militants et sympathisants sur un corpus d’idées simples et, a fortiori, à rassembler la population autour de changements précis, mais plutôt autour de leaders charismatiques généralement inamovibles. Ils n’existent que dans les déclarations de leurs chefs contre l’adversaire désigné comme la cause de tous les maux. Il faut que ça change ! Les partis ne peuvent être des porte-paroles représentatifs des catégories sociales que lorsqu’ils synthétisent les revendications de celles-ci dans ces documents-phares que sont les Projets de Société à partir desquels les candidats élaborent des programmes d’action plus actualisés et plus concrets.

Refonder la démocratie passe aussi par la refondation de la citoyenneté.

Les individus et les collectivités de chez ont toujours été pris pour des ressources et des instruments, des ‘’bœufs-votants’’ et non comme des ensembles possédant une autonomie de pensée et de gestion et une personnalité collective. Le sentiment d’appartenance à un ensemble national s’est toujours heurté à ce passe-temps favori qui a consisté tout au long de ces années à opposer nos ethnies, nos régions, nos groupes religieux.  La citoyenneté n’est pas la nationalité. La nationalité désigne l’appartenance à un Etat national tandis que la citoyenneté fonde le droit de participer, directement ou indirectement, à la gestion de la vie sociale et politique de cet Etat. La nationalité crée une solidarité des devoirs. La citoyenneté donne des droits. La démocratie repose donc sur la responsabilité des citoyens d’un pays. Si ceux-ci ne se sentent pas responsables de leur gouvernement, de la gestion des deniers et des biens communs, nous ne sommes plus en République mais en Monarchie. Nous n’avons pas su bâtir la Démocratie Gabonaise autour d’un socle solide, « un ensemble de garanties contre l’arrivée ou le maintien au pouvoir de dirigeants contre la volonté de la majorité ». Déjà, aux élections territoriales du 31 Mars 1957, alors que le Bloc Démocratique Gabonais (BDG) venait, avec 8 conseillers sur 40, de perdre les élections face à l’Union Démocratique et Sociale du Gabon (UDSG) et ses 18 conseillers, Léon MBA réussit à retourner les élus de nombreuses provinces pour se retrouver finalement majoritaire avec 21 Conseillers à l’Assemblée Territoriale et acquérir le droit de former le 1er Conseil de Gouvernement.

Cet évènement marque l’ère des Gouvernements des Minoritaires au Gabon.

A la mort de Léon MBA, 1er Président de la République, le 28 Novembre 1967, son remplacement par Albert Bernard BONGO, son ancien Directeur de Cabinet devenu Vice-Président de la République, ne fut qu’une astuce pour propulser à la tête de l’Etat et « contre la volonté de la majorité » un leader qui n’avait aucune chance de gagner alors une élection au suffrage universel au Gabon. Depuis 1990, manifestement, les Gabonais veulent passer à l’ère des Gouvernements des Majoritaires au Gabon. C’est alors quoi la 3ème voie ?

Stéphane MWAMEKA

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