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Gabon : quand ABO fait profil BLA

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ABO et BLA dans le Haut Ogooué/ ©DR

Beaucoup espéraient que l’arrivée d’Ali Bongo Ondimba (ABO) dans le Haut-Ogooué mette un terme à la tournure qu’a prise la tournée républicaine de Brice Laccruche Alihanga (BLA).

En effet, de simple messager, BLA s’est progressivement transformé en réceptacle des doléances des populations : routes, ponts, hôpitaux, paiements des arriérés de salaires (particulièrement chez les enseignants) etc… Tout y est passé. Et, BLA n’a pas hésité à mettre certains membres du gouvernement – parfois des proches à lui – à l’index.  Comme celui qui s’est offert, à Port-Gentil, une demeure à  hauteur de 600 millions de FCFA ou encore cet autre qui s’est doté d’un bateau d’une valeur de 100 millions FCFA. Etc… Ces indélicats – dont BLA n’a pas dévoilé les identités…pourtant remarquables – ont été jetés en pâture aux populations, à qui BLA a expliqué qu’avec tout l’argent dont les hauts cadres du coin disposent ils pourraient, sur les dix kilomètres de route restants, mettre la main à la poche pour réaliser la moitié du travail et que l’Etat ferait le reste. Mais, BLA peut-il, la main sur le cœur, juré que les piques sarcastiquement lancées contre ces membres du gouvernement, provenaient d’Ali Bongo Ondimba ou, alors, n’étaient, tout simplement, que de sa propre initiative ? Michel Essongue, haut cadre administratif et politique de l’Ogooué-Maritime depuis des dizaines d’années ne saurait manquer de se poser la question.

Pour beaucoup, l’arrivée d’Ali Bongo Ondimba dans le Haut-Ogooué devait permettre à ce dernier de recadrer les choses et de rassurer. Les propos véhéments tenus par BLA contre certaines personnalités de la province et son vigoureux nettoyage administratif ont été vécus chez les privilégiés de cette province comme une véritable spoils system anti-téké. Ali Akbar Onanga Y’Obegue, dont l’absence a été remarquée lors du passage de BLA, en sait quelque chose.

En revanche, il était là pour ABO. Et, surtout, pour être réhabilité et rassuré.

Mais, très vite, tout le monde a parfaitement réalisé que BLA était du voyage et qu’il était le guide d’ABO. Les espoirs de voir le mandant recadrer le mandataire à un moment ou un autre se sont progressivement estompés. A aucun moment, ABO n’a pris la parole pour désavouer son messager. De là à conclure que « qui ne dit mot consent », il n’y a qu’un pas que nombreux – notamment les partisans du dircab – ont franchi allègrement. Opération de com. réussie : la présence de BLA aux côtés d’ABO sans que ce dernier tout au long de son bref séjour dans le Haut-Ogooué ne détricote la moindre maille des discours de son plus proche collaborateur, prouverait donc, à suffisance, que BLA reste dans les bonnes grâces d’ABO. Ce qu’ont tendance à contredire certains militants du PDG, omariens de souche, pour qui il y a des signes qui ne trompent pourtant pas et qui annoncent la déchéance prochaine du tout-puissant directeur de cabinet. Comme cette confirmation de Marie-Madeleine Mborantsuo qui serait le fait d’ABO contre la volonté de BLA de vouloir promouvoir Ngoulakia de la Cour des comptes. A cela se rajoutent des rumeurs sur la sécurité de BLA tout au long de son périple républicain ; elle ne serait plus assurée par la GR mais par la police. Il y aurait de l’eau dans le gaz, nous apprend-on, entre BLA et Nkuna, patron de cette unité militaire. Et, bien évidemment, un nom circule : Marcel Abeke, un teke de race, qui figurerait en bonne place dans les petits papiers de…Paris.

En tous cas, cette visite-éclair a démontré au moins trois choses. La première, qu’elle n’a permis de rassurer les élites du Haut-Ogooué ni sur leur propre sort depuis la disparition d’Omar Bongo Ondimba en 2009 ni sur les capacités de ce dernier de contredire BLA. La deuxième, que le clan des « grognards » du G2, malgré la confirmation de la très omarienne 3M à la Cour constitutionnelle, risque de s’élargir, du fait même du silence pro-BLA d’ABO. Et, enfin, c’est cela peut-être le plus importants pour l’immense majorité des altogovéens, que les intérêts des déshérités de ce pays – et, il y en a dans le Haut-Ogooué comme partout ailleurs dans le Gabon – ne sont pas pris en compte dans les contradictions entre les élites qui s’agitent, depuis 10 ans, pour s’accaparer les fonctions de direction de l’Etat-Bongo. Nous y reviendrons.

Stéphane MWAMEKA 

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