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Gabon: Au petit peuple de trinquer

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L’impression que donne l’Etat-Bongo est d’être énorme au centre et squelettique à la périphérie. Après avoir asphyxié les planteurs de café, cacao, de riz et « génocidé » l’agriculture dans notre pays, il est resté le principal, disons même, le seul outil pour résorber le chômage.  Nourrissant ainsi une énorme clientèle, l’Etat-Bongo a surmultiplié les départements ministériels et les directions des organismes étatiques et paraétatiques, aussi innombrables qu’inutiles.

Ce phénomène a entrainé une gestion hyper centralisée et grossi démesurément Libreville, la capitale administrative, sans pouvoir s’assurer de l’application réelle des directives au niveau des districts et des quartiers. Conséquence : gaspillage démesuré des ressources, des biens et deniers publics et une sursaturation réglementaire. L’autre aspect de l’Etat-Bongo est sa mollesse, incapable d’appliquer sa propre légalité, en dehors des lois répressives nécessaires à son auto- conservation. Ses « meilleures » volontés s’avèrent finalement, et  très vite, des vœux pieux. Un exemple permet de s’en faire une idée : malgré l’important recrutement de policiers et de gendarmes, les changements fréquents des commandants en chefs, le célèbre couple ‘‘policier-taximan’’ bien connu, l’Etat-Bongo n’arrive pas à régler correctement la circulation dans les villes, à discipliner les taxis et, à fortiori, à assurer la sécurité des personnes et des biens ! Mais, le trait le plus essentiel de cet Etat, sa marque de fabrique reconnue par tout Gabonais quelque peu observateur est son caractère dispendieux, moins parce qu’il remplit les missions qu’on lui assigne, que parce qu’il est la principale source d’enrichissement du pays. A partir du modèle présidentiel, toute l’administration publique s’est mobilisée sur le premier sport national : le détournement des biens et deniers publics. Tout, au Gabon, consiste à se blottir dans une niche à fric et se concocter son budget très personnel. C’est cet Etat que les Bongo et Affidés ont construit et que les Gabonais doivent détruire mais que le FMI pense réformer.

Pour que ce type d’Etat disparaisse, il serait plus intelligent de négocier avec des bailleurs de fonds le financement d’un autre type de politique totalement aux antipodes de la sauvage accumulation primitive à laquelle nous assistons depuis près de 50 ans. Pourrait se négocier le financement d’un programme de réaménagement du territoire autour de pôles économiques et culturels. Des régions par exemple. Elles permettraient d’appuyer et d’encadrer les populations désormais mobilisées pour la production, le commerce, l’éducation et la culture. Organiser une déconcentration sur un nouveau découpage administratif et un tamisage favorisant une meilleure administration des structures de base au niveau rural et urbain. Et, réaliser une décentralisation sobre et efficace, disposant de moyens humains, matériels et financiers pour atteindre des missions mieux délimitées. A la différence des prédateurs qui sont à la tête de ce pays depuis 1968, le Gabon a besoin de moins d’Etat mais de mieux d’Etat. Un gouvernement ramené à une vingtaine de membres, disposant d’une administration ramassée, aux postes de travail bien définis, aux durées hebdomadaires de travail respectées, avec un encadrement régulièrement recyclé notamment dans les secteurs névralgiques. Un Parlement, réaménagé autour de deux chambres, aux missions différenciées comprendra désormais : Une chambre politique : l’Assemblée Nationale, avec, au lieu de 143, 60 députés élus, par départements et sièges d’arrondissement, nourris et logés durant les sessions, mais aux frais de fonctionnement encadrés. Une chambre économique et sociale : le Sénat, avec 40 sénateurs représentant les régions économiques d’une part, les syndicats, l’armée, et les confessions religieuses d’autre part. Rendant ainsi inutile l’existence d’un Conseil Economique et Social.

 Bien évidemment, le bongoïsme ayant laissé des stigmates dans nos esprits, il s’avère plus que primordial que de nouvelles valeurs imprègnent la vie publique, au premier chef, les agents publics. Notamment des valeurs réaffirmées et pratiquées par les dirigeants du pays comme l’impérieux respect des biens et des deniers publics.  Instauration possible de ces nouveaux paradigmes autour des axes suivant : l’instruction judiciaire systématique non sélective de tout détournement des biens et deniers publics commis en République Gabonaise ; le renforcement de la Cour des Comptes qui jugera, sans tris préalables, tous les cas avérés de détournement ; la récupération par des moyens nationaux et diplomatiques des biens et deniers détournés ; la sanction non sélective des délinquants.

La situation que vit le Gabon actuellement est moins liée à la conjoncture du prix du baril qu’aux choix fondamentaux d’Omar Bongo et de ses alliés dès son arrivée au pouvoir en 1967, à l’instauration de l’Etat-Bongo, et  au fonctionnement du système éponyme.

Ali Bongo Ondimba, malgré le coup de com balancé par son dircab dans la presse internationale, est épistémologiquement incapable de refonder l’Etat, de bâtir un autre type d’Etat. Le premier acte posé dès son arrivée au bord de mer fut de contrôler les principaux flux financiers dans le pays. En concentrant l’accumulation des fonds publics à la présidence de la République et en se passant des contrôles du législatif et de l’exécutif. Aujourd’hui, si le FMI se retrouve dans nos murs, ce n’est pas parce que le Gabon serait soudainement atteint d’orthodoxie de gestion mais bien parce qu’elle nous fait gravement défaut. Et, comme par hasard, c’est le petit peuple qui doit trinquer.

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