Accueil Politique Gabon :La fin des partis politiques des années 90 ?

Gabon :La fin des partis politiques des années 90 ?

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Le RPG, l'un des survivants des partis de 90, n'est plus aujourd'hui dirigé par son leader Paul Mba Abessole/©DR

Non seulement la disparition des leaders tels que Pierre-Louis Agondjo Okawé (PGP), Christian Maroga (RDD), Max Mébalé (RDR), Marc Saturnin Nan Nguéma, Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé (CDJ), Jean-Marcel Malolas (RDPS) et Léon Mbou Yembi (FAR) a considérablement réduit l’activité et la visibilité de ces formations politiques, mais les derniers scrutins électoraux ont permis de constater que de nombreux partis de l’ère 90 sont vidés de leur contenu existentiel malgré quelques soubresauts. Depuis 2018 et 2019,  de nouveaux talents et de nouveaux acteurs sont sur la place !

Les partis traditionnels nés entre 1990 et 1993 sont en voie de disparition. Le Parti gabonais du Progrès (PGP), le Forum africain pour la Reconstruction (FAR), le Rassemblement des Démocrates Républicains (RDR) et l’Union socialiste gabonaise (USG) ne semblent plus exister que de nom ! Il en est de même pour le Rassemblement des Démocrates (RDD) de Christian Maroga, le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès social (RDPS) de Jean-Marcel Malolas et pour le Congrès pour la Démocratie et la Justice (CDJ) de Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé. Pour leur part, après avoir fait illusion pendant quelques années, le Moréna Unioniste d’Adrien Nguemah Mba et tous les autres Moréna avec ou sans qualificatif, le Parti socialiste gabonais (PSG) de Jean-Pierre Bagnéna, l’Association pour le Socialisme au Gabon (APSG) de Mapangou Moucani Mouétsa, ont progressivement disparu de la circulation. Une véritable tragédie ! Le fait le plus marquant de cette  »tragédie » est que l’épouse du fondateur de l’APSG a quitté le parti pour rejoindre le PDG, laissant leur fils   »gérer l’héritage du père ».

Pour revenir sur le Moréna Unioniste, Bienvenu Erikh Mauro Nguemah, le fils du fondateur, a, avec son ami Alain Eya Mvey, quitté la vie politique pour se concentrer sur sa vie professionnelle, moins stressante et moins harassante sans doute… Le Parti Gabonais du Centre indépendant (PGCI) de Jérôme Okinda fait encore durablement illusion grâce au PDG qui lui a offert un siège de Sénateur dans la Sébé-Brikolo pour Carlos Okinda, fils du fondateur. Mais autour de Carlos Okinda, il n’y a pas grand-monde qui se bouscule. Espérons qu’une fois le renouvellement du Sénat réalisé en 2021 (si cette institution n’est pas dissoute avant), le PGCI continuera d’exister, mais le doute est permis. Par ailleurs, concernant le CDJ et le FAR qui viennent de perdre leurs leaders respectifs, malgré les dernières déclarations de Nguéma Ebané pour la première formation citée et de Jean-Marie Nguéma Metoule pour le Forum africain de la Reconstruction, le doute sur la vitalité et l’existence même de ces formations est là aussi permis, tout comme il ne fait aucun doute que Caroline Mimboui, malgré quelques efforts, n’est pas assez charismatique et politiquement forte pour mener une vie politique de tout premier plan et redonner vie à l’USG de Serge Mba Békalé. Même le Parti Radical Républicain Indépendant (PARI) d’Anaclet Bissiélo et Fabien Méré a disparu de la scène politique, en dépit de quelques escarmouches en 2009.

Qui, récemment, a croisé des responsables de ces formations politiques lors d’un meeting ou d’une simple causerie politique ? Et où est donc passé le Rassemblement national des Bûcherons (RNB) de Pierre-André Kombila ? Et que dire de l’Union du Peuple Gabonais (UPG) de Pierre Mamboundou Mamboundou ? De combien de cellules et d’élus dispose ce parti aujourd’hui ? Le même constat peut être fait pour le Centre des Libéraux-Réformateurs (CLR). Après avoir exclu ou laissé partir Serge William Akassaga, Alexandre Désiré Tapoyo, Eliane Mindougani, Gaston Mindoungani, Nicaise Sickout Iguendja, et surtout Eloi Nzondo, et vraisemblablement Edwige Andem Obam, le parti de Jean-Boniface Assélé est, disons-le franchement, en train de mourir de sa belle mort, en dépit de l’activité de Patricia Tayé, de l’Honorable Assoumou Akué et de Marius Ndong Ondo. Ces derniers vont-ils longtemps et toujours résister à l’appel des sirènes émanant du PDG ? Exit donc le PGP, le FAR, le RDR, l’USG, le RDD, le RDPS, le Moréna Unioniste, les Moréna, l’APSG, le PSG, le CDJ, le PARI, le PGCI, le CLR…

PDG et PSD, voire le RPG qui dirige la mairie de Kango, parviennent à résister à l’arrivée et à la montée des nouveaux partis LD, RPM, SDG et RV…

Le Rassemblement pour le Gabon (RPG) de Paul Mba Abessole, dirigé aujourd’hui par un quatuor à la tête duquel se trouve Célestin Oyame, lui, au moins, a encore quelques élus locaux, dont certains lui permettent de diriger aujourd’hui la commune de Kango grâce à une coalition intelligemment formée notamment avec le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM) d’Alexandre Barro Chambrier. En fait, en dehors du Parti démocratique gabonais (PDG) et, dans une moindre mesure, du Parti social-démocrate (PSD) de Pierre-Claver Maganga Moussavou qui compte deux élus à l’Assemblée nationale (et sans doute trois après le second tour des législatives partielles le 31 août prochain, car le candidat de ce parti est en ballotage favorable à Mimongo avant d’aborder ce tour), les partis nés autour des années 90 quittent inexorablement la scène politique. De nos jours, il ne reste plus vraiment que le PDG, comme nous le disons plus haut, sans doute parce qu’il tient le gouvernail du pays avec moult moyens financiers et matériels, et le PSD même si ce parti a lamentablement échoué lors des élections municipales et départementales, notamment dans son fief à Mouila. Aux côtés de ces deux formations politiques, sont apparues depuis peu de nouvelles formations, à l’instar de Sociaux-Démocrates Gabonais (SDG) de Julien Louambo et du Rassemblement pour la Restauration des Valeurs (RV) que dirige Tony Ondo Mba, notoirement connus comme des amis du président de l’Ajev. Ces deux formations ont respectivement obtenu cinq et six députés lors des élections législatives d’octobre 2018. Dans ce nouveau paysage qui se met en place, se trouvent également Les Démocrates (LD) de Guy Nzouba Ndama et Séraphin Davain Akuré, le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM) d’ABC, et peut-être Démocratie nouvelle (DN) qui dispose toutefois en René Ndemezo’Obiang d’un leader capable de tous les coups prévisibles et imprévisibles.  »M. Aujourd’hui ici, demain là, après-demain là-bas »  est indéniablement un des derniers avatars de l’inconstance politique gabonaise.

D’autres petites formations politiques cohabitent dans ce Landerneau politique gabonais, mais leur occupation de terrain et leurs stratégies de conquête du pouvoir sont encore peu visibles. On peut, dans ce sens, parler des 7MM (Sept Merveilles du Monde), des Souverainistes,… Le nouveau paysage politique gabonais va s’affiner encore un peu plus au cours de la préparation ou à la veille des tout prochains scrutins électoraux.

Nelson Tchimbakala 

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