Gabon Et si on reparlait xénophobie ?

Gabon Et si on reparlait xénophobie ?

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Le 30 août 2015, l’hebdomadaire ‘’Jeune Afrique’’ publia un article intitulé « Les Gabonais sont-ils racistes ? ». En plus du fait que cette publication entraîna de vives réactions au sein de la société, notamment un échange assez vigoureux entre Marc ONA ESSANGUI, activiste gabonais, et Georges DOUGUELI, journaliste camerounais et auteur de l’article sur leurs pages FACEBOOK respectives, il faut dire que c’est un dossier sensible, surtout en cette période électorale. Mais avant de poursuivre le sujet, ouvrons notre petit LAROUSSE pour comprendre que la xénophobie est définie comme « une hostilité à ce qui est étranger », plus précisément à un groupe de personnes ou d’un individu considéré comme étranger à son propre groupe.

Principalement motivée par la peur de l’inconnu et de perdre sa propre identité, elle se détermine selon la nationalité, l’origine géographique, l’ethnie, la culture ou la religion, réelles ou supposées, de ses victimes, sous l’influence de croyances populaires. Elle peut se manifester par l’exaltation de la culture de son groupe à travers certaines formes de nationalisme par exemple, et le dénigrement, le rejet, voire la destruction du ou des groupes étrangers, ou des agressions verbales ou physiques de ce groupe pour assurer la pureté présumée de son identité.

Les attitudes xénophobes sont considérées comme des violations des droits de l’homme et condamnées, à ce titre, avec celles racistes et discriminatoires, dans certains pays, généralement depuis la fin du XXe siècle. La déclaration et le programme d’action de Vienne, en Autriche, admis par l’Assemblée générale des Nations unies en 1993 indiquent que l’éradication de ces comportements est une tâche prioritaire pour la communauté internationale qui prie tous les gouvernements du monde de prendre des mesures efficaces pour les prévenir et les combattre.

Sur le plan sociologique, il est possible de définir la xénophobie comme un « ensemble de discours et d’actes tendant à désigner de façon injustifiée l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil qui visent à le tenir à l’écart de cette société, que l’étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans cette société ou encore depuis longtemps installé ».

Le mérite des deux personnalités citées plus haut est, non seulement de s’appuyer sur des exemples concrets , historiques et sociologiques, mais aussi et surtout de susciter chez les citoyens gabonais et les amis du Gabon un débat psychosociologique amenant à se poser la question de savoir si le Gabonais est foncièrement opposé à « autrui » d’abord pris isolément, ensuite en groupe.

Le Gabonais, un individu systématiquement hostile envers autrui ?

 

L’histoire du peuplement au Gabon montre, soutient et atteste qu’en dehors d’une certaine période coloniale parsemée de confusion du genre « qui est-ce qui faisait le jeu du colonisateur ?»,les populations gabonaises ont toujours vécu en harmonie, d’où la facilité avec laquelle elles se reconnaissent et développent le vivre-ensemble ; les origines des Fangs, Punus, Myènès, Ghisir et les autres sont différentes et auraient pu servir de motif de tension entre ces différentes communautés et qui auraient pu dégénérer en conflits. Or, l’on se rend compte qu’il n’en est rien. Et la multitude de mariages mixtes s’opérant à travers tout le pays achève de nous convaincre. Avec les sujets expatriés, la cohabitation a souvent été conviviale, n’eût été le comportement reproché à certaines « têtes de Turc » qui n’ont pas encore assimilé les règles du bon voisinage. Et c’est cette relation qui nous intéresse le plus ici.

Au cours d’une réunion, tenue le 18 novembre 2015 à l’université Omar Bongo (UOB), qui a rassemblé universitaires, étudiants et hommes des média, furent présentées les premières données de l’enquête afro-baromètre menée au mois de septembre 2015 par l’équipe du Centre d’études et de recherches en géosciences politique et prospective (CERGEP) et réalisée sur un échantillon de 1200 (mille deux cent) personnes. Dans cette enquête, afro-baromètre révèle que la grande majorité des Gabonais est favorable au droit à la citoyenneté pour un individu né au Gabon d’un parent autochtone et d’un autre expatrié (94 %), la femme d’un Gabonais même si elle est née hors du pays (81 %), une personne ayant vécu et travaillé pendant longtemps au Gabon (75 %), le mari d’une Gabonaise, même s’il est né sous d’autres cieux (67 %), une personne née au Gabon de parents immigrés (58 %). Pour Serge Loungou, enseignant à l’UOB, ces résultats permettent de « tordre le cou à un prétendu nombre d’idées reçues sur la prétendue xénophobie des Gabonais ».

Et Marc ONA ESSANGUI de renchérir, sur sa page FACEBOOK, le 2 septembre 2015, en rappelant que :

  • Libreville, la capitale, a été fondée par des esclaves libérés venus du Sénégal et d’ailleurs ;
  • Le Gabon a accueilli des milliers d’Equato-guinéens lors de la persécution de Macias NGUEMA ;
  • Plusieurs autorités républicaines, passées et présentes, ont pour conjoint des femmes venues d’ailleurs (deux Centrafricaines pour Léon MBA, deux Congolaises pour Omar BONGO, une Américaine et une Franco-marocaine pour Ali BONGO, …) ;
  • De nombreux étrangers ont vécu et sont ensevelis en terre gabonaise ;
  • Hamane MAMADOU, membre de la communauté Haoussa et opposant farouche au régime BONGO, a été élu sénateur de la commune d’Oyem ;
  • Plusieurs compatriotes achètent des parcelles de terrain auprès de ressortissants étrangers, parfois en violation des textes en vigueur en république gabonaise ;
  • Des investisseurs étrangers, notamment dans le domaine forestier, ont acquis des parcelles de terrain pour y exercer leur activité alors que dans certains pays, comme le Cameroun ou l’Ethiopie, la vente de terrain aux étrangers est formellement interdite ;
  • Les villages et autres coins reculés du Gabon sont aujourd’hui peuplés de ressortissants originaires d’Afrique de l’Ouest et d’ailleurs qui y pratiquent allègrement l’agriculture, la pêche, l’exploitation forestière et le commerce ;
  • Certains compatriotes portent des noms à consonance étrangère : RAMONDET NDIAYE, DIOUF MBA, etc. ;
  • Des quartiers de Libreville portent des noms qui renvoient à des pays étrangers : Lalala Dakar, Petit Paris, London, Oyo, carrefour Kanté, …
  • Pour une population peuplée à 80 % de chrétiens, les mosquées poussent comme des champignons sans la moindre hostilité des autochtones.

Comme l’on peut aisément le constater, il n’y a pas plus de xénophobes au Gabon que dans tout autre pays du globe. Le véritable point de la discussion soulevé par Jeune Afrique semble être ailleurs, opinion partagée par bon nombre de nos compatriotes.

Le fond du problème

Loin de nous l’idée de nier l’existence chez les Gabonais, du moins ceux d’une certaine génération, d’une idéologie inculquée se traduisant par un sentiment de supériorité vis-à-vis d’autres populations africaines, notamment celles issues des pays d’origine des migrants, et que cela ait pu entraîner chez certains des attitudes méprisantes vis-à-vis de tous ou une partie de ces immigrés dont la plupart sont des immigrés clandestins.

Nous ne soutiendrons pas, non plus, que les Gabonais soient exempts de tout reproche mais les cas cités par Georges DOUGUELI dans son article ne sont que des actes marginaux qui n’ont rien à voir avec un quelconque sentiment de xénophobie et ne concernent pas la majorité de nos compatriotes, tout comme ils ne sont pas propres à ces derniers. Par exemple, le Gabon n’est pas le seul pays au monde où l’on distingue les citoyens de souche et ceux ayant acquis la nationalité.

Et que l’on ne nous parle pas de l’incendie, regrettable, de l’ambassade du Benin au Gabon, en avril 2015, à la suite de l’annonce du décès d’André MBA OBAME (AMO) car il ne s’agissait pas d’un acte xénophobe mais politique en ce sens que les auteurs exprimaient- d’une très mauvaise façon- leur colère contre le directeur de cabinet du chef de l’Etat que l’on rendait, à tort ou à raison, responsable de cette mort. La preuve, aucun ressortissant béninois n’a eu à signaler un dégât matériel subi ou une atteinte à son intégrité physique.

Le problème vient du fait que les Gabonais conçoivent très mal que des gens venus d’ailleurs, à qui l’on a offert le gîte, en viennent à manquer de respect non seulement à leurs institutions mais aussi à leurs populations au motif qu’ils n’aient de comptes à rendre à personne et qu’ils soient, nous dit-on, protégés par « une grosse légume du pays » avec qui ils auraient passé des accords.- pour ceux qui s’en rappellent, on se souvient encore de cette douloureuse expression ayant provoqué des tumultes à savoir « je suis plus Gabonais que toi »-. Et que dire de cette horde de conseillers évoluant, depuis 2009, dans la sphère du pouvoir, appelée « la légion étrangère » se faisant bien plus remarquer, dit-on aussi, par une incommensurable arrogance que par une réelle aptitude à aider le chef de l’Etat dans sa gestion de la chose publique ?

Terre d’immigration

Au regard de l’ampleur du phénomène de l’immigration, l’on ne peut soutenir, objectivement, que la xénophobie fasse partie du patrimoine génétique gabonais ; ce serait une injure grossière faite à ce pays et ses habitants, qui plus est, si cela était vrai, il n’y aurait certainement pas autant de communautés étrangères, venues de différents horizons, dans nos murs. « Le Gabon qui accueillit Albert SCHWEITZER, Cheikh AMADOU BAMBA et Samory TOURE restera fidèle à sa tradition, en s’ouvrant à tous ceux qui témoignent d’une réelle passion pour elle et d’une sincère fraternité pourses enfants », soutient le docteur Guy ROSSATANGA-RIGNAULT. D’autres doivent garder à l’esprit qu’il ne faut pas faire à autrui ce qu’ils ne veulent pas qu’on leur fasse. Ce n’est pas de la xénophobie que de se poser des questions sur une situation que l’on trouve assez dérangeante car très peu rencontrée sous d’autres cieux. D’ailleurs, doit-on rappeler ce que le regretté Grégory NGBWA MINTSA disait : « Personne ne fera le Gabon à notre place » ?

Par Yohan Freddy NGUEMA ZUE

 

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