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Gabon :Débat sur la patience en politique

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 Les débats sont nombreux au sein de la classe politique gabonaise. Notamment entre les fractions de l’opposition qui s’égrènent de ceux qui ont décidé de signer le contrat des Accords politiques d’Angondje en 2017 à ceux  regroupés au sein de la Coalition pour la Nouvelle République conduite par Jean Ping.

Des débats qui, certes peuvent paraître vaseux, inopportuns ou superflus, alors qu’ils peuvent délimiter les nuances. Or, comme cela a déjà été écrit, il faut bien admettre que « de la consolidation de telle ou telle nuance, peut dépendre l’avenir » de notre peuple et de notre pays. C’est vrai qu’à force de rester scotchés sur l’agitation actuelle dans les hautes sphères de l’Etat-Bongo, d’aucuns qui se considèrent comme des opposants, progressistes, démocrates, patriotes, républicains, en oublient parfois l’essentiel ou l’omettent tout simplement : la nécessité de préparer l’éradication de cet Etat. Et, parmi eux, il y a les théoriciens de « la patience », signataires des Accords d’Angondje, pour qui « partout ailleurs, là où des mouvements démocratiques ont fini par avoir raison des dictatures, non seulement nul n’avait prévu, avec précision, la chute de tels régimes, mais que cela ne s’est pas toujours accompli par la lutte armée ou autres voies insurrectionnelles. Dans la témérité, l’endurance, l’obstination et, surtout, la patience, ces régimes s’en sont allés… »

Toute la question est de savoir de quelle « patience » il s’agit. De celle qui, son premier sens, est synonyme de « résignation », de « courage pour supporter », ou alors, second sens, de cette « aptitude à persévérer dans une activité, un travail de longue haleine, sans se décourager » ?

Les partisans des Accords d’Angondje tentent de nous éclairer : « …l’Etat-Bongo a quand même été obligé de s’ouvrir à un dialogue politique inclusif et sans tabou. Occasion propice pour les organisations politiques d’arracher des réformes profondes et structurelles pour plus de démocratie dans le pays, à commencer par la transparence électorale… »

Aurait-on, soudainement, oublié que si « l’Etat-Bongo a…été obligé », il l’a été par la pression populaire déclenchée par la victoire de Jean Ping ?  Et, non par les défections dans le camp de Jean Ping qui ont été ficelées par la main habilement tendue d’Ali Bongo Ondimba et ont atterri au dialogue d’Angondje. Faut-il, par ailleurs, comprendre que des « réformes profondes et structurelles » ayant été « arrachées » lors de ce dialogue, il suffit désormais d’attendre patiemment que les choses se fassent ?

Pourtant, tout le monde se rend bien compte que les «  choses » qui se font aujourd’hui tiennent de plus en plus –pour reprendre les mots d’un confrère- « d’une précampagne électorale au Gabon » que d’une mise en application de ces « réformes profondes et structurelles » « arrachées » lors du dialogue d’AngondjeLe mémorandum remis au Premier ministre par Mgr Basile Mve Engone souligne même qu’elles semblent être le cadet des soucis du palais présidentiel du bord de mer.

 Que peut alors apporter au peuple la patience, si elle n’est que « résignation » ? En lançant son appel au boycott en 1990, Paul Mba Abessole avait fait, lui aussi, le choix de la patience. Le choix de patienter jusqu’en 1993. Mais, sans coopérer avec le pouvoir. Trois ans pour édifier une forteresse politique : le Rassemblement national des Bûcherons (RNB). Trois ans pour exister. C’est ainsi, et non par la coopération, que ce parti a pu rentrer dans le jeu politique gabonais, y peser, et contribuer fortement à la tenue des Accords de Paris. Comme le disait Sun Zu dans l’Art de la guerre : « Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation. » Le débat demeure.

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