Accueil Politique Gabon : Chamboulement au sommet de l’Etat : Pas touche au fauteuil !

Gabon : Chamboulement au sommet de l’Etat : Pas touche au fauteuil !

PARTAGER
Ali Bongo et Bla/©DR

La corruption serait, pour certains analystes gabonais, le fruit de l’illégitimité du pouvoir. Leur argument est le suivant : « Les Bongo au pouvoir ne le sont que par des élections truquées. Sur un tel fondement biaisé du pouvoir légal subséquent comme concevoir quelque politique visant la bonne gouvernance et, donc, la réduction des faits de blanchiment et de la corruption ». Autrement dit, la corruption serait une conséquence de l’illégitimité du pouvoir en place.

La presse française, quant à elle, est longuement revenue sur les 10 affaires dans lesquelles Nicolas Sarkozy, élu français, sera cité ou mis en cause. Elle a ainsi fait la démonstration que légitimité, « corruption » et « trafic d’influence » peuvent faire bon ménage. De l’affaire Bygmalion des comptes de la campagne de 2012 à l’enquête sur les voyages en jet privé de Nicolas Sarkozy, facturés à la société Lov Group d’un proche, 10 affaires touchent N. Sarkozy, comme entre autres le financement libyen de la campagne de 2007, les affaires Tapie, Karachi, les hélicoptère du Kazakhstan etc… Mais, à aucun moment, sa légitimité d’élu au suffrage universel n’a souffert de la moindre contestation.

Au Gabon, en revanche, se serait établie une sorte de connexion de cause à effet mécanique entre l’illégitimité de ceux qui nous dirigent et les actes de corruption qu’ils posent. Leur flagrant déficit de légitimité et leur mainmise semi-séculaire sur le pouvoir central de l’Etat les auraient transformés en véritables prédateurs des deniers et biens publics, tissant, au passage, des réseaux de détournements et de concussion. Bien que le raisonnement soit un peu court, il n’est pas dénué de fondement. En effet, dans la mesure où des dirigeants qui savent pertinemment qu’ils n’ont aucun compte à rendre à un peuple qu’ils prétendent représenter sont un véritable cancer pour la nation. Mais court parce que l’on pourrait en conclure un peu rapidement qu’il suffirait d’un scrutin transparent – législatives ou présidentielle –  pour que la corruption cesse au Gabon. Vieux pays démocratique, la France nous démontre que ce n’est pas aussi mécanique et que c’est donc là un point de vue discutable.

Au Gabon, la nature des opérations « Mamba » et « Scorpion » peut permettre de se faire une idée plus claire du problème auquel sont confrontés les Gabonais. Le soupçon précède nécessairement ces opérations qui ne devraient être, au fond, que des contrôles comptables – c’est-à-dire, de banales vérifications consistant à confronter des comptabilités écrites à certaines données de fait ou matérielles, afin de s’assurer de la sincérité des déclarations souscrites et de procéder, le cas échéant, à des redressements ou/et à des condamnations. Mais chez qui le  soupçon germe-t-il ? Bien évidemment, chez ceux qui sentent le danger de voir leur pouvoir chanceler.

Ceux qui ont décidé de tuer leur chien subitement accusé de rage. Ils activent leurs services spéciaux qui actionnent leurs enquêteurs. Processus aboutissant au parquet qui leur délivrera aux indélicats désignés un mandat de dépôt.  « Mamba » et « Scorpion » ont eu, certes, le mérite de faire la démonstration de l’étendue des métastases d’un brigandage financier au cœur de l’Etat gabonais. Mais, cette situation, nous le savons tous, ne date pas d’Ali Bongo Ondimba. C’est pourquoi, comme l’expliquait Pierre Amoughe Mba : « il est difficile de traduire les détourneurs de deniers publics et les faux monnayeurs devant les Tribunaux ; et les crimes économiques, comme les crimes rituels, sont aussi vite enterrés que dénoncés. La corruption des élites dirigeantes est ainsi une arme puissante aux mains des Bongo. Elle explique, en grande partie, le silence des uns et la connivence des autres. » Le cas de Magloire Ngambia, toujours en « résidence surveillé » à Sans Famille depuis trois ans, mais toujours présumé innocent, l’illustre parfaitement.

Les opérations « Mamba » et « Scorpion » s’apparentent  plus à des pogroms politiques. Loin d’éradiquer la « maladie », ces deux opérations n’ont visé que le démantèlement des réseaux rivaux. Aujourd’hui, le réseau ajévien, hier, celui de Maixent Accrombessi, et, avant-hier, ces « vieux avec qui on ne fait pas du neuf ». Nous sommes là au cœur  d’antagonismes politico-financiers dont l’enjeu  central tourne autour du contrôle politique par tel ou tel clan des leviers décisifs de l’Etat. Ceux qui garantissent la captation de ses deniers publics, assure la loyauté de ses institutions, et commande la fidélité de son armée. Brice Laccruche Alihanga s’est, manifestement, aventuré au-delà des zones politiquement tolérables par le clan dominant. De maître d’œuvre qu’il était, il a dû donner le sentiment de vouloir passer maître d’ouvrage. De porteur de message, il a été soupçonné de vouloir délivrer le sien propre… à la Nation. Vendant prématurément la peau de l’ours.

Or, de tout temps, toute suspicion de prétention à contrôler les rouages de l’Etat, donc d’en déposséder Omar Bongo, se soldait inévitablement par une…disparition. Pour bon nombre, ce fut et c’est encore la torture et la prison. La liste vient d’ailleurs de s’y rallonger avec la charrette des ajéviens. Parfois, cela se réglait comme pour le capitaine Mandza au bout du fusil devant Hollando. Ou alors, à la manière de Germain Mba et de quelques autres, abattus par des inconnus (?) et dont les corps se sont évanouis dans la nature.

Le pouvoir est encore, au Gabon, une question de vie ou de mort. Et, les accusations de « coup d’Etat » portées en gros titre des parutions de certains de nos confrères ne sont pas à prendre à la légère. Elles soulignent que le problème se situe au niveau du pouvoir central. En tous cas, pour les tenants du système, ces accusations ne sont pas surfaites. Trois indices à cela : la rapide et pharaonique accumulation de deniers publics réalisée par les personnalités interpelées dans le cadre de l’opération « Scorpion » ; le contrôle de l’Exécutif ; et une tentative d’incursion dans les services spéciaux. Trois indices qui n’ont certainement pas manqué d’alerter et d’inquiéter Sylvia, Nourredine, 3M, les patrons de la GR et de la Gendarmerie sur les réelles ambitions de BLA et de ses amis.

Penser que, dans un contexte où la corruption a « métastasé » tout le pouvoir, une élection transparente soit possible ou qu’il suffirait à un seul – ou une seule – de bénéficier de la légitimité populaire à l’occasion d’un scrutin transparent et d’accéder au fauteuil présidentiel pour inverser l’addiction atavique du système à la corruption, revient à faire preuve d’un optimisme qui vient défier les 30 dernières années que nous venons de vivre. Or, l’exigence d’une déclaration de vacance conduit mécaniquement à une nouvelle élection présidentielle organisée dans les mêmes conditions que les cinq précédentes. Le « Cercle des Notables » n’avait peut-être pas si tort, le 16 mars 2018, de préconiser, « avant d’entreprendre quoi que ce soit, une Réconciliation Nationale. Nous avons besoin de nous parler, de nous apprécier à nos justes valeurs  pour pouvoir décider sereinement ensemble ».

Stéphane Mwameka

PARTAGER