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Forces du Changement: A la recherche d’une cohabitation ?

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Convaincus qu’ils vont gagner les prochaines élections législatives si  »l’esprit du 16 août 2016 » prévaut, certains partis membres de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) s’apprêtent à s’y lancer. Mais après la victoire éventuelle, il va falloir  »gérer la pénurie ». Une aubaine pour Ali Bongo à qui la nouvelle Constitution accorde tous les pouvoirs. Il pourra, à sa guise, bloquer ici, ne pas promulguer tel projet de loi là-bas… La cohabitation a toujours été profitable au chef de l’Etat en exercice !

 »Nous n’allons pas laisser tout le pouvoir à Ali Bongo »,  »la politique de la chaise vide n’est pas bonne »,  »il nous faut aller aux élections pour avoir une tribune »,… Les arguments ne manquent pas pour expliquer le bien-fondé d’une participation des partis membres de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) aux élections législatives de cette année. Il s’agit d’arguments tout à fait acceptables, si on pense que tous les périmètres démocratiques sont définis et si on est convaincu que c’est le vainqueur proclamé qui aura effectivement gagné dans les urnes. A la rédaction du journal Le Temps, nous pensons que les forces du changement pourraient remporter les élections législatives, car le Parti démocratique gabonais (PDG), trop englué dans des querelles de personnes dans plusieurs circonscriptions politiques, partira diminué à ce scrutin. Le congrès de la régénération et de la redynamisation du mois de décembre dernier n’a pas permis de  »recoller les morceaux ».

Mais la participation des forces du changement à ces élections méritait à l’évidence un débat plus approfondi que les simples propos liés au refus de la politique de la chaise vide. Les Démocrates de Guy Nzouba Ndama et le Parti Gabonais du Progrès (PGP) de Benoît Mouity Nzamba ont déjà annoncé leur participation, tandis que le Rassemblement Héritage et Modernité (RHM) d’Alexandre Barro Chambrier attend la décision de la conférence des présidents de la CNR. Pour sa part, l’Union nationale (UN) a, sans le dire formellement, indiqué sa prochaine participation. En coulisses, les réunions se succèdent au siège des Démocrates au Bas de Gué-Gué pour préparer… la déclaration commune qui sera celle de l’UN, des Démocrates, de RHM et des Upégistes solidaires (Jean de Dieu Moukagni Iwangou). Toutes les stratégies seront mises en oeuvre pour la victoire au prochain scrutin. Tout sera mis en branle pour faire vivre au Gabon sa toute première cohabitation. Cela confirmerait la  »bonne santé » des forces du changement après leur victoire lors de l’élection présidentielle d’il y a tout juste dix-huit mois. Ces forces prendraient alors le contrôle de l’Assemblée nationale et du Gouvernement de la République, mais…

Mais c’est peut-être le rêve secret d’Ali Bongo. Celui de voir les forces du changement diriger le gouvernement pendant les cinq prochaines années qui vont mener le Gabon à l’élection présidentielle d’août 2023. On le sait, le Gabon est aujourd’hui un pays quasi-naufragé. Gérer le Gabon aujourd’hui, c’est gérer la pénurie. Or, pour répondre efficacement aux attentes aussi nombreuses que pressentes des populations, il faut avoir le  »blé ». Tout le monde le sait, les caisses de l’Etat sont à l’étiage. L’administration croule sous une dette abyssale. De nombreuses entreprises publiques ne perçoivent plus leurs subventions. Les problèmes d’eau et d’électricité restent à résoudre. Tous les trésors d’imagination et d’ingéniosité ne suffiraient pas pour satisfaire aux exigences du peuple. Avec les forces du changement au  »pouvoir » (Assemblée nationale et Gouvernement), avec toutes les difficultés actuelles et à venir, Ali Bongo serait tout à fait à l’aise, et préparerait tranquillement l’élection présidentielle de 2023.  »A vous les difficultés du quotidien, à moi la sérénité », pourrait-il dire.

Car, on l’a vu dans plusieurs pays, la cohabitation a toujours profité au chef de l’Etat en exercice. En France, par exemple, lors des élections législatives de mars 1986, l’opposition conduite par Jacques Chirac, président du Rassemblement pour la République (RPR), remporta le scrutin. François Mitterrand, alors président de la République, retourna en sa faveur cette grande déconvenue électorale. Il devint le principal censeur du gouvernement. Candidat à sa succession deux années plus tard, il gagna haut la main le scrutin présidentiel. Jacques Chirac avait retenu la leçon. En 1997, tout juste deux années après son élection (en mai 1995) à la présidence de la République, il dissout l’Assemblée nationale et appelle à l’organisation de nouvelles élections législatives. Soutenu par la  »Gauche plurielle », le Socialiste Lionel Jospin remporte ces élections. Il est nommé Premier ministre. Pendant cinq ans, il est au four et au moulin. Chirac, lui, boit du petit lait. Résultat des courses : 2002, victoire de Jacques Chirac au second tour face à Jean-Marie Le Pen avec un score  »africain », 82 % des voix. Lionel Jospin arrive en troisième position et est éliminé du second tour. La cohabitation a toujours profité au président de la République en exercice. Il peut bloquer ici, ne pas promulguer tel ou tel projet de loi, le gouvernement se retrouverait alors avec les mains liées. La politique n’est pas un jeu d’enfants.

 

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