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Il faut sauver le soldat Jean PING

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Jean Ping.

Il s’est avancé loin dans les lignes ennemies. Il se trouve dans la zone rouge.

Lorsque le Gabon fait mine de rentrer en périodes pré-électorale puis électorale, il ressemble à un pays normal aux mœurs démocratiques normales. On fait alors semblant de faire semblant. Et, c’est bien ce à quoi nous avons eu droit de 2014 à 2016. Le Gabon se trouvait dans une fausse normalité où tout le monde se posait les questions normales que l’on ne se pose même plus dans un pays démocratique normal en phase d’élection, surtout présidentielle. La fiabilité des listes électorales. La conformité des dossiers des candidats. L’accès équitable aux médias publics. L’utilisation impartiale des moyens de l’Etat. Le droit de tenir des réunions et manifestations publiques. Le déroulement normal des opérations électorales, et la proclamation des véritables résultats.

Qui y a cru au Gabon ? Peut-être ceux qui avaient 11 ans en 2009. Mais tous les autres qui ont subi 1993, 1998, et 2005 ont juste fait semblant de croire que quelque d’anormal, un miracle en somme, pouvait se passer au Gabon : une élection normale. D’autant que, cette fois-ci, la communauté internationale, surtout l’Union Européenne, avait décidé de ne pas faire dans les simagrées habituelles des observateurs internationaux pour qui tout était toujours bien qui finissait bien dans un pays bien comme le Gabon des Bongo. Pacôme Moubele Boubeya a sorti les Gabonais de leur torpeur, le 31août 2016. Il a annoncé, comme avant lui de Mboumbou Miyakou à Ndongou, des résultats défiant la réalité des urnes. Cerise sur le gâteau, 21 bureaux ont été annulés dans le 2ème arrondissement sans que le scrutin ne soit repris comme l’exige la loi et les résultats du Haut-Ogooué ont été revus à la hausse grâce à une participation hors du commun des « électeurs » altogovéens. La colère de la jeunesse gabonaise ne s’est pas fait attendre.

La riposte de l’Etat-Bongo non plus. Des dizaines et des centaines de blessés, emprisonnés, tués, et de disparus. En fait, c’est ce qui est la norme au Gabon. La contestation qui suit habituellement fait également partie des choses normales post-électorales. En bout de course, Mborantsuo, le piège qui n’oublie jamais l’oiseau, se referme, et, normalement, la comédie électorale s’arrête là. L’Etat-Bongo ouvre alors ses portes pour accueillir ceux des « braves » qui, après les rituelles échauffourées, acceptent la main tendue du Bongo en place. Dialogue d’Angondjé. Mais avant, Conférence Nationale, Accords de Paris, et Arambo. C’est à ces moments-là que l’Etat-Bongo nous rappelle que les Bongo ne sont pas des candidats normaux, ce sont les gardiens du temple. Ils le défendent pour y rester, quitte même à y rester.
Certains ont accepté. D’autres, apparemment s’y apprêtent. Mais manifestement pour PING, il n’en est pas question. Ce qui n’est pas « normal ». C’est bien pourquoi, il se trouve désormais dans la zone rouge. Celle des choses que le système Bongo ne saurait tolérer. Ce système ne pourra pas tenir six ans avec Jean PING dans l’opposition. Il lui faut donc attirer à lui une nouvelle fournée des collaborateurs du chef de la Coalition pour la Nouvelle République à l’occasion des législatives et isoler ou éliminer PING avant leur tenue.

Empêcher Jean PING de se déplacer à l’étranger apparaît donc comme un test pour savoir jusqu’où pourront aller les soutiens du Président élu par les Gabonais en 2016. Jusqu’où iront l’ONU, l’Europe, la France, l’Afrique, mais, surtout, les Gabonaises et les Gabonais. Pas seulement ceux qui ont voté PING. Mais également tous ceux qui ne croient plus aux mascarades électorales du système Bongo et qui, depuis longtemps, ont décidé de ne plus voter. Les partis et autres associations, membres de la Coalition, savent parfaitement qu’ils doivent bien prendre conscience que la junte au pouvoir peut aller bien plus loin qu’un empêchement de voyager. Il suffit de compter le nombre de disparitions politiques de Germain Mba à Pierre Amoughe Mba en passant par Rendjambé. Pour ne citer que ceux-là. Ne laissons pas Jean PING seul dans la s

Stéphane MWAMEKA

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