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Entretien avec Jean Elvis Ebang Ondo « Il y a trop d’immixtion de l’exécutif dans les fonctions judiciaires »

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Jean Elvis Ebang Ondo, au centre/ ©DR

Jean Elvis Ebang Ondo, est le président de l’association de lutte contre les crimes rituels. Dans cet entretien qu’il accordé à nos confrères de l’hebdomadaire le Temps, mais que notre média reprend, il revient sur les lignes de engagements de son association, mise sur les fond baptismaux en 2005. Lecture.  

Pyramidmédiagabon : Monsieur le Président comment est née l’Association de lutte contre les crimes rituels ?   

J E EBANG Ondo : L’ALCR est née en 2005. Nous avons perdu nos enfants qui ont été enlevés, séquestrés, assassinés, mutilés et jetés au bord de mer de Libreville, le 3 mars 2005. A la suite de cet acte abominable, et constatant ces faits divers qui sont  chroniques dans notre pays, nous avons constitué un  collectif des familles d’enfants assassinés mutilés et disparus qui s’est transformé en  association. Notre objectif est de  dénoncer ces crimes abominables aux yeux du monde  et interpeller  l’Etat et la justice Gabonaise d’arrêter les coupables et les auteurs.

 Le 14 mars 2005 nous avons tenu une marche pacifique à Libreville  bien couverte par la presse nationale et internationale qui ont poussés les autorités Gabonaises à réagir favorablement. Le 18 mars 2005, le Gouvernement gabonais a convié les Agences des Nations Unies à une réunion de concertation sur les crimes atroces qui venaient de se produire dans la capitale. C’est cet espace de dialogue qui nous a permis d’aboutir à des recommandations et à  la naissance de notre Association en brisant l’omerta jusqu’à notre reconnaissance officielle avec  un récépissé définitif délivré par le Ministère de l’Intérieur.

Le colloque de 2005, organisé par Monsieur Ali Bongo a vu la participation de tous les Etats de la sous-région d’Afrique: (Burundi, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale,  République démocratique du Congo, République Centrafricaine, Sao –Tomé et Principe, Sénégal et des Etats Unis d’Amérique) et les Agences des Nations Unies (UNICEF, UNESCO, PNUD, Banque Mondiale, HCR). Tous ces pays et organisations se sont engagés à  mettre fin à ces pratiques.

Et s’il vous était donné de dresser le bilan de vos principales actions sur le terrain.

Nous ne pouvons pas parler de bilan de nos principales actions actuellement,  puisque le phénomène existe encore. C’est le même système qui nous gère avec les mêmes personnes. Nous pouvons parler d’avancées  de la lutte. Nous avons espoir qu’ils peuvent se convertir.

 -Nous avons brisé le tabou  des crimes rituels  de 2005 à 2017, actuellement les hommes de l’ombre interdisent aux gens d’en parler publiquement. Notre résistance les amène à la politique de l’isolement de l’ALCR. Elle consiste à enlever les membres de l’ALCR par les affectations, les nominations, les corruptions etc. pour affaiblir le mouvement. L’interdiction de nos activités dans les médias. Trop d’espionnages  dans le but de nous étouffer. Ils vont même à l’étranger avec nos partenaires pour les interdire de  nous soutenir. L’ALCR dérange.

 – Cette revendication  était  nationale pour les autorités  Gabonaises. Plusieurs hommes politiques engagés dans cette lutte n’en parlent  plus dans leur projet de société depuis 2017.

 -La reprise de la tenue des sessions criminelles après 10 ans  de 2002 à 2012; Elles se  tiennent  avec les tirages au sort des dossiers criminelles. Les familles des victimes sollicitent  du Gouvernement les sessions spécialement pour ces cas avec l’augmentation de l’enveloppe budgétaire des assesseurs, l’indépendance des enquêteurs, et la dotation du matériel de travail moderne aux O P J (officiers de police judiciaire)

 – Les (4) marches pacifiques pour dénoncer et apaiser les douleurs ; en 2005, 2008, 2012 et la dernière de 2013  fut historique avec la participation de la Première Dame Sylvia BONGO et  Monsieur  Ali BONGO qui a reconnu le phénomène après la remise officielle du mémorandum en promettant de l’éradiquer.

 -La mise en place de l’ONDE ; l’Observatoire nationale des droits de l’Enfant et, la CNDH  Commission nationale des droits de l’Homme. Les structures inactives dans ce combat.

 -La Journée des saints innocents ou  Journée nationale des martyrs célébrée tous les 28 décembre de chaque année depuis 2012 par l’église catholique et les autres confessions religieuses  signataires du mémorandum du 11 mai 2013 qui  travaillent aussi dans le même sens avec une  prière spéciale. L’ALCR est une force de critiques et de propositions.

-Le Jardin des innocents : situé au bord de mer avec plusieurs cocotiers plantés. Les deux colloques de 2005 et 2014 tenus à Libreville. Sans oublier le coté pédagogique : l’encadrement des élèves et des étudiants dans leurs recherches et exposés. Les publications de 3 livres, le 4ème vous sera présenté dans les prochaines semaines ici à Libreville.

 -Le soutien des familles victimes avec 4 procès gagnés le dernier date du 8 janvier  2019 à Oyem. La proposition de loi sur les crimes rituels rejetée par la cour constitutionnelle en 2015.

Vous avez souvent parlé de l’impunité des acteurs et commanditaires des crimes rituels au Gabon, les lignes ont-elles bougé du côté de l’appareil judiciaire ces dernières années ? Si non comment inverser la tendance ?

 EBANG Ondo. Effectivement, si le phénomène persiste, c’est à cause de l’impunité de cette catégorie de personnes sans foi ni loi. Nous gardons espoir avec les deux Ministères réunis en un seul : la Justice, les droits de l’homme et l’Intérieur (les pouvoirs exécutif et judiciaire) que les choses peuvent bouger.  Nous attendons la rentrée judiciaire qui se pointe à l’horizon pour voir si les revendications  du SYNAMAG (Syndicat national des magistrats du Gabon) seront prises en compte. Nous réclamons l’indépendance judiciaire.  Il y a trop d’immixtion de l’exécutif dans les fonctions judicaires Et voilà pourquoi je voudrais profiter de cette occasion pour dire haut et fort que nous soutenons les revendications du SYNAMAG. Nous voulons Une Justice pour Tous.

 Pour inverser la tendance actuelle, notre proposition de loi présentée et votée  devant l’ex Président de l’Assemblée Nationale Monsieur Guy NZOUBA NDAMA en 2014 et rejetée en 2015, doit être reprise, car elle s’adapte à la situation actuelle. L’article 229 du code pénal doit être complété par : « les meurtres avec prélèvements d’organes et ou d’éléments du corps humain à des fins de fétichisme ou de sorcellerie sont punis de la peine d ‘emprisonnement à perpétuité, assortie d’une période incompressible de 30 ans ». La dotation aux forces de sécurité des outils de travail moderne. Nous voulons que les parents puissent avoir accès aux médias pour présenter leur douleur.

Monsieur le Président, avez-vous une idée des différents modes opératoires des criminels rituels sur le terrain aujourd’hui ?

   EBANG Ondo: Les criminels opèrent et agissent en changeant la  manière d’opérer dans le temps et l’espace.

  Hier, ils enlevaient leurs proies ; les séquestraient, les mutilaient  et les  jetaient dans la nature. Les corps étaient retrouvés. Aujourd’hui, la plus part des corps ne sont plus laissés dans la nature. Car on publiait régulièrement les statistiques. On tue, on prélève les pièces détachées et on fait disparaitre le reste du corps soit dans les congélateurs (consommation) soit on l’enterre. Puis 6 mois après, ils  reviennent  pour récupérer les ossements humains qui se vendent aussi bien dans leur milieu selon la puissance de la victime.  Actuellement, c’est dans l’arrière-pays où le braconnage humain se fait beaucoup. Ils traversent les frontières actuellement.

Quelle est la démarche à entreprendre auprès de votre structure lorsqu’on est victime de crime rituel au Gabon ou ailleurs ? 

   Notre siège est à Libreville. Nous avons publié un livre (Le Guide de prévention de lutte contre les crimes rituels au Gabon) Il est disponible au siège et dans quelques librairies de la place.  Nous conseillons toujours aux familles de victime d’entreprendre les démarches judiciaires et religieuses.

  Il faut  porter plainte contre un présumé coupable ou contre X

   Tout citoyen Gabonais peut et doit porter plainte devant la justice. Vous avez la liberté d’agir, n’ayez pas peur, ne craignez rien. Prenez votre courage et vous avez le droit. Quelles sont les pièces  à fournir  pour  identifier les problèmes ? La plainte  écrite  comportant les coordonnés du plaignant.  La copie  d’une pièce officielle du plaignant.  Le rapport d’autopsie d’un médecin légiste.  Tous les éléments dont dispose le plaignant (photos, coupures de presse, enregistrement comportant les aveux des présumés coupables, armes utilisés pour commettre ce meurtre etc.)

  Les personnes à contacter : Les OPJ,  un avocat, la gendarmerie du coin après la découverte du corps,  le Procureur de la République doit être sur les lieux si possibles.  Au Gabon  vous devez aussi saisir par écrit  le  Procureur de la République pour qu’il mette à votre disposition un médecin légiste  pour faire l’autopsie avec des sommes d’argent  300 000 f pour les nationaux et 500 000f pour les étrangers. Il faut  demander des messes pour le repos de l’âme du disparu pour les croyants chrétiens.  L’égalité des chances est un slogan démagogique chez nous.

  Propos recueillis par RMO

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